LA COLLINE A DES YEUX (Wes Craven)

REALISATEUR & SCENARISTE

Wes Craven

DISTRIBUTION

John Steadman, Lance Gordon, Dee Wallace, James Whitworth, Michael Berryman…

INFOS

Long métrage américain
Genre : horreur
Titre original : The Hills have eyes
Année de production : 1977

Ancien professeur, Wes Craven avait déjà 33 ans lorsqu’il réalisa son premier long métrage, le controversé La Dernière Maison sur la Gauche (1972). Si controversé que malgré le succès du film (3 millions de dollars de recettes pour un budget de 87.000 dollars), le futur créateur de Freddy Krueger se retrouva obligé de travailler dans le milieu du porno les cinq années suivantes afin de payer ses factures. Il occupa les postes de monteur (il se dit même qu’il a fait partie des monteurs du célèbre Deep Throat/Gorge Profonde) et assistant réalisateur et il réalisa même un porno, le très étrange The Fireworks Woman.

Pendant cette période, l’un de ses collaborateurs réguliers était le producteur et réalisateur Peter Locke. Peter Locke a débuté dans la sexploitation (avec des titres comme C’est arrivé à Hollywood et Kitty can’t help it) avant d’opérer un virage dans sa carrière puisqu’on le retrouve dans les années 80 à la production de choses aussi différentes que le dessin animé The Brave Little Toaster et la courte série télévisée Automan.
Peter Locke savait qu’il y avait de l’argent à se faire dans le cinéma horrifique et il a réussi à convaincre Wes Craven de travailler sur un nouveau scénario, malgré les réticences qu’avait le réalisateur de se laisser enfermer dans ce genre particulier (ce qui est finalement arrivé puisque le seul film de Wes Craven qui n’appartient pas au genre horreur/thriller est le drame La Musique de mon coeur en 1999).

Réalisé pour la modique somme de 230.000 dollars et tourné avec des caméras empruntés à un producteur californien de pornos, La Colline a des yeux trouve son inspiration dans l’histoire de Sawney Bean, le chef d’un clan écossais cannibale et consanguin qui sévissait près d’Edimbourg au XVIème siècle.

La famille Carter part en voyage à travers les Etats-Unis, histoire de resserrer leurs liens. Alors qu’ils roulent dans le désert du Nouveau-Mexique, le patriarche, un ancien flic, décide d’aller jeter un oeil à une mine d’argent abandonnée. Après une sortie de route, leur véhicule tombe en panne. Perdus au milieu de nulle part, ils deviennent les proies d’une autre famille, des sauvages cannibales qui vivent dans les collines environnantes…

Sous le vernis de la civilisation, il y a un sauvage qui peut resurgir lorsqu’il s’agit de défendre sa famille, de défendre sa propriété. C’est un thème que l’on retrouve dans une partie de la filmographie de Wes Craven. Les parents de La Dernière Maison sur la Gauche et des Griffes de la Nuit vont jusqu’aux pires extrémités pour venger leurs enfants et les membres de la famille Carter, qui ne sont de prime abord pas particulièrement sympathiques, entrent dans des transes sauvages pour assurer leur survie. Cela se traduit notamment par le plan final, très abrupt, une image qui se colore de rouge et fige le regard hébété du protagoniste qui se rend compte qu’il a atteint le point de non-retour…

Les moyens limités et les conditions de tournages difficiles ont donné à La Colline a des yeux un aspect rugueux, quasi-documentaire. Wes Craven construit son suspense graduellement, en établissant la présence des prédateurs d’abord par leurs voix (ils communiquent par talkie-walkie) avant de les dévoiler à l’occasion de la brutale scène de la caravane. Le métrage n’est pas particulièrement gore, il y a bien quelques passages sanglants mais l’accent est surtout mis sur le malaise qui se dégage des lieux et des situations et l’imprévisibilité du sort qui attend les personnages.

Parmi les dégénérés du clan de Papa Jupiter, campé par James Whitworth (La Planète des Dinosaures), on retrouve l’incroyable trogne de Michael Berryman, qui a été mis en avant sur l’essentiel du matériel promotionnel du film. Handicapé par une maladie rare (le Syndrome de Christ-Siemens-Touraine), Michael Berryman a du passer dans sa jeunesse par de nombreuses opérations qui lui ont donné ce visage atypique qui a fait de lui l’une des figures les plus reconnaissables du cinéma d’horreur.

Moins abouti que Massacre à la tronçonneuse, avec qui il partage des similarités (ce qui était voulu de la part de Wes Craven, grand fan du chef d’oeuvre de Tobe Hooper), La Colline a des yeux, revisité par Alexandre Aja en 2006, reste un survival horror brut et très efficace, auquel Wes Craven a fini par donner une suite tardive…et totalement ratée…en 1984. De son propre aveu, Wes Craven a tourné (et bâclé) La Colline a des yeux II parce qu’il avait besoin d’argent (c’était juste avant le succès des Griffes de la Nuit) et il a vite renié ce naufrage.

Je suis de ceux (assez nombreux, je crois) qui préfère la relecture signée Aja au film de l’inégal Wes Craven : il a plutôt moins bien vieilli que d’autres péloches comparables (comme l’inégalable « Massacre à la Tronçonneuse »), ce qui est aussi le cas de « La Dernière Maison sur la gauche », d’ailleurs.
Je n’ai jamais vu le deuxième volet à nouveau signé Craven, par contre ; dommage car il paraît qu’il présente une séquence impayable et fort célèbre de flash-back se déroulant dans la tête d’un chien témoin des événements. Fallait oser !!!

Je préfère moi aussi le remake d’Aja…mais ça faisait longtemps que je n’avais pas revu l’original et j’ai bien accroché. Comme je l’ai souligné plus haut, son aspect « rugueux », du en grande partie aux conditions de tournage, participe à la création d’une atmosphère idéale pour l’efficacité du récit.

Je l’ai vu une fois et c’est en effet une grosse daube…Wes Craven a accepté de le tourner parce qu’il n’avait plus un rond et le résultat montre bien son manque d’implication (alors qu’il y a des tas de films de commande réussis). L’argent s’est vite mis à manquer et pour que le film dure 90 mn, Craven a intégré au montage des scènes tirées du premier volet…dont le fameux flashback du toutou…
C’est marrant, je n’ai pas non plus aimé la suite du remake d’Aja…cette série de films n’a pas de chance avec ses numéros 2…

John Higgins :

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