RÉÉDITIONS DC : TPBs, Hardcovers, Graphic Novels

Ah tiens, amusante anecdote.
Qui éclaire bien l’évolution du métier.

Jim

Ou l’image de la personne.

Bien sûr, mais bon, des gens qui arrivent à ce niveau sont déjà dotés depuis longtemps d’un ego encombrant.

Après, on voit bien l’évolution esthétique et commerciale du genre. Les dessinateurs livrent des planches avec plein de personnages en costumes bigarrés, qui prennent la pose dans de grandes cases, parce que c’est ça qui se vend bien en galerie. Des gens comme Jim Cheung ou même Bryan Hitch case beaucoup de ce genre de compositions, pour vendre des originaux à des prix conséquents.
Le sujet a été évoqué il y a des années dans une table ronde à laquelle je participais, et à l’occasion de quoi Xavier Fournier a évoqué cette évolution. J’en ai parlé ici plusieurs fois déjà, je crois, mais l’évolution du lettrage (avec l’arrivée du numérique) fait que les originaux désormais ne comportent vraiment que le travail du dessinateur et de l’encreur (et moi qui aime le lettrage, je trouve ça frustrant). Les dessinateurs envisagent leurs planches comme une belle œuvre à regarder, et la soignent.
La première conséquence, c’est les retards, plus fréquents.
La deuxième, c’est que les planches ont moins de case, que cela contribue à la décompression généralisée, et qu’on raconte moins de choses puisqu’on consacre plus de place à l’action.
La troisième, c’est que les récits se vident progressivement des personnages secondaires, qui soient disparaissent soit sont super-héroïsés. La tendance a eu un pic dans les années 2000 et début 2010, et si l’on revoit des personnages en costumes civils sans pouvoir, ils ne semblent pas avoir retrouvé leur place d’antan.

On parlait un peu plus haut de la manière dont Wildstorm a infusé dans le genre super-héroïque, mais on peut également constater que l’approche graphique a fait des petits. C’est sans doute moins tape-à-l’œil, moins outré (moins de poches multiples, de grosses poitrines et de flingues improbables), mais l’omniprésence des héros costumés à presque chaque page est un héritage des premiers WildC.A.T.s, entre autres, qui sont sans doute eux-mêmes les héritiers de l’anecdote qu’évoque Kab.

Jim

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D’ailleurs sur un aspect plus européen l’éditeur Maghen est une « couverture » de Maghen en fait un gallieriste qui vend les planches de ses dessinateurs à prix d’or. Un dessinateur comme Jean Pierre Gibrat doit sa notoriété et une bonne partie de son argent avec sa rencontre avec Maghen. Peu se souviennent ou ne veulent voir son style d’avant 97 ou il explose avec le Sursis.

Oui, les sorties d’albums chez Maghen constituent une opération de mise en avant des illustrateurs. C’est pour cela que ce sont des dessinateurs assurant eux-mêmes leurs couleurs de manière traditionnelle (Grun, Salomone…).

Jim

Le décès récent de Carlos Pacheco m’a donné envie de relire la saga de Superman intitulée « Camelot Falls », dont j’ai une édition compilée en deux tomes. J’en ai gardé un souvenir mitigé, celui d’une histoire pleine de promesses, d’un récit débordant d’idées, d’un dessin formidable, et au final d’une montagne accouchant d’une souris.

Et la relecture n’a fait que confirmer cette impression lointaine.

Resituons rapidement le contexte. Nous sommes en 2006, l’univers DC sort de « One Year Later », une opération éditoriale faisant suite à Infinite Crisis et laissant vaguement sentir un nouvel âge d’héroïsme (le truc qui n’arrive pas souvent, ces derniers temps). Pour Superman, ça semble bien engagé puisque l’éditeur promet Geoff Johns, Richard Donner et Adam Kubert sur Action Comics ainsi que Kurt Busiek et Carlos Pacheco sur la série titre. Johns et Busiek viennent de se charger des épisodes « One Year Later » autour du personnage, et c’était sympa. Sauf que les problèmes éditoriaux vont s’accumuler, rendant l’une et l’autre séries insupportables à suivre.

Tout commence dans Superman #654, qui décrit une journée du héros. Débordé par ses missions héroïques, il n’arrive pas à fournir les articles promis à Perry White (c’est d’ailleurs assez marrant, parce que Busiek nous livre un Clark qui ressemble à celui de Wolfman en 1987, débordé par ses deux vies, mais également un Clark grand, fort, classe, sûr de lui et attirant l’approbation d’autrui, un mâle alpha renvoyant aussi à la version de Byrne de 1987, synthèse de la réfection post-Crisis, mais donc déjà un peu classique voire suranné en 2006). Heureusement, il pourra compter sur son épouse Lois, qui visiblement n’a que ça à faire d’écrire les textes de son conjoint en plus des siens propres. Busiek signe une histoires riche et généreuse, avec plein de vilains, de menaces intéressantes, de l’humour aussi (avec Jimmy qui tente de savoir à quoi renvoie la journée spéciale du couple), et l’épisode sonne comme une note d’intention prometteuse. C’est d’ailleurs assez amusant parce que ça pourrait très bien être un épisode de conclusion de run, qui fait le point et dresse le portrait d’un héros.

À la fin de l’épisode, une page lance un subplot sur la première intrigue au long cours, qui enverra Superman et Clark au Kazakhstan. Dans les deux épisodes, il retrouve Carolyn Llewellyn, un ancien flirt de jeunesse qu’il a rencontrée lors de son tour du monde et qui est devenue « arcanobiologiste ».

Donc, Superman affronte Projekt-17, un extraterrestre soumis à des expériences pendant des années de l’autre côté du rideau de fer. Dans le même temps, quelques subplots nous permettent de renouer avec Arion (dans une version un poil différente de celle que l’on connaît pour peu que l’on se souvienne de sa série des années 1980). À la fin du combat contre Projekt-17, ce dernier disparaît et Arion surgit, annonçant une crise sans nom à l’homme d’acier.

S’ensuivent deux épisodes racontant un futur cataclysmique où, dans un monde détruit et une Metropolis ravagée, Lois, Jimmy, un Lex Luthor posé en sauveur et un Parasite qui possède l’esprit de Clark luttent contre les troupes d’un certain Khyber, tyran mondial, avec l’aide d’un justicier arabe appelé Sirocco. Deux épisodes. Avec Arion, suspendue dans les airs à la hauteur de la terrasse du Daily Planet, racontant à la petite troupe cet avenir dystopique qu’il convient d’éviter.

Et là, on voit bien que la machine est grippée. Busiek lance des idées en pagaille et des intrigues multiples, mais n’en suit aucune. Que devient Carolyn Llewellyn, abandonnée dans les ruines du Kazakhstan ? Qui se soucie de Projekt-17 ? Qui s’intéresse encore aux grandes manœuvres entamées par Intergang à Metropolis ? Et je ne parle pas du Prankster. Busiek associe les fils narratifs de Projekt-17 et d’Arion (de manière un peu capillotractée, mais admettons…), et finit par laisser de côté un peu tout le reste. Il prend son temps pour décrire l’avenir inquiétant, riche en belles scènes et très bien raconté, mais il oublie de faire avancer son intrigue.

Alors bien sûr, il va rattraper le coup par la suite. Superman #659 (pas inclus dans ces recueils) est un fill-in dont la séquence d’ouverture fait le lien avec les affaires en cours, et constitue une sorte d’aveu d’échec puisqu’elle rappelle que Projekt-17 court toujours, qu’Arion a annoncé le pire… Superman #660 est consacré au Prankster, le #661 est la reprise d’un épisode de Wonder Woman réalisé des années plus tôt et jamais publié (et déjà évoqué sur le forum)…

Mais tout ceci sent le remplissage. Alors, est-ce que Carlos Pacheco est en retard ? Est-ce que les connexions entre cette série et Action Comics (notamment l’arrivée de Chris) souffrent des retards d’Adam Kubert ? Est-ce que, tout simplement, c’est pas un peu le bordel dans les bureaux éditoriaux ? Toujours est-il que Busiek semble faire le tri et mettre de côté des choses pourtant lancées. Et la série perd en cohérence. Oui, effectivement, Pacheco continue à travailler sur le récit d’Arion, qui est le fil rouge de la prestation, mais il faut attendre l’épisode 662 pour voir les choses reprendre.

Et reprendre mollement : après de longues scènes de re-présentation afin de situer Projekt-17 (qui évolue, mais a-t-on le temps de s’attacher à lui ?), le dilemme proposé par Arion (en gros : Superman et les autres extraterrestres à pouvoir empêchent le cycle naturel des civilisations, protègent l’humanité, repoussant un âge sombre qui marquera l’effondrement de la civilisation mais permettra un rebond salvateur. En gros bis : Superman, arrête de protéger les gens, sinon l’humanité est condamnée), Busiek et Pacheco font passer Zatanna puis Sirocco dans l’intrigue, pour un épisode très planplan, là où les auteurs auraient dû taper fort afin de marquer le retour de l’intrigue principale. La narration s’enlise. Les planches sont toujours magnifiques, Lois et Lana sont étourdissantes, mais rien n’avance.

Et paf, Busiek lance une autre intrigue. Les « Young Gods », rejetons des New Gods en visite touristique à Metropolis, viennent foutre le bazar sous le regard débordé de Lightray. C’est l’occasion aussi d’évoquer LexCorp, confiée à Lana Lang (qui arbore de belles tenues de dominatrice un brin kinky) et dont les projets de recherches débordent et promettent des conséquences fâcheuses. Là aussi, des embryons d’intrigue qui n’iront pas bien loin.

Superman #664 est représentatif de la manière des auteurs : on entasse des idées alléchantes, on fait débouler des tas de personnages nouveaux (ici, le commandant d’un escadron anti-kryptonien), on croise des intrigues (le Prankster revient)… Puis on laisse à nouveau Superman, et son lecteur, dans l’expectative.

Suivront Superman #665, dessiné par Rick Leonardi et consacré à Jimmy Olsen, puis le #666 illustré par Walt Simonson, avant de retrouver enfin Pacheco et Arion pour l’épisode 667, qui promet une confrontation directe, qui n’aura lieu que dans… Superman Annual #13.

Sérieux ? Et cette confrontation (qui n’est d’ailleurs qu’un grand flash-back), c’est une baston durant laquelle Superman utilise un bouclier ésotérique fourni par le Phantom Stranger, afin de contrer les sorts d’Arion, lui-même transformé en pâle copie de Cthulhu, de libérer les deux Young Gods qu’il a ensorcelés ainsi que l’imposteur qui avait pris son identité, et qui fait ici figure de potiche à sauver.

Donc Arion retourne à son Paris du XVIIe siècle d’où il avait aperçu le sombre avenir qui a tout motivé. Et à la fin, une séquence nous apprend que le fameux Khyber, qu’on croyait mort dans le présent, sort de son sommeil réparateur, endosse son armure, adopte son nouveau nom et part à la conquête du monde. Et c’est tout.

Busiek signera encore une trilogie sur le « Troisième Kryptonien » dont le mystère traîne depuis quelque temps, fort agréablement dessinée par Rick Leonardi, une saga sur Lana Lang illustrée par Merino, et un récit replaçant la famille Kent en plein Metropolis, avant de céder la place à James Robinson. La prestation de Busiek, pour agréables que soient les épisodes à la lecture, a pâti d’un environnement éditorial bordélique et d’un déséquilibre entre les ambitions annoncées et les résultats fournis. Un véritable pétard mouillé.

Jim

Mais à la lecture jamais désagréable.

Non, jamais, tout est sympa. D’ailleurs, ça me donne envie de relire mes autres TPB, qui assemble la plupart des épisodes cités. Mais on sent bien que c’est pas à la hauteur des attentes.

Jim

Tiens, pareil ! Autant pour l’envie que pour le ressenti.

J’ai lu je ne sais plus où que Carlos Pacheco dessinait Lana avec une bague formant un L, qui était en fait un « indice » sur une micro-intrigue, basée sur Histoire d’O, où Lana aurait été sous la coupe de Lex, asservie à lui.

Oui, c’est Fred le Mallrat qui l’a posté, je crois… Récemment…

Jim

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Voilà :

Après, Lois, avec sa coupe, a aussi des airs de dominatrice, sous le trait de Pacheco.

Jim

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Merci !

De rien.
J’avais lu l’article avant de relire les deux TPB, et effectivement ça change toute la perspective.
(Bon moi, au début, à la sortie des épisodes, j’avais interprété l’anneau différemment : pour moi, c’était un anneau de la Légion des Super-Héros qui avait un modèle différent, personnalisé (coquetterie féminine ou statut particulier, genre « ça, c’est les anneaux pour les gens du XXIe siècle »), et c’était l’annonce d’une intrigue temporelle à venir…)

Jim

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J’y pensais aussi, alors.

Les grands esprits, tout ça tout ça…

Jim

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Sexyest loïs ever.

Tu.
M’étonnes.

Jim

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Et certains pensent que Clark serait mieux avec Diana.

A trois ca serait pas mal aussi, non?

Comparaison n’est pas raison…

… mais même si j’aime beaucoup Wonder Woman, mon choix est fait.

Jim

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