LA MAISON DE DRACULA (Erle C. Kenton)

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REALISATEUR

Erle C. Kenton

SCENARISTE

Edward T. Lowe Jr

DISTRIBUTION

Onslow Stevens, John Carradine, Lon Chaney Jr., Glenn Strange…

INFOS

Long métrage américain
Genre : horreur
Titre original : House of Dracula
Année de production : 1945

Après Frankenstein rencontre le Loup-Garou (1943) et La Maison de Frankenstein (1944), La Maison de Dracula clôtura en 1945 la trilogie du “rassemblement des monstres”, pour laquelle la Universal exploita pour la dernière fois (enfin, presque…) les recettes horrifiques qui faisaient son succès depuis le début des années 30 en réunissant à nouveau dans un même film le comte Dracula, le Loup-Garou et le monstre de Frankenstein. Si j’ai précisé “presque”, c’est parce que ces trois grands monstres classiques se retrouvèrent tout de même à l’affiche d’un autre long métrage en 1948, la comédie Deux nigauds contre Frankenstein. Les deux nigauds en question étaient Bud Abott et Lou Costello, deux des comiques les plus célèbres de cette période. Cette parodie fut le départ d’une série qui sonna véritablement la fin de l’ère des Universal Classic Monsters et dans laquelle les deux compères croiseront notamment l’Homme Invisible, la Momie et le Dr Jekyll et Mister Hyde.

Presque toutes les grandes figures de l’horreur et du fantastique servirent donc de faire-valoir aux rois de la comédie pendant ces années où ce cinéma de genre en particulier se mit à chercher un nouveau souffle, une nouvelle inspiration…qu’il trouvera dans les étoiles…
Dans le cinéma de série B des années 50, la menace fut principalement extra-terrestre…mais ceci est une autre histoire…

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Comme La Maison de Frankenstein l’année précédente, La Maison de Dracula n’utilise pas pleinement le potentiel d’une réunion à l’écran de ces trois monstres iconiques. Dracula, Wolfie et Frankie ne se rencontrent donc quasiment jamais…alors qu’il se trouvent tous dans le même château ! Ce qui ajoute une touche de vaudeville à un scénario incohérent qui ne prend même pas la peine d’établir une continuité avec l’opus précédent. Dracula et Larry Talbot (l’identité civile du poilu) réapparaissent donc alors qu’ils avaient été respectivement détruit par le soleil et abattu d’une balle en argent dans La Maison de Frankenstein (oups, spoilers).

Mais les revoici bon pied bon oeil et bien décidés à se débarrasser une fois pour toutes des malédictions qui les rongent (enfin, surtout Talbot…Dracula a une autre idée derrière la tête). Le comte (l’aristocratique John Carradine) contacte le Dr Edelmann pour lui demander de trouver un remède au vampirisme (mais c’est en fait surtout la belle assistante d’Edelmann qui l’intéresse).
Le lendemain, c’est au tour de Larry Talbot (ce bon vieux Lon Chaney Jr), qui trimballe depuis quatre films sa tronche de dépressif chronique (désormais agrémentée d’une petite moustache), de se présenter pour que le bon docteur le guérisse de sa lycanthropie. Trouvant le temps long, Talbot finit par faire une tentative de suicide, mais le loup en lui n’a pas l’intention de le laisser faire. Edelman le retrouve dans une grotte sous son château et les deux hommes tombent par surprise sur le Monstre de Frankenstein (le cascadeur Glenn Strange reprend le rôle pour la seconde fois) qui gît là depuis la fin du film précédent (ce qui est l’occasion d’une explication pas très convaincante…mais nous ne sommes plus à une incohérence près)…

Et comme dans La Maison de Frankenstein, Tête-de-boulons ne sera réanimé que dans les trois dernières minutes afin d’alimenter la scène d’action finale qui invoque aussi le fameux cliché de la foule en colère. Une nouvelle apparition peu glorieuse pour ce grand monstre tragique…

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Le scénario de La Maison de Dracula est donc sacrément décousu et par moments même plutôt confus…mais il recèle tout de même quelques bonnes idées. Le Dr Edelmann a deux assistantes, la jolie blonde dont je parlais plus haut et qui est l’objet de la convoitise de Dracula, et une jeune femme bossue, que cette difformité n’a pas rendue aigrie. Douce et dévouée, elle offre un portrait différent de l’habituel “serviteur bossu du savant fou”.
Suite à une manipulation de Dracula, le Dr Edelman se transforme en une sorte de version vampirique de Jekyll & Hyde, ce qui donne lieu à quelques passages croustillants et bien interprétés par le comédien Onslow Stevens pendant lesquels le docteur se débat avec cette sauvage dualité.
Le film offre aussi (enfin) une véritable conclusion à l’histoire de Larry Talbot (en attendant son retour dans Deux nigauds contre Frankenstein, qui n’est pas un chapitre officiel de cette longue saga). Dracula et le monstre de Frankenstein ne sont pas aussi bien lotis.

La Maison de Dracula est donc bourré de maladresses, mais cette série B garde un certain charme, grâce à une mise en scène simple et efficace, un bon rythme (malgré un léger essoufflement en milieu de métrage), de beaux décors et une photographie de qualité, même si le manque de moyens se fait parfois sentir. Un divertissement agréable et absurde à la fois, qui marqua la fin d’une époque…