Thriller
Long métrage américain
Réalisé par Stanley Kubrick
Scénarisé par Stanley Kubrick et Jim Thompson d’après le roman « Clean Break » de Lionel White
Avec Sterling Hayden, Vince Edwards, Jay C. Flippen, Elisha Cook Jr, Marie Windsor…
Titre original : The Killing
Année de production : 1956
À peine sorti de prison, Johnny Clay (impeccable Sterling Hayden…que Kubrick dirigera à nouveau dans Docteur Folamour…en mode force tranquille) monte un dernier coup dans le but de se retirer pour vivre paisiblement avec sa petite amie : le braquage de la caisse des paris d’un hippodrome. Par un travelling latéral, les premières minutes présentent avec limpidité et efficacité ses complices : Marvin, vieil associé de Johnny, parcourt les couloirs de l’hippodrome pour remettre les détails du rendez-vous de préparation du casse. Il y a Kennan, un policier criblé de dettes. O’Reilly, un barman désespéré de pouvoir trouver de l’argent pour soigner sa femme malade. Et Peatty (excellent Elisha Cook Jr, super tronche de cinéma à la prolifique carrière) le caissier, un petit homme qui peine à satisfaire les attentes de sa femme vénale (Marie Windsor, une des reines des séries B des années 40/50)…
Pour son troisième long métrage (après Fear And Desire et Le Baiser du Tueur) et sa première collaboration avec le producteur James B. Harris, Stanley Kubrick a orchestré une implacable mécanique de suspense pour un budget limité de 320.000 dollars. Comme pour Le Baiser du Tueur, il s’agit d’un film noir, genre pour lequel le réalisateur et scénariste a repris aussi bien les codes formels et narratifs que les thématiques (et il a été jusqu’à s’entourer du romancier hard boiled Jim Thompson pour les dialogues) tout en les complexifiant dans une structure qui ne manquera pas d’influencer pas mal de monde par la suite (dont un certain Quentin Tarantino).
L’un des aspects fascinants de L’Ultime Razzia est que le personnage principal veut tout contrôler…mais comme la tragédie est inhérente au film noir, tout ses efforts vont s’avérer bien vains. Kubrick enchaîne les analepses comme autant de grains de sables qui viennent enrailler la mécanique, procédé que le studio avait d’abord refusé de peur que cela entraîne de la confusion pour le public de l’époque avant d’accepter le montage de Kubrick (car une chronologie plus linéaire ne fonctionnait pas). Le réalisateur a même habilement tiré parti d’une voix-off dont il ne voulait pas à l’origine.
Au terme d’un suspense brillamment mis en scène, prenant de bout en bout (et d’une explosion de violence aussi concise que percutante dans le dernier acte), l’intrigue déroule sa démonstration d’imprévisibilité jusqu’à un final particulièrement tendu, à l’ironie cruelle. Face à cette ultime péripétie de L’Ultime Razzia (le titre original, The Killing, est à double sens…entre la tuerie et l’expression make a killing, ramasser la mise et faire fortune), le regard perdu de Johnny Clay dit tout ce qu’il y a à dire…
L’Ultime Razzia ne fut pas un succès en salles, sa sortie ayant été bâclée par United Artists. Mais le très bon accueil critique a permis à Stanley Kubrick et James B. Harris de se faire remarquer, les conduisant à travailler l’année suivante avec Kirk Douglas sur l’excellent Les Sentiers de la Gloire.









