LES AMANTS D'OUTRE-TOMBE (Mario Caiano)

REALISATEUR

Mario Caiano

SCENARISTES

Mario Caiano et Fabio De Agostini

DISTRIBUTION

Barbara Steele, Paul Muller, Helga Liné, Marina Masé…

INFOS

Long métrage italien
Genre : horreur
Titre orginal : Amanti d’oltretomba
Année de production : 1965

Connu jusque là pour ses péplums (Ulysse contre Hercule, Maciste gladiateur de Sparte, La Fureur des gladiateurs…), le réalisateur Mario Caiano a amorcé un virage vers l’horreur au milieu des années 60, en pleine vague du gothique transalpin. Caiano a souvent déclaré que le projet des Amants d’Outre-Tombe est né de son engouement pour l’actrice britannique Barbara Steele, devenu une icone de l’horreur dès son premier grand film dans le genre, le superbe Masque du Démon du maestro Mario Bava, ainsi que de sa passion pour les écrits de Edgar Allan Poe.

Angleterre, 1870. Le Dr Arrowsmith, plongé dans ses expériences, délaisse sa femme Muriel. Celle-ci tombe amoureuse du jardinier et se précipite dans ses bras à chaque fois qu’Arrowsmith s’absente loin du château. Mais le Docteur a des soupçons et tend un piège aux deux tourtereaux. Fou de rage, il les torture et il les tue sans pitié. Lorsqu’il apprend que Muriel a légué sa fortune à sa demi-soeur Jenny, qui lui ressemble trait pour trait, Arrowsmith l’épouse, avec pour projet de la rendre folle et d’empocher l’héritage pour partir avec sa servante Solange, dont il soigne la maladie du sang qui l’handicape. Mais l’esprit vengeur de Muriel semble hanter le château…

Oh oui, il l’aime son actrice principale, le Mario Caiano…même s’il se dit que Barbara Steele n’accepta le rôle qu’après moults négociations, elle qui ne voulait pas être cataloguée dans un genre de films qu’elle ne supportait plus. La comédienne anglaise excelle dans un double rôle qui lui permet de jouer sur plusieurs tableaux : la force de caractère de Muriel, mue par la haine de son époux et une passion amoureuse qui la libère; l’innocence de Jenny, manipulée par son fourbe de mari et prête à sombrer dans la folie; et l’impitoyable apparition spectrale, aussi belle que terrifiante (et dans cette scène en particulier, Barbara Steele est impressionnante).

Dans le rôle du Dr Arrowsmith, on retrouve un familier du genre, le suisse Paul Muller, déjà croisé dans ces colonnes dans Lady Frankenstein et Les Nuits de Dracula.

Les Amants d’Outre-Tombe est tourné dans un splendide noir et blanc par Enzo Barboni, qui est surtout connu pour avoir écrit et réalisé sous le nom de E.B Clucher une série de comédies d’action pour le duo Terence Hill et Bud Spencer dans les années 70 et 80.
Avant de participer à la création du western spaghetti comique avec On l’appelle Trinita en 1970, Barboni fut un directeur de la photographie reconnu , et son savoir-faire éclate avec ce film d’horreur à l’incroyable beauté picturale, notamment lors des fascinantes scènes oniriques, autant de tableaux remarquablement travaillés, et du flamboyant final.
Mario Caiano voulait également que chaque scène sanglante soit filmée au moyen d’un filtre rouge. Le procédé fut jugé trop coûteux et cette bichromie ne fut donc pas utilisée, ce qui ne gâche en rien l’efficacité des scènes chocs. Car à une époque où le gothique italien jouait plutôt sur la suggestion, le film ne lésine pas sur le sang, les blessures ouvertes, la douleur subie par les corps des amants maudits sous les coups d’un apôtre du marquis de Sade.

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Le long métrage ne manque pas de qualités, mais il n’est toutefois pas complètement abouti. La sous-intrigue concernant Solange, la servante défigurée par sa maladie et dont le traitement du Dr Arrowsmith rendra jeunesse et beauté (elle est interprétée par la belle Helga Liné, vue dans les deux Kriminal), n’est pas d’une grande utilité et dessert l’équilibre du scénario. Une grosse ellipse après la fin du premier acte la rend même assez confuse, jusqu’à ce que l’explication de la subite jeunesse du personnage soit donnée au détour d’une réplique. Le récit souffre aussi d’un certain manque de rythme et aurait gagné à être soulagé d’un bon quart d’heure.

Mais lorsque Mario Caiano revient sur le destin de la pauvre Jenny, Les Amants d’Outre-Tombe retrouve toute sa puissance macabre : le rêve se mêle à la réalité, la frontière entre amour et perversion se délite, les morts pénètrent dans le monde des vivants.
Ces Amants d’Outre-Tombe sont parfois un peu trop long, parfois un peu fouilli, mais les ambiances créées, les références maîtrisées, l’interprétation solide et la beauté formelle du film font oublier, en ce qui me concerne bien sûr, ces quelques défauts.

Hmmm, ça fait sacrément envie.
Je dois dire que je connais finalement assez mal cette veine du cinéma bis italien, qu’on pourrait qualifier d’horreur gothique, à l’exception des perles de Mario Bava en la matière et de quelques Margheriti.

De Mario Caiano, je ne connais qu’un film, “L’Oeil dans le labyrinthe”, un giallo plutôt méconnu mais excellent, à l’intrigue tarabiscotée et originale pour son temps. Caiano y fait preuve de solides capacités de mise en scène, comme le prouve la scène onirique inaugurale, presque expressionniste.
Je crois me rappeler cependant que le film présente un peu les mêmes problèmes de rythme souffreteux que tu évoques ici.

Intéressant et original, le parcours d’Enzo Barboni, c’est plutôt rare comme type de reconversion…

Caiano a aussi traîné dans le caniveau de ce sous-genre nauséabond qu’est la nazisploitation dans la deuxième moitié des années 70. J’ai hélas l’impression que pas mal de réals s’y sont frottés, dans cette période qui amorce le déclin du cinéma de genre italien.

Intéressant, ça. Comme je l’ai souligné plus haut, il démontrait déjà un certain talent pour représenter ce genre de scènes dans Les Amants d’Outre-Tombe…dans une sorte de version irréelle et sadique des Amants de Magritte…