RÉÉDITIONS DC : TPBs, Hardcovers, Graphic Novels

Le recueil Robin - Flying Solo, sorti en 2002, reprend les premiers épisodes de la série régulière que Chuck Dixon et Tom Grummett consacrent au jeune apprenti de Batman. Cinq chapitres, agrémentés de deux épisodes tirés de la série Showcase '94.

Comme souvent pour les recueils lus il y a au moins vingt ans, certains détails reviennent à la mémoire qu’on a pourtant oubliés malgré leur importance et leur singularité. Par exemple, j’avais oublié que la série mensuelle Robin avait été lancée en 1993 durant la période Knightfall / Knightquest, quand Bruce Wayne est remplacé par Jean-Paul Valley.

Dixon s’empresse de fâcher Tim et Jean-Paul, afin de justifier l’éloignement du jeune héros, qui quitte la Batcave avec fracas. Au bout de quelques pages, Robin, au volant de sa Redbird, décide de faire cavalier seul et se lance dans des aventures personnelles déconnectées de l’actualité gothamienne. C’est pas mal, d’ailleurs, cela permet de laisser le jeune justicier trouver sa propre voix à une époque où les séries liées à Batman sont secouées en tous sens.

L’action ne manque pas, même si le ton est un peu plus léger que les mini-séries ayant présidé au lancement du personnage. Notamment, tout l’aspect « identité secrète » de la série, à savoir le quotidien du jeune collégien, est assez classique au sens peterparkerien : une petite amie, Ariana, des balourds fréquentant la même école, un copain geek, un papa qui se remet de son empoisonnement… À ce sujet, les possesseurs des mêmes TPB que moi (en l’occurrence A Hero Reborn, Tragedy & Triumph et celui-ci) seront peut-être surpris de voir débouler de nouveaux personnages autour de Tim. Si Ives est connu pour être apparu dans la deuxième mini-série Robin, Ariana, jeune fille d’immigrés russes, a fait son apparition dans Robin III - Cry of the Huntress (réalisé par Chuck Dixon et Tom Lyle), qui à ma connaissance n’a pas été compilé avant la série de recueils des années 2015-2017. De même, l’état de santé du père de Tim s’améliore aussi dans cette troisième mini. Autant de « nouveautés » pour le lecteur des recueils d’il y a une vingtaine d’années.

La troisième mini-série (qui dispose de formidables couvertures signées Mike Zeck) figure au sommaire de Robin volume 2 - Triumphant, dans la série de cinq recueils sortis entre novembre 2015 et décembre 2017. Pour ma part, il va bien falloir un jour que je me penche là-dessus, histoire d’avoir toutes les étapes de la carrière de Tim Drake.

Bref, notre Tim Drake vole de ses propres ailes. La série l’oppose d’abord à des voleurs de voiture, ce qui lui permet de croiser le chemin de Shotgun Smith, un ancien flic de Gotham qui officie désormais en périphérie, et qui semble nourrir une certaine animosité envers Bullock et Montoya. Les dialogues expliquent qu’il connaît Gordon depuis longtemps, et Dixon l’écrit comme un vieux briscard plus teigneux encore que Bullock, ce qui n’est pas peu dire.

J’ai longtemps cru que Shotgun Smith était un personnage nouveau, créé pour la série. En fait, il n’en est rien. L’apparition de Steve « Shotgun » Smith remonte à Detective Comics #428, daté d’octobre 1972. Le récit « The Batman vs The Toughest Cop of Gotham! », écrit par Frank Robbins (qui décidément aura laissé son lot de personnages marquants dans la mythologie batmanienne) et illustré par Bob Brown et Dick Giordano brosse le portrait d’un flic tout-terrain, dur à cuire et râleur, opiniâtre et disposé à recourir à des méthodes musclées.

Batman n’apprécie guère les méthodes de cette teigne de la police et c’est en tant que Bruce Wayne qu’il suit le policier dans sa ronde, soupçonnant celui-ci d’être corrompu. Dans les dialogues, Robbins compare Shotgun Smith à Johnny Broderick, un légendaire flic des années 1930 aux états de service impressionnant mais à la fin de carrière entachée par quelques polémiques sur des méthodes peu scrupuleuses et ses accointances douteuses.

Si la référence historique parle sans doute aux lecteurs de 1972, rappelons cependant que le film French Connection est sorti l’année précédente, et présente Gene Hackman dans le rôle de Popeye Doyle, un policier obstiné et cogneur, dont l’éternel chapeau est évoqué par le galurin recourbé dont Shotgun Smith ne se sépare jamais. La référence semble complètement assumée chez Robbins et Brown.

Les épisodes 3 à 6 de cette nouvelle série mensuelle opposent Robin au Cluemaster, qui vient de s’évader avec deux autres compagnons de cellule (enfin, trois, mais ils laissent l’un d’eux dans les égouts…). C’est l’occasion de faire revenir Stephanie Brown, alias Spoiler, la propre fille du Cluemaster, qui s’ingénie à ruiner les plans crapuleux de son père. Stephanie quant à elle est apparue dans Detective Comics #647, en 1992, un épisode réalisé par Chuck Dixon et Tom Lyle.

Au-delà de l’intrigue super-héroïque, sympathique mais oubliable, les épisodes valent surtout par le portrait de Tim, un adolescent qui veut bien faire mais qui se retrouve débordé (voir notamment les scènes avec Ariana), et de Stephanie, une gamine qui a revêtu un costume mais comprend très qu’elle n’est ni super-héroïne ni justicière (en tout cas, pas à l’époque).

C’est énergique, souriant, charmant, classique mais efficace. Le dessin de Tom Grummett, qui emprunte beaucoup à John Byrne en le mettant à la sauce cartoony, est grandement efficace et très joli à regarder, même si on ne manquera pas de trouver que son trait rond rajeuni Tim Drake, qui paraissait peut-être un peu plus vieux chez Tom Lyle.

Le reste du sommaire est consacré à une aventure réunissant Robin et Huntress, et tirée des pages de Showcase '94. Contrairement à son homonyme des années 1950-1960, ce titre n’est pas une anthologie visant à lancer de nouveaux concepts éditoriaux, mais un mensuel proposant de mettre en avant des personnages, secondaires ou non, de l’univers DC. Cette nouvelle formule rapproche davantage Showcase du célèbre Marvel Comics Presents édité par la concurrence. Une particularité : la série revient à son numéro un à chaque nouvelle année et change donc de titre, l’ensemble des parutions s’étalant entre 1993 et 1996 et formant autant de « maxi-séries » qu’il y a d’années de parution.

La couverture de Showcase '94 #5 (qui n’est pas reprise dans le recueil : ce n’était pas encore dans les habitudes complétistes des TPB de l’époque), réalisée par Walt Simonson, annonce l’arrivée de Huntress. Effectivement, la chasseresse est la narratrice de cette aventure, écrite là encore par Chuck Dixon et illustrée par Phil Jimenez. Pour le coup, puisque la voix est celle d’une justicière aux méthodes expéditives, Dixon renoue avec une tonalité plus musclée, plus « hard-boiled », au rythme de petits blocs incisifs qui ne dépareilleraient pas dans un comic du Punisher.

L’histoire, qui raconte comment Huntress se retrouve face à une autre « mafia princess », qu’elle a connue dans sa jeunesse, et qui utilise la fragilité psychologique de son frère, un prêtre, pour se créer des alibis, est en fait un cross-over entre Showcase '94 #5 et 6 et Robin #6. Il est donc logique que le chapitre du milieu soit raconté du point de vue de Tim tandis que les deux autres sont narrés par la voix de Helena.

Les deux personnages se connaissent pour s’être croisés précédemment dans la mini-série Robin III. Une partie de l’intrigue tourne autour des méthodes différentes qu’ils privilégient, installant une tension entre les héros, qui culminera par la suite et finira par éloigner Huntress du monde de Batman, qui n’accepte pas sa vision de la justice.

Le sommaire correspond à une période à le scénariste Chuck Dixon commence à s’installer durablement dans l’univers gothamien. Lui qui a commencé sur Robin sans espoir réel d’écrire un jour Batman est désormais aux commandes d’une série mensuelle consacrée au Chevalier Noir, développe Robin puis étendra son influence à Nightwing et Birds of Prey. La lecture des épisodes assemblés ici montre sa capacité à varier la tonalité de ses épisodes selon les personnages mis en scène et les revues qui les abritent.

Jim

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