RÉÉDITIONS MARVEL : TPBs, omnibus, masterworks, Epic…

Moi en plus ej suis pas fan de Hulk… avant PAD… jamais accroché pas même Englehart ou Stern… un peu Ditko.

J’ai toujours bien aimé. Même si je trouvais ça répétitif : la nature, le désert, les forêts, pouf les militaires arrivent, la fuite, les vilains, paf les militaires arrivent… C’est pour quoi l’idée d’un Hulk intelligent m’avait bien plus. Quand j’ai commencé à explorer tout ça, je me suis rendu compte que Mantlo a été bien plus pionnier que ce dont la plupart des gens se souvenaient.

Jim

Ouais, c’est à cause du passage au nouveau forum, ça a fait sauter plein de liens et d’images (qu’est ce que c’était long de remettre toutes les images des vieux sujets du ciné-club ^^)…

D’après son blog sur Tumblr (dédié à cela*), Ewing révise l’ongoing de Hulk depuis sa reprise du titre (des débuts jusqu’à l’arrivée de Wolvie à ce stade).

https://alewing.tumblr.com/archive

*« Workblog for THE IMMORTAL HULK. »

« A lot of what I do involves going right back to the first appearance of a character — not because I think that’s the best they’ve ever been and deviating from it is blasphemy, but because I think there’s usually a nugget of primal mojo that you can find there while the idea’s fresh and not fully coalesced. With Immortal Hulk , vast swathes of my run are informed by the chaos of the first six issues, and especially by the unforgettable moment of Bruce Banner staring out of the panel waiting for night to fall, cementing it as a horror book. »

Un bon prétexte pour « rediffuser » des trucs.
Un exercice plaisant, au demeurant, et qui semble entraîner des réactions, donc tant mieux.

Jim

On a déjà parlé de la série Quasar, de Mark Gruenwald, qui a eu le droit à deux TPB.

J’avais évoqué la série dans ma rubrique « Viens dans mon comic strip », et je me permets de la « rediffuser » ici.

QUASAR

Le magnum opus de Mark Gruenwald

Pour beaucoup, le meilleur travail de l’estimé et regretté Mark Gruenwald demeure Squadron Supreme, une exploration, par le truchement d’un groupe de héros Marvel vivant sur une Terre alternative, l’impact « réel » des super-héros sur la société, si ces derniers se mêle de politique. Pourtant, malgré la reconnaissance critique et publique obtenue par cette mini-série, un autre travail s’impose comme son œuvre majeure : Quasar.

D’abord quelques rappels rapides. Mark Gruenwald, né le 18 juin 1953, commence à travailler chez Marvel en 1978, où il occupe des fonctions éditoriales. Il écrit également et, chose moins connue, il dessine, réalisant notamment la première mini-série consacrée à Hawkeye , ainsi que quelques épisodes de What If , Marvel Team-Up ou Hulk . L’une de ses plus grosses réalisations consistera à superviser le Marvel Universe From A to Z , vaste encyclopédie recensant les héros et vilains, vivants et défunts, évoluant dans l’univers de l’éditeur qui l’emploie.

2-Quasar2-Protector

En tant que scénariste, il sera l’auteur de nombreux récits, parfois en solo parfois en tandem avec Ralph Macchio (celui de Marvel, pas celui de Karate Kid ), notamment sur Marvel Two-in-One , où il livre des aventures épatantes profondément ancrées dans cet univers. De même, il signera un run particulièrement long sur Captain America , mélangeant l’excellent et le lourdingue, mais parvenant toujours à distraire et à explorer la richesse infinie de ce monde de fiction. On lui doit l’arrivée de USAgent, une réflexion sur le devoir de réserve et la désobéissance civile, ainsi que des sagas aussi palpitantes que « The Bloodstone Hunt » ou « Street of Poison ». Un bilan tout de même assez positif si l’on considère le grand nombre d’épisodes.

Quasar1-Conscience

Gruenwald décède le 12 août 1996. La légende, colportée notamment par Sean Howe, veut qu’il ait une crise cardiaque après avoir découvert le premier numéro de Captain America signé Rob Liefeld.

3-Quasar18-Cover

Connaisseur encyclopédique de Marvel, Gruenwald commence sa carrière en écrivant dans Amazing World of DC Comics , le fanzine officiel de l’éditeur d’en face. Dans ses différents travaux, il témoigne d’un intérêt évident pour l’autre grand univers de super-héros. Et sa série Quasar ne dérogera pas à la règle.

4-Quasar18-Costume

Quasar, tiens, parlons-en. Le personnage est l’héritier d’un autre héros, Marvel Boy, apparu dans les années 1950 (et lui-même héritier d’un nom porté par un justicier juvénile des années 1940), et ramené par Roy Thomas dans Fantastic Four . Marvel Boy tirant ses pouvoirs de ses bracelets, quand il disparaît (il était censé être mort, mais il va mieux maintenant, voir la série Agents of Atlas ), les bijoux sont récupérés par le SHIELD qui décide de les confier à un agent. Wendell Vaughn fait donc son apparition sous le nom de Marvel Man dans Captain America #217 daté de janvier 1978, puis en tant que Quasar dans The Incredible Hulk #234, daté d’avril 1979.

Héros de seconde zone, à une époque où tout le monde ne fréquentait pas les rangs des Vengeurs, Quasar cherche sa voix, et semble la trouver en tant que responsable de la sécurité du Projet Pegasus, vaste complexe scientifique où des équipes de chercheurs étudient les pouvoirs des super-vilains sous le prétexte de découvrir des sources d’énergie. Ce projet secret, antre de la corruption, sert de toile de fond à de nombreux épisodes de Marvel Two-in-One (dessinés par John Byrne puis George Pérez et correspondant à l’une des meilleures périodes de la série).

5-Quasar38-Reunion

Mais le héros semble toujours dans l’ombre des autres. Figurant dans les aventures des autres, il dispose de pouvoirs récupérés sur la dépouille d’un prédécesseur et doit constamment faire ses preuves, entretenant un sentiment d’échec.

C’est sur ces bases que Gruenwald construit la nouvelle série. Le premier épisode ne propose rien de moins qu’une réécriture des origines, signe que le héros semble incapable de voler de ses propres ailes.

7-quasar36-6-original

Nous sommes en 1989, Marvel connaît une certaine croissance, et lance de nouvelles séries. Parmi les motivations, il s’agit pour l’éditeur d’occuper le terrain mais également de valider des marques, afin de ne pas laisser en déshérence ses propriétés. Le personnage apparaissant à la même période parmi les Vengeurs, il gagne en notoriété.

8-quasar38-06-original

Le point intéressant de la série, c’est que Gruenwald, en prenant sous son aile un héros incertain, hésitant, pétri de doutes, suit un cheminement qui sera, plus tard, celui de Dan Slott sur ses différentes séries (et autour de personnages tels que Jennifer Walters, Hank Pym ou Peter Parker) : il le fait avancer sur le chemin de la vie, gagner en confiance en soi, et accéder à un statut plus élevé que précédemment. En revanche, le scénariste prend le temps de confronter Wendell à des tas de problèmes entretenant chez lui le sentiment qu’il n’est pas digne de son rôle ni de sa place dans la communauté des super-héros. Quasar changera plusieurs fois de costumes, parfois par l’intervention d’entités supérieures, parfois de son propre chef, mais là encore, c’est le signe qu’il se cherche.

9-quasar39-14-original

Le personnage est, d’une manière, très proche de son scénariste. Gruenwald décide de placer la famille du héros à Oshkosh, dans le Wisconsin, la ville dont il est lui-même originaire. Il est possible de penser que Quasar est l’incarnation de ses propres doutes, alors que dans le même temps, il écrit les aventures de Captain America, symbole de la nation que tout le monde admire. Gruenwald n’hésite donc pas à faire de Wendell Vaughn un fanboy admiratif de la stature du Vengeur étoilé. Paradoxalement, le héros à nouveau reprend la fonction d’un justicier précédent : en effet, l’autre Vengeur fan de Cap, c’est Hawkeye, que Gruenwald connaît bien.

10-Quas2-1

Redéfini comme un héros fragile, Quasar est pourtant, dès le second numéro, rebaptisé « The Cosmic Avenger », promettant l’exploration d’un pan du monde Marvel à l’époque un peu laissé en jachère. Si la série prend un peu de temps avant de trouver ses marques, le justicier des étoiles est bientôt embarqué dans des sagas de plus en plus ambitieuses et plutôt rondement menées. « Journey into Mystery », dans Quasar #13 à 16, il mène l’enquête sur la mort des Gardiens (et l’air de rien, ça cause presque de mémétique avant l’heure), les quatre numéros portant des couvertures de Jim Lee (magnifique), Todd McFarlane, Mike Mignola et Steve Lightle. Dans « Cosmos in Collision » ( Quasar #18 à 25), il affronte Deathurge, Maelstrom et Oblivion (vous savez, on en a parlé à l’occasion de l’évocation des aventures d’Iceman). La série se porte bien, est concernée par le gros cross-over « Galactic Storm » secouant le catalogue Avengers, a droit à une couverture argenté pour le #50

11-quasar17-BuriedAlien

Gruenwald ne ménage pas son héros. En plus des doutes perpétuels dont il l’afflige, il l’ampute, le tue plusieurs fois, et lui fait subir des métamorphoses en rafale, poussant toujours plus loin la logique des récits initiatiques voulant que le héros doit mourir avant de mieux renaître. Si le schéma peut sembler enquiquinant, le scénariste, passant la vitesse supérieure, confère ainsi à la série une nervosité qui ne faiblit jamais.

Une autre ombre héroïque vient planer au-dessus du héros. Dans Quasar #13, Wendell rend ses hommages à Captain Marvel. Là encore, s’il se sent inférieur à son illustre prédécesseur, il sera par la suite contacté par Eon (enfin Epoch, la version 2.0, en somme) et deviendra à son tour le protecteur de l’univers nanti d’une forme de « conscience cosmique ». Peu à peu se construit un personnage prenant une part de plus en plus grande dans la cosmogonie Marvel, fréquentant les entités conceptuelles et affrontant des menaces universelles.

quasar32-Cover

La série a droit a de grands moments graphiques. Lancée par Paul Ryan, elle est reprise par Mike Manley puis par l’excellent Greg Capullo, alors encore au début de sa carrière. Travaillant dans un style proche de celui de Romita Jr, il illustre certaines des meilleures aventures proposées par Gruenwald, y compris « Cosmos in Collision ». Mais les épisodes de Steve Lightle et même d’Andy Smith sont assez chouettes aussi.

De nombreux personnages prennent de l’importance. Notamment Makkari, l’Éternel bolide créé par Kirby (et associé, par Stern, à d’autres « speedsters » de Marvel). Mais également Her, les héros du « New Universe » voire les univers alternatifs présentés dans les What If , le tout dans une vaste déclaration d’amour à la continuité et à ses déclinaisons. Gruenwald va jusqu’à faire apparaître des héros DC déguisés, parmi lesquels, bien entendu, l’Escadron Suprême, dont les membres reviennent au début de « Journey into Mystery », mais également le plus rapide bolide de l’univers, battant tous ses homologues Marvel : derrière le sobriquet de « Buried Alien », on reconnaît bien entendu Barry Allen, alias Flash.

La série s’interrompt au soixantième épisode, daté de juillet 1994, après un dernier cross-over , « Starblast », et la révélation que les pouvoirs du héros l’obligent à s’éloigner de la Terre, pour un exil indéterminé, et ce en dépit du fait que Quasar est désormais en possession de la Starbrand qui pourrait lui assurer un certain confort. Le scénariste a le courage d’abandonner son héros fétiche dans une situation ressemblant à une défaite, où le sacrifice ne le rend que plus héroïque.

Le premier épisode est imprimé à une époque où les comic books affichaient encore des trames colorées à gros points sur un papier à la qualité discutable. Le dernier chapitre propose un meilleur papier, des trames plus fines rendant mieux les aplats, et au final la série couvre une période de l’histoire de la bande dessinée américaine marquée par de profonds changements, dans la forme comme dans le fond. D’un point de vue personnel, elle correspond également à un feuilleton que je suivais en le commandant à Dangereuses Visions (à partir du #18), avant de l’acheter sur Paris, où je m’étais rendu pour mes études : bref, une sorte de madeleine, quoi. Cette fin de série, due aux ventes peu satisfaisantes, permet tout de même à Gruenwald de conclure son travail et de laisser le sentiment d’une œuvre achevée. Ce qui, somme toute, demeure assez rare : une série menée par un seul scénariste sur soixante numéros et donnant l’impression d’une épopée conclue, voilà qui mérite la lecture.

Jim

Merci de la présentation ! Tout a été compilé ?

non que 2 TP… on arrive au 25…
Moi j ai bien aimé les debuts 6-7 1ers puis y a un rou d air que j ai jamais passé jusqu au début de cosmos in collision qui à l epoque ne m avait pas convaincu…
C est Gruenwald et donc pas linéaire au plan qualité…

Comme dit Fred, deux TPB. Je t’invite d’ailleurs à cliquer sur les liens du début où je détaille un peu mes lectures des deux recueils. J’aime beaucoup « Journey into Mystery » et « Cosmos in Collision ».
Rajoutons que les chapitres liés à « Galactic Storm » sont également compilés dans les TPB reprenant ce cross-over.
Une série que j’aime bien, et jusqu’au bout.

Jim

Merci. :slight_smile:
Oui, j’ai Galactic Storm ! Bonne lecture un peu grasse mais fort sympathique pour les fans.

J’aime beaucoup. L’équilibre entre les séries est plutôt réussi, aucun personnage ne fait de la figuration, les péripéties sont bien étalées sur les différents chapitres, Harras tire de tout ça de bonnes choses et utilise le contexte afin de couper son groupe et de mettre en avant ses personnages préférés. C’est copieux, mais certains cross-overs plus courts ne réussissent pas à intéresser de la même manière ! Excellent souvenir de lecture.

Jim

Oui, pareil. Une vraie grosse bataille cosmique, avec des conséquences, des choses terribles, des choix bien pensés, et plusieurs camps bien animés.
Et bon, sortir un peu les Shi’ars des X-Men, c’était agréable aussi.

Mais qui au final donne la nausée et des gaz.

Disons que pour un truc avec autant de séries, ca ne souffre pas des défauts des cross Batman (perso qui servent a rien, rallonge avec des episodes qui servent a rien).
Là le découpage est bien foutu et les persos sont tous parti prenante… apres c est un peu long…
Mais la fin est sympa…
Bon ca donne la nausée parfois mais pas plus que pas mal de trucs recenbts par certains scenaristes

Tiens, je me rends compte qu’on a souvent évoqué ce récit, mais apparemment on ne lui a jamais consacré de sujet en particulier.
Réparons cette erreur.

Parue au début de l’année 1992, la saga « Operation: Galactic Storm » est un événement éditorial emportant dans son sillage les titres de la « famille Vengeurs ». Donc Avengers, Avengers West Coast, mais aussi Captain America, Thor, Quasar, Wonder Man et Iron Man. L’idée de base est la suivante : les empires cosmiques des Krees et des Shi’Ars se font la guerre, un conflit qui met la Terre en danger et qui amène les Vengeurs à intervenir directement, à « se déployer », d’où l’analogie dans le titre avec la fameuse « Desert Storm » décrivant l’intervention en Irak l’année précédente.

D’après certaines sources, l’idée provient d’un récit que Mark Gruenwald réservait à l’origine à Quasar (et peut-être en lien avec la dépouille de Captain Marvel, ainsi qu’on le verra dans un des épisodes concernés). À la même époque, la rédaction envisage un cross-over impliquant les Vengeurs, donc l’idée est retenue. Bob Harras, qui est alors scénariste d’Avengers et responsable éditorial des titres mutants, permet l’utilisation des Shi’Ars (nous sommes encore à l’époque de Tom DeFalco, il y a donc encore un editor-in-chief et le catalogue n’est pas encore morcelé entre plusieurs responsables jaloux de leurs licences, mais les univers se mélangent cependant avec précaution). L’ensemble du récit comprendra dix-neuf chapitres officiels, sans compter le chapitre « aftermath » dans Captain America #401 et quelques autres déclinaisons. L’épopée a été compilée dans deux recueils bien dodus.

Au-delà de la genèse éditoriale, on peut aussi voir dans « Galactic Storm » une sorte de suite à la fameuse « Kree-Skrull War » que Roy Thomas avait orchestrée dans Avengers à la toute fin des années 1960, avec Neal Adams et John Buscema au dessin. Dans ce récit désormais classique, la Supreme Intelligence des Krees convoite Rick Jones, ce dernier partageant un lien avec Mar-Vell et disposant de pouvoirs latents qui pourraient l’intéresser (et qui lui permettent de matérialiser des héros de l’Âge d’Or et ainsi de renverser la vapeur en faveur des Vengeurs). C’est également par Rick Jones que la tempête arrive puisque, dans Captain America #398, le jeune homme est enlevé par des Shi’Ars, ce qui entraîne l’intervention du héros patriote puis de ses équipiers. Ce sont les Vengeurs de la Côte Ouest qui interviennent afin de récupérer l’otage, tandis que Quasar part enquêter sur un vaisseau Shi’Ar, fait face au Docteur Minerve et au Captain Atlas, qui a volé les bracelets de Mar-Vell et se retrouve téléporté sur Terre face à Wonder Man… Donc très rapidement, tout le monde est impliqué dans le conflit.

Dans le même temps, les portail permettant aux différentes flottes belligérantes de se déplacer d’une galaxie à l’autre perturbent le soleil, qui met d’abord en danger la station Starcore puis la Terre tout entière. La saga prend alors une ampleur cosmique à laquelle les dessins de Capullo sur Quasar ou d’Epting sur Avengers donnent toute sa dimension.

Question baston, ça envoie du bois. On a droit à quelques duels bien sentis, opposant Wonder Man à Captain Atlas, Thor à Gladiator, Iron Man à Ronan… Au niveau des péripéties, c’est plutôt pas mal non plus : Clint Barton alias Hawkeye redevient momentanément Goliath, autre référence à la « Kree-Skrull War », les Shi’Ars bâtissent une « Nega-Bomb » destinée à exploser sur leurs ennemis…

Les Vengeurs se divisent en trois équipes, deux se rendant sur les mondes en guerre afin de lancer des négociations (en vain), la troisième devant protéger la planète. De l’extérieur, le vaste groupe semble faire front de manière unie et solidaire à l’adversité, mais en fait, la saga sert aussi à amplifier les failles qui les séparent. L’idéalisme de Captain America (pourtant l’un des rares guerriers du groupe) s’oppose au pragmatisme de certains autres personnages, et ce assez tôt dans le récit.

C’est là que le cross-over aura des conséquences (au-delà même du rôle des Krees par la suite, notamment avec le futur cross-over « Live Kree or Die »). En premier lieu, cela nourrit la dynamique du groupe et apporte des éléments pour les intrigues que Bob Harras leur concocte. On peut aussi voir dans cette saga l’un des tournants clés de la relation tendue entre Captain America et Iron Man, qui s’était déjà dégradée au sortir de la saga « Armor Wars » (enfin, des deux sagas, mais surtout de la première, dans la seconde période Michelinie).

Le récit est aussi une réussite visuelle. Captain America, dessiné par Rick Levins, est faiblard, même si l’illustrateur y met de l’énergie. Sur Thor, Ron Frenz est remplacé par Pat Olliffe, et c’est un peu moins bien, malgré quelques bastons bien péchues. Mais dans l’ensemble, ça reste quand même très agréable à l’œil, avec une mention spéciale pour le tandem Epting / Palmer, qui parvient à copier intelligemment les tics de Jim Lee sans jamais tomber dans la caricature. Le portrait qu’ils font de Deathbird s’inscrit complètement dans l’esthétique d’Uncanny X-Men #275, c’en est un bonheur !

Car l’un des autres plaisirs pour le fan, c’est aussi de voir débouler un tombereau de personnages secondaires qu’on n’avait parfois plus revus depuis des décennies. C’est notamment le cas chez les Krees, occasion de revoir Demon Druid rebaptisé Ultimus, Shaterrax ou Korath the Pursuer. C’est tout bête, mais voir l’Intelligence Suprême avec un corps au sein de la Star Force, c’est rigolo.

Le point fort du récit tourne autour de l’équipe qui s’est rendue dans le monde des Krees. Elle comprend Captain America et le Black Knight, qui développe au fil du récit une vision différente de leur rôle dans ce conflit. Nous sommes au début des années 1990 et les super-héros deviennent plus interventionnistes (là encore, c’est sans doute les X-Men de Claremont qui ont montré la voie, notamment avec la période australienne qui les montre attaquer de front un État dictatorial comme Genosha). Ce n’est pas la première fois que les Vengeurs décident d’agir au lieu de réagir, mais en général, l’intervention des héros est soit mal vue (Vision virant au dictateur dans les Avengers de Stern) soit moralement contestable (le Squadron Supreme de Gruenwald). Avec « Galactic Storm », le discours évolue, en accord avec l’air du temps, et faisant écho à une tendance qui s’installera dans le paysage (de X-Force à StormWatch, pour parler de la même décennie).

Ici, le propos se fait sur un événement éditorial regroupant des séries classiques et bien en vue. Ce n’est pas une production de petit éditeur indépendant ni une version alternative. Ce n’est même pas un récit discret fait dans un coin entre deux grandes sagas. Non, cette fois, c’est une grosse vitrine. Le groupe, déchiré entre deux tendances, à savoir retourner chez soi une fois la guerre achevée (sur la défaite des Krees) ou aller jusqu’au cœur de l’empire en ruines et décapiter le pouvoir, est poussé à bout par l’explosion de la Nega-Bomb construite par les Shi’Ars. Et c’est le Black Knight qui porte le coup de grâce.

L’instant sert à la fois en termes de caractérisation (le personnage se durcit, entame une évolution qui nourrira la « Dark Sersi Saga »), en termes de dynamique de groupe, mais aussi au niveau de la réflexion sur le genre lui-même. Sur ces trois niveaux, la réflexion de Captain America, qui décide de laisser faire le groupe dissident, porte une lumière intéressante. Est-ce le vieux soldat qui voit la guerre le rattraper ? Est-ce le stratège qui laisse une partie de l’équipe faire le sale travail ? Est-ce le héros fatigué qui cède un peu au désespoir ? Harras, sur le coup, parvient à matérialiser des moments forts qui synthétise tout l’intérêt de la saga. Il nous offre des personnages intenses et parvient à associer le mainstream avec une véritable réflexion politique entamée dans la décennie précédente et sortant les héros de leur rôle en général immaculé. En gros, il pose la question des mains sales.

Chose intéressante, « Galactic Storm » est aussi l’histoire d’un échec. L’intervention des Vengeurs n’aura servi à rien, à part éventuellement contribuer à la confusion générale et au désespoir des troupes. La Nega-Bomb a explosé, l’Empire Kree est ravagé (ce qui nourrira haine et rancœur), les Shi’Ars étendent leur zone d’influence, et les héros sont déchirés. Le bilan, pourrait-on paraphraser, est globalement négatif.

Très bonne saga qui offre de la baston, des costumes colorés, des décors exotiques et une action soutenue, « Galactic Storm » reste comme une réussite et un tournant pour les Vengeurs, pour l’univers Marvel et peut-être pour les super-héros en général. La saga peut être savourée dans deux recueils, dont le second contient également un diptyque de What If donnant une vision alternative à l’événement.

6114mg-fM5L

Je découvre aussi une édition dans la collection Epic, en un seul volume, mais qui semble moins complète. Les deux What If ne sont pas là, pas plus que le Captain America #401.

Jim

Réédité ces temps-ci (l’effet Empyre ?), ainsi qu’un Epic allant jusqu’au final de la « Kree-Skrull War ».

Oui, j’avais repéré le Live Kree or Die. Je pense que je vais me le prendre (même si j’ai lu ça chez Panini). L’autre, j’ai son équivalent en Essential, donc c’est moins pressé.

Jim

Oh, il est édité dans quoi ? Epic aussi ?

Pas un Epic mais plutôt un tpb à part avec un sommaire quelque peu fourre-tout, correspondant à la thématique « Vengeurs contre Krees survivants durant les 90’s » (donc suite aux retombées de ce crossover).

Collects Avengers (1963) #365, 378-379; Iron Man (1998) #7; Captain America (1998) #8; Quicksilver (1997) #10; Avengers (1998) #7; material from Avengers (1963) #364, 366.

Merci !