LA CREATURE DU MARAIS (Wes Craven)

REALISATEUR & SCENARISTE

Wes Craven, d’après la bande dessinée de Len Wein et Bernie Wrightson

DISTRIBUTION

Adrienne Barbeau, Louis Jourdan, Dick Durock, Ray Wise, David Hess…

INFOS

Long métrage américain
Genre : horreur/science-fiction
Titre original : Swamp Thing
Année de production : 1982

Le Dr Alec Holland, un savant qui travaille sur un projet top-secret de bioingénierie, poursuit ses recherches en compagnie de sa soeur Linda dans un labo isolé d’un marais de Louisiane. Sa formule est convoitée par un savant sans scrupules, le Dr Anton Arcane. C’est pourquoi Holland est protégé par le gouvernement qui envoie son agent Alice Cable surveiller l’avancement des travaux.
Alors qu’Holland fait une découverte majeure, l’installation est attaquée par des mercenaires commandés par Arcane. En tentant de voler la formule, Arcane tue Linda Holland et Alec se retrouve couvert de produits chimiques. Alice réussit à s’échapper avant l’explosion. Le corps d’Holland dérive alors dans le marais où ses recherches se sont déversées. Ce cocktail peu ragoûtant va le ramener à la vie et le transformer en monstre…

Au début des années 80, les producteurs Michael Uslan et Benjamin Melniker (que l’on retrouve au générique de toutes les adaptations cinématographiques et télévisuelles de Batman depuis le premier long métrage de Tim Burton en 1988) approchèrent Wes Craven pour lui proposer d’écrire et de réaliser un film sur La Créature du Marais (comme il fut longtemps appelé dans les publications françaises de Aredit/Artima), le monstre tragique dont le prototype fut créé par Len Wein et Bernie Wrightson dans les pages de l’anthologie House of Secrets en 1971 avant que ceux-ci n’affinent le concept dans la série Swamp Thing fin 1972.
Wes Craven ne connaissait pas du tout le personnage, vu qu’il n’avait pas eu accès aux comics dans sa jeunesse (il fut élevé au sein d’une famille baptiste très stricte qui n’autorisait pas ce genre de lecture). Après avoir rattrapé son retard en lisant tout ce qui avait publié à l’époque sur Swampy, Wes Craven trouva l’idée fascinante et commença l’écriture du scénario.

À cette époque, Wes Craven était surtout connu pour des films d’horreur sujets à controverse, **La dernière maison sur la gauche **(1972) et La Colline a des yeux (1977). Le projet Swamp Thing, au budget un peu plus confortable que ses travaux indépendants (un peu moins de 3 millions de dollars), devait lui permettre de montrer aux grands studios qu’il pouvait gérer des éléments tels que l’action, les cascades et la direction d’acteurs plus connus.
En tête d’affiche, on retrouve Adrienne Barbeau (Alice Cable), alors épouse et actrice fétiche de John Carpenter; Ray Wise en Alec Holland et le french-lover d’Hollywood, Louis Jourdan, qui incarne le maléfique Arcane. Le cascadeur Dick Durock enfile la combinaison (très) mal fagotée de la créature, rôle qu’il reprit pour la suite réalisée par Jim Wynorski et la série TV.

Las, l’échec financier et la mauvaise réception du film mit un frein à la carrière de Wes Craven et il ne repassa derrière la caméra que deux ans plus tard, pour la suite de La Colline a des yeux (renié par son metteur en scène ruiné qui a avoué ne l’avoir tourné que pour l’argent) et surtout Les Griffes de la Nuit, le premier Freddy, grand succès public et critique qui fut suivi de nombreuses suites et dérivés en tout genre.

Conditions de tournage difficiles (les acteurs et les cascadeurs en costume durent affronter la chaleur et l’humidité des marais de Caroline du Sud), maquillages ratés (malgré le budget, les costumes des monstres sont du niveau d’une série Z…étonnamment, ceux de la nanardesque suite tardive, Return of the Swamp Thing, seront un peu plus aboutis), relations conflictuelles avec les exécutifs…le tournage de Swamp Thing ne fut pas de tout repos pour Wes Craven qui a rendu une copie maladroite, un film qui rend hommage aux séries B de monstres des années 50 tout en tentant de respecter l’esprit du comics…mais sans jamais véritablement trouver le ton juste…

Il y a pourtant des choses intéressantes dans ce Swamp Thing…Wes Craven développe les aspects tragiques et romantiques du destin de Alec Holland par le biais de scènes joliment écrites : la créature communie avec la nature, admire la beauté de Alice Cable de loin (leur relation est d’ailleurs assez touchante) et regarde tristement la photo de sa soeur dans un médaillon…comme le dit l’un des personnages, “il y a de la beauté, si on sait où la trouver”

Mais le rythme est défaillant et si elles sont parfois divertissantes, les péripéties sont le plus souvent répétitives et grotesques. Wes Craven se prend même pour Russ Meyer à l’occasion d’un splendide "plan nibards" totalement gratuit (et qui lui a paraît-il été imposé pour l’exploitation européenne), quand Adrienne Barbeau se baigne dans le marais comme si elle tournait une pub pour Tahiti Douche.
Et j’ajoute que le doublage français est particulièrement exécrable…

L’échec de La Créature du Marais ne découragea pas Michael Uslan et Benjamin Melniker : sorti en 1989, le sympathique nanar Return of the Swamp Thing fut suivi par un dessin animé à l’improbable générique et par une série télévisée de 3 saisons et 72 épisodes entre 1990 et 1993 (productions télévisuelles toujours inédites en France) !

DC a adapté le scénario du film en bande dessinée dans les pages de The Saga of Swamp Thing annual 1. Cette version papier signée Bruce Jones et Marc Texeira a été traduite en V.F. par Arédit/Artima dans La Créature du Marais #2.

Je trouve moi aussi qu’il y a des choses intéressantes de ce film. Sa réputation de nanar intégral me semble même assez injuste.
Craven n’était peut-être pas un génie, mais c’était quand même un metteur en scène très solide. Je garde un excellent souvenir de la scène de “l’accident” qui précipite Holland dans le marais, par exemple, elle m’avait marqué plus jeune.