LE PARRAIN : la trilogie (Francis Ford Coppola)

img15.hostingpics.net/pics/206786Picture32.png

Je l’ai revu pour la énième fois, et c’est toujours aussi grandiose.
Un film de commande à la base prévu par les exécutifs de la Paramount qui pensaient que Coppola serait un yes man malléable, or le réalisateur est arrivé à imposer sa vision et ses choix controversés, dont certains membres du casting irréprochable, parmi lesquels un Brando méconnaissable, et un jeune Pacino tout en sobriété (loin de ses excès de cabotinage ultérieurs).

Un film parfait sur de nombreux plans, magnifié par le thème sublime de Nino Rota et sa classe formelle, cette photographie somptueuse du regretté Gordon Willis, dont le style si caractéristique lui a valu le surnom de “Prince of Darkness” (à ne pas confondre avec un des meilleurs films de Carpenter).

img15.hostingpics.net/pics/677025Picture241.png

Racontant une histoire universelle et intemporelle, qui s’étend bien au delà du portrait du milieu mafieux, qui n’est ni plus ni moins que celle d’un empereur et de ses successeurs (Le Roi Lear chez les gangsters en somme) et plus particulièrement le drame d’un homme, le père comme le fils, qui devient par sacrifice ce qu’il ne voulait pas être au départ, une histoire forte qui aurait tout aussi bien pu se dérouler dans une autre époque et fonctionner tout aussi bien, preuve de son efficacité narrative et de son aspect archétypal.

La célébration du début marque les prémisses de la fin du statut quo (tout comme pour Voyage au bout de l’enfer) montrant également comment le milieu dans lequel ils évoluent fonctionne en vase clos, la famille Corleone y étant déjà représentée comme une institution sacrée, à la fois une bénédiction et un fardeau pour certains, un clan si spécial, à la fois intemporel dans la reproduction des mêmes schémas et moderne en raison des changements qui s’opèrent, un croisement entre l’empire romain et les Kennedy, donnant de prime abord l’impression d’être intouchable et invincible (jusqu’à l’arrivée de Sollozzo).

Tour à tour ample et intimiste, tragique et opératique, violent et émouvant, le film s’impose d’emblée comme étant au dessus du lot, grâce à son intensité et son ampleur digne d’une tragédie grecque, un opéra baroque alternant les décennies et les générations, dans un tourbillon de drames, de violence, de jeux de pouvoirs, portant sur l’inéluctabilité du destin, la fresque familiale et l’histoire de l’Amérique et du capitalisme.

img15.hostingpics.net/pics/395538Picture24.png

Michael ayant accédé au trône, il s’agit désormais de traiter des conséquences que cela implique, dans un second opus, qui en plus d’être la meilleure suite de tous les temps, s’avère être sans doute un des plus grands films de cette décennie si ce n’est le meilleur (du moins à égalité avec Barry Lyndon).

Coppola se charge de la suite avec plus de liberté, et une position de force qui lui permet de dicter ses conditions (dont la production de Conversation secrète) en profitant pour approfondir la mécanique entamée dans le premier volet, ce qui donne un résultat encore plus abouti et maîtrisé, l’aboutissement du premier et la base sur lequel se reposera le troisième.

Pacino trouve là sa meilleure interprétation (de même que de John Cazale, dont la carrière aura été brève, un des seuls du coup à avoir une filmographie parfaite) avec son visage impassible, et son regard dur qui laisse toutefois entrevoir ses doutes et son côté implacable et sans pitié, ses accès de colères n’en sont que plus marquants (en particulier suite à la révélation de Kay).

img15.hostingpics.net/pics/633960Picture29.png

Le film aborde également la genèse de la famille, les racines sur lesquels s’est fondé le pays, et les diverses branches de la corruption qui en découlent.

S’étendant sur deux époques, le père et le fils se croisent sans jamais se retrouver sur le même plan (de cinéma et d’existence) comme si la barrière générationnelle était trop importante, en ce sens l’absence de Brando est un mal pour un bien, renforçant la stature presque divine/mystique, inaccessible de Vito.

img15.hostingpics.net/pics/596821PDVD158.jpg

Survient ensuite le dernier volet qui ne mérite certainement pas sa réputation de vilain petit canard de la série, quand on le regarde à part tel quel, il n’est juste pas du même niveau/calibre, ayant fait l’erreur de passer après deux monuments.

L’absence de Duvall se fait cruellement sentir et Sofia Coppola est peu convaincante dans le rôle de la fille (rôle dévolu au départ à Winona Ryder quel dommage) mais ce choix à cela d’intéressant qu’il renforce l’identification de Coppola pour Michael.
L’intrigue avec le Vatican est clairement moins intéressante que le reste, même si elle continue la démarche/thématique de la corruption dans les plus hauts milieux.

img15.hostingpics.net/pics/171599godfatheriiiending.jpg

Michael désormais affaibli, est le dernier vestige d’une époque révolue (après tout le trio principal n’est pas sans rappeler celui du Guépard).
Il est toujours question de rédemption tardive et de transmission, de passage de témoin avec la nouvelle génération, le destin ayant souvent tendance à forcer la main du patriarche, qui désire passer à autre chose, à l’instar de Coppola qui a accepté de revenir en partie pour être sauvé de la banqueroute financière (la réplique de Michael “Just when i thought i was out, they pull me back in !” peut ainsi tout aussi bien s’appliquer au réalisateur).
Moins inspiré, n’ayant pas le même souffle, il renoue tout de même avec l’intensité des précédents lors de certaines scènes (l’ensemble du magnifique final à l’opéra, le souvenir d’Apollonia qui refait surface lors de la chanson du fils).

Il existe des critiques, et pas des moindres (le regretté Serge Daney, par exemple) pour considérer le troisième comme le meilleur des trois volets.
“L’histoire d’un roi et de ses fils” dit Coppola lui-même, et ça résume bien l’aspect archétypal que tu évoques. Là où je pinaillerais, c’est sur le fait que Coppola (qui faisait là un pur film de commande, c’est quand même dingue quand on voit la gueule des films de commande actuels, entièrement aux mains des studios…) a pu totalement imposer sa vision : lui était très mécontent (et prendra sa revanche sur le deuxième volet) et ne supporte pas certaines scènes, comme celle de l’enterrement par exemple.
Mais c’est un détail et pour le reste, j’abonde dans ton sens, notamment au sujet du boulot incroyable de Willis. On raconte d’ailleurs qu’à la vue des rushes, les executives seraient entrés dans une colère noire en demandant pourquoi on n’y voyait rien. Pas clairvoyants pour le coup (comme souvent) : ce style “clair-obscur”, étrenné par Willis sur le formidable “Klute” d’Alan Pakula, a fait la marque des années 70.
Notons aussi la présence aux décors du grand Dean Tavoularis, qui sera aussi aux côtés de Coppola sur un autre monument, “Apocalypse Now”…

le trois est très bien.

Y a juste l’image que j’aime moins, trop claquante.

Oui c’est ce qui explique sans doute l’évincement de Robert Evans pour le 2.

img15.hostingpics.net/pics/827943scan0002.jpg

À propos de la trilogie et plus particulièrement des deux opus des années 70, voici un article très instructif sur les différentes versions et les nombreuses scènes coupées :

blogywoodland.blogspot.fr/2016/0 … inema.html

Arte a programmé un cycle de diffusion pour la trilogie du Parrain. Lancement ce soir avec la programmation du premier film qui sera suivi les dimanches 29 janvier et 5 février par le second et le troisième volet.

Autant le premier reste un des plus grands monuments du 7e Art pour moi, autant j’avoue que je n’ai jamais trouvé le deuxième si génial que ce que tout le monde dit. :neutral_face:
[size=85](Pas taper ! :blush: )[/size]

J’ai plutôt un bon souvenir du troisième, mais je n’ai dû le voir qu’une fois ou deux max. Et ça commence à dater (comme pour les autres, cela dit : ce ne serait pas mal que je m’en refasse une petite cure).

Pour ce qui est du doublage vf, j’ose espérer que Arte privilégie celui des années 70, bien meilleur à mon sens que la nouvelle version qui est disponible sur le blu-ray.
Mais bon ce n’est qu’un détail, si le choix de la vf ne me convient pas, la vo est aisément accessible (à une époque, et à force de revoir le film, je connaissait pratiquement par coeur les dialogues de Fredo en vo dans la scène du 2, où il avoue tout à Michael dans la villa au bord du lac Tahoe).

Et puisque ces temps-ci on évoque les références dans les comics et la pop culture, c’est l’occasion de montrer une partie des références faites à la trilogie de Coppola dans la série “Les Simpson”, du moins les deux premiers volets, car lorsque le troisième est mentionné, c’est généralement pour le considérer comme un mauvais film (alors que c’est pourtant loin d’en être un je trouve, ce final à l’opéra, mazette quelle intensité émotionnelle).





Putain’ énorme ces références chez les Simpsons !!