Sorti en février 2012, le recueil Avengers: Solo Avengers Classic reprend le contenu des dix premiers numéros de l’anthologie Solo Avengers . Rappelons-en le principe éditorial : la première moitié de chaque épisode est consacrée à une aventure de Hawkeye, héros alors de plus en plus populaire au gré d’une mini-série à son nom, d’une présence accrue dans le titre Avengers puis au centre de la création de la série dérivée, West Coast Avengers , tandis que la deuxième partie du sommaire est dévolue à un autre membre de la prestigieuse équipe à l’occasion d’une histoire courte.
Le premier numéro voit donc le héros, qui se rend à une répétition en vue d’un spectacle caritatif, se faire attaquer par des mercenaires commandités par un mystérieux adversaire. Première livraison oblige, l’histoire consacrée à Mockingbird fait directement suite au premier chapitre, dérogeant d’emblée à la règle éditoriale qui sera de mise pour les prochains numéros.
L’identité du méchant est dévoilée à la fin du premier chapitre, écrit par Tom DeFalco et illustré par Mark Bright. Cependant, pour les lecteurs, le nom Trickshot est encore inconnu. En effet, les connaisseurs de la continuité savent que Clint Barton et son frère Barney ont appris à tirer à l’arc dans un cirque, auprès du Swordsman.
Le même Tom DeFalco rédige le chapitre consacré à Mockingbird et profite de ce numéro pour glisser quelques allusions. Par exemple, dans la première partie, il fait remarquer, par la bouche de Wonder Man, que le Swordsman n’est pas un archer : ce n’est donc pas auprès de lui que Clint a appris tous ses tours. Tout est donc mis en place pour dévoiler un nouveau pan du passé du héros.
De plus, DeFalco s’amuse de la ressemblance entre le couple Hawkeye / Mockingbird et celui formé par Green Arrow et Black Canary chez l’éditeur d’en face.
La première histoire de complément est consacrée à Black Can… euh, à Mockingbird, et elle est connectée au récit dédié à Hawkeye (la saga a été traduite en France, dans Spidey de mémoire). Elle est dessinée par un jeune Jim Lee et c’est plutôt pas mal.
À l’issue de ce premier numéro, les lecteurs savent qu’un certain Trickshot tente d’entraîner Hawkeye dans un duel à mort. Le deuxième chapitre, dans Solo Avengers #2 , est composé d’un flash-back expliquant les liens entre le jeune Clint et les membres du cirque où il a été formé, à savoir Swordsman et Trickshot. Les deux hommes spécialistes respectivement des lames et des flèches, forment l’apprenti tout en vivant de diverses activités illégales, ce qui vaudra de les éloigner avec le temps. Mark Bright signe des pages en gaufrier de neuf cases, un découpage bien sage qui s’énervera dans les chapitres suivants.
Dans le troisième numéro, Hawkeye affronte Batroc, Zaran et Machete, trois vilains de seconde zone envoyé par Trickshot, mais il est arrêté par Silver Sable, personnage que DeFalco apprécie grandement pour l’animer dans Amazing Spider-Man. La chasseuse de prime venue d’un pays d’Europe Centrale est elle-même à la recherche du criminel et tente de se servir de l’archer pour le débusquer.
Dans Solo Avengers #4 , le chapitre est dessiné par Ron Lim, un illustrateur rapide et efficace capable de dessiner tous les costumes des héros colorés avec un style égal. Le chapitre met en scène l’évasion de Clint, qui s’échappe du château à Silver le détenait, une action surveillée par celle-ci qui espère ainsi attirer Trickshot. Et effectivement, à la fin de ce volet, Hawkeye est capturé par son ancien mentor.
Le dernier chapitre de cette saga voit les deux archers s’affronter. Mais Clint comprend, avec étonnement, que son maître n’a rien perdu de sa dextérité, et qu’il fait semblant de mal viser ou de décocher en retard. Dans une dernière séquence assez émouvante, il découvre que Trickshot est atteint d’un cancer et souhaite en finir l’arc à la main, et non dans son lit. L’épisode se conclut sur une réconciliation émouvante entre le maître et l’élève.
Empli d’action, ce premier cycle offre du spectacle, du dépaysement, mais également une caractérisation forte, en bref un cocktail efficace. Ce n’est pas du grand comic , mais c’est du bon comic , avec cette étincelle d’humanité qu’on est en droit d’attendre d’un divertissement populaire.
Parallèlement, le sommaire des numéros 2 à 3 accueille trois segments courts consacrés respectivement à Captain Marvel (Monica Rambeau), à Moon Knight et au Black Knight. Les trois histoires sont écrites par Roger Stern, qui signe ici ses dernières prestations avant de se fâcher avec Mark Gruenwald puis de quitter Marvel pour la concurrence, où il écrira, pendant de longues années, les aventures de Superman.
Précisément, l’épisode est publié dans Solo Avengers #2 , daté de janvier 1987. La couverture en est réalisée par Lee Weeks et Joe Rubinstein.
Le premier segment, par Tom DeFalco et Mark Bright, est consacré à Hawkeye (au sein d’une saga renvoyant l’archer à ses origines), et le deuxième est réalisé par Roger Stern, co-créateur de cette nouvelle Captain Marvel, et Kieron Dwyer, ici encré par Bob McLeod.
Les deux auteurs livrent un récit dynamique et rapide, mais tout à fait classique. Sa vertu n’est pas de proposer une histoire inédite, originale, renversante, mais plutôt de faire le point sur le personnage, de le résumer pour les nouveaux lecteurs et de définir son statu quo .
L’action commence quand Monica survole le Bordelais à destination de la Suisse. Elle va voir le professeur Andre LeClare, personnage lui aussi introduit dans l’Amazing Spider-Man Annual qui l’a vue naître. Mais en chemin, elle perd le contrôle de ses pouvoirs et provoque un incendie dans un chalet suisse.
Elle s’empresse de prendre contact avec LeClare, mais ce dernier parvient à l’avertir qu’il s’agit d’un piège.
En fait, Felipe Picaro, le méchant de l’Annual , est revenu, équipé d’une armure, et tente d’absorber le pouvoir de l’héroïne. Monica parvient à libérer son ami scientifique et ses associés, puis entraîne son adversaire à l’extérieur.
S’ensuit un duel où, selon une formule classique, Captain Marvel laisse Picaro absorber son énergie, ce qui provoque bien entendu une surcharge.
Tout est bien qui finit bien : le méchant est arrêté, Monica a confirmation que ses pouvoirs sont stables, et LeClare fait la leçon à ses amis : un tel pouvoir peut certes être dangereux, mais estimons-nous heureux que des personnes comme cette Captain Marvel existe. L’ensemble est rapide est dense, et aurait pu faire l’objet d’un récit en deux épisodes, avec un bon petit suspense au milieu. Une idée que Stern aurait écartée un temps puis ressortie, sous forme condensée, dans cette anthologie ?
On a vu, à l’occasion de l’évocation du recueil West Coast Avengers: Zodiac Attack , que l’épisode 29 marque la traque de Cornelius Van Lunt, le Taurus du premier cartel Zodiac, menée par Moon Knight, dont les pouvoirs viennent de la Lune et qui n’apprécie guère que le criminel ait juré sur le satellite : on ne trahit pas les valeurs du Chevalier de la Lune sans en payer le prix.
Jim_Laine:
L’épisode 29 apporte un mieux évident, notamment parce qu’il est construit autour d’un événement unique, la traque de Taurus menée par Moon Knight. Cette unité d’action (associée à une unité de temps, une soirée, et une presque unité de lieu) bénéficie aussi d’un très beau traitement graphique, Machlan noyant les dessins de Milgrom sous un déluge de trames du meilleur effet.
Dans le même épisode, on croise un mystérieux personnage vêtu de noir, le Shroud. Ce dernier est une sorte de super-héros infiltré, se faisant passer pour un chef de gang afin de mieux dynamiter le milieu criminel de l’intérieur. Et c’est en tant que chef de gang qu’il discute avec Taurus au début de ce chapitre.
L’épisode est daté de février 1987. Le même mois paraît Solo Avengers #3 . Rappelons le principe de ce titre anthologique : le premier segment est consacré à Hawkeye et le second à un autre Vengeurs. C’est Roger Stern qui se charge du scénario de ces récits courts dans les numéros 2 à 4.
Et le récit, dessiné par Bob Hall et encré par Stan Drake dans un style éminemment batmanien qui évoque les versions de Neal Adams ou de Jim Aparo (et une ambiance à la Denny O’Neil) est consacré à Moon Knight.
Dès les premiers textes, Roger Stern précise, par le biais de la voix off du héros, que ce dernier vient d’intégrer les Vengeurs de la Côte Ouest. On apprend dans la foulée qu’il est à la recherche de Cornelius Van Lunt. Est cité également Jack Russell, alias le Werewolf. L’action continue alors que Moon Knight se rend dans le repaire du Shroud (sur les indications de Russell) afin de le convaincre de l’aider dans sa traque.
Moon Knight découvre que la demeure est piégée, dans une logique très pulp , en mode « the house that Jack built ». Parvenant à éviter les pièges, Moon Knight fait enfin face au maître de céans, qu’il affronte dans un duel musclé. Il finit par vaincre.
C’est alors qu’un mur s’ouvre et qu’un groupe de justiciers nocturnes apparaît. L’équipe s’appelle la Night Shift (« l"équipe de nuit »), et le Shroud propose à Moon Knight d’en faire partie, lui expliquant que cela sert sa cause et son entreprise de sape du milieu criminel.
Moon Knight refuse poliment, mais les deux duellistes comprennent qu’ils sont du même côté. Après cette entrevue musclée, le Chevalier de la Lune reprend donc sa traque de Van Lunt, ce qui nous conduit à West Coast Avengers #29 qu’on vient de citer.
On peut légitimement penser que Roger Stern prépare ici de futures péripéties, développant le monde des Vengeurs en décrivant une nouvelle équipe qui pourra, le cas échéant et le temps venu, servir d’alliée ou d’ennemie aux héros. Cependant, Stern se fâchera bientôt avec Mark Gruenwald, responsable des titres Avengers , et partira chez DC rejoindre l’équipe supermanienne de Mike Carlin. Les développements prévus autour de la Night Shift, qui que soit la personne à l’origine de la requête (Stern ? Gruenwald ? Englehart ?) n’auront pas réellement lieu.
L’équipe fera ensuite une apparition rapide à l’occasion de West Coast Avengers #40 , soit presque un an après son apparition. L’ironie voudra que ce numéro est le deuxième que Howard Mackie supervise seul après avoir succédé à Mark Gruenwald. Et le nouveau responsable éditorial range les jouets avant l’arrivée de John Byrne. Doublement ironique, c’est Gruenwald qui se charge du scénario, opposant les Vengeurs à cette Équipe de Nuit colorée et exotique, et qui méritait sans doute davantage qu’une résolution dans un épisode ayant tout du fill-in , et qui n’est peut-être que le reste d’une saga envisagée un temps avant d’être abandonnée.
Le quatrième numéro de Solo Avengers est daté de mars 1988, soit deux mois après le dernier Avengers dans lequel le nom de Roger Stern est cité, le #287 (les deux suivants, écrits à partir de l’intrigue de Stern, seront dialogués par Ralph Macchio, avant un énième épisode où Macchio et Gruenwald concluent l’histoire).
Rappelons la règle éditoriale de Solo Avengers : la première partie du sommaire est consacrée à une aventure à suivre vécue par Hawkeye tandis que la seconde partie est dédiée à un autre membre de la légendaire équipe. Roger Stern signe le scénario de ces back-ups dans les numéros 2 à 4, respectivement consacrées à Captain Marvel (Monica Rambeau), Moon Knight et Black Knight.
Dans le récit qu’il consacre au Chevalier Noir, nous retrouvons Dane Whitman qui mène une étude approfondie sur la lame d’ébène qu’il a héritée de son super-vilain d’oncle, et dont la malédiction lui promet les pires malheurs.
Persuadé de pouvoir identifier et contrer la malédiction ou, au pire, de trouver un moyen de détruire l’épée, Dane met à profit ses connaissances scientifiques. Mais il accepte la proposition de Doctor Druid qui, familier des artefacts antiques, utilise ses pouvoirs mentaux afin de sonder l’arme.
Mais Druid est soudain saisit d’un malaise. Il commence par entendre une voix lointaine, puis il est victime d’une sonde psychique qui l’agresse. Et alors que son corps luit, Dane s’adresse à lui, s’enquérant de son état. Mais ce n’est pas son équipier qui lui répond.
Au contraire, c’est un autre Chevalier Noir qui apparaît, et se tourne vers lui. Reconnaissant la lame d’ébène, le nouveau venu cherche à s’en emparer. Un duel commence, avec deux chevaliers luttant pour une seule épée.
Dans l’altercation, les dialogues nous permettent de faire connaissance d’Ernst Wyythim, « le Dernier Chevalier », venu du futur. Disposant d’une technologie ayant six siècles d’avance, l’agresseur porte une armure renforcée qui le rend peu sensible aux coups et aux chocs.
Plus intéressant, le personnage, comme on le découvre, est sous le coup de la malédiction de la lame, enclenchée au moment où le tranchant a versé le sang. Chose surprenante, Ernst a retourné l’épée contre lui-même et, dans la mort, a libéré son âme qu’il a projetée dans le temps à la recherche d’un hôte pouvant l’accueillir. Et c’est Doctor Druid qu’il a trouvé.
Ayant remonté le temps, Ernst cherche à annuler la malédiction avant sa naissance, promettant de tuer son ancêtre, Dane. Ce dernier lui fait remarquer que s’il parvient à ses fins, il n’aura rien fait d’autre que créer une réalité alternative où la lignée des Whitman n’existe plus, sans changer le monde où Ernst a été maudit. Mais qu’importe au forcené, il se contentera de savoir qu’un univers existe débarrassé de la malédiction de l’épée.
Stern s’amuse des « incohérences » dans le plan de son méchant, désamorçant les critiques potentielles. Avec Paul Ryan (encré par Bob Layton), il livre de belles pages de bagarre, bien chorégraphiées et assez musclées.
Finalement, Dane parvient à assommer, à grands coups de poings, son adversaire blindé. Inconscient, le Chevalier Noir du futur relâche son contrôle sur Druid qui réapparaît à sa place. Réfléchissant à ce qu’il vient de vivre, Dane pèse à la fois l’épée et les choix qui se présentent à lui.
Mais Stern, qui ne figure déjà plus au générique d’Avengers , quitte également Solo Avengers sur une fâcherie avec Mark Gruenwald et un profond désaccord sur plusieurs points concernant l’évolution de la série. Les lecteurs de la période Simonson se rappelle que la malédiction de l’épée occupe une place essentielle dans ce que vit le groupe. Donc, d’un côté, Roger Stern rappelle les fondamentaux du personnage et remet la malédiction en avant. De l’autre, ses successeurs utilisent ce ressort. Peut-on voir dans ce petit récit consacré à Dane Whitman les préparatifs de Stern pour une intrigue envisagée dans Avengers ? Si oui, la lignée future du héros, et ce fameux Ernst Wyythim, devait-elle revenir sur le devant de la scène (alors qu’avec le départ du scénariste, l’héritier du futur n’est jamais revenu) ?
Dans Solo Avengers #5 , Stern, l’un des architectes de l’univers des Vengeurs, est parti, et Mark Gruenwald doit chercher de nouveaux auteurs pour emplir son sommaire. Il se tourne vers Denny Mallonee et John Ridgway pour une première aventure dédiée à Scarlet Witch. À l’image de l’aventure de Captain Marvel, celle-ci s’inscrit dans la continuité et fait suite à un récit précédent, publié en l’occurrence dans Marvel Fanfare #6 .
Wanda secourt une femme de sa connaissance et se retrouve mêlée à un duel ésotérique où elle affronte, carrément, la Mort. Le style hachuré et suggestif de Ridgway contribue à créer une atmosphère surnaturelle et le scénario évoque le caractère magique des deux enfants de Wanda (un seul est dessiné, sans doute une erreur rattrapée aux dialogues).
Le rythme des aventures de Hawkeye ralentit à partir de Solo Avengers #6 . Dans ce numéro, il s’allie à deux agents travaillant pour Silver Sable, à savoir le Peregrine (« le plus grand héros français ») et le Sandman afin de lutter contre le deuxième Crâne Rouge, l’imposteur qui avait repris le rôle durant la Guerre Froide (l’explication a été fournie afin de justifier sa présence dans les histoires que Stan Lee et John Romita avaient réalisées durant les années 1950, à une époque où le vrai tenant du titre était censé se trouver en hibernation : c’est ce même Albert Malik qui est lié à la fin tragique des parents Parker…).
L’histoire est sympa, mais sans doute un peu courte, car ses qualités (gestion de la continuité, casting sympa, enjeux troubles puisque Hawkeye travaille pour Sable afin d’éviter d’être condamné par le gouvernement français…) donnent envie d’en lire plus.
Plus loin dans le sommaire, c’est Falcon qui est à l’honneur, à l’occasion d’une rare prestation du scénariste Dan Mishkin chez Marvel, lui qui d’ordinaire est plutôt habitué à travailler chez DC. Cette fois, Sam Wilson est confronté à un gamin travaillant pour un trafiquant de drogue et capable de matérialiser des cauchemars.
Le récit, à connotation sociale, écartèle notre héros entre la défense du quartier, assurée étrangement par les voyous, et la folie de la promotion immobilière, acoquinée aux pouvoirs publics. L’histoire, bien entendu, se conclut sur un constat doux-amer.
Aux dessins, Tom Grindberg signe une prestation dans les pas de Neal Adams, avec les excès anatomiques et les visages très expressifs que l’on peut imaginer. L’encrage de Joe Rubinstein, souvent mobilisé pour cette série, ne fait que renforcer la parenté graphique.
C’est la couverture de Solo Avengers #7 qui orne celle du recueil. Elle est signée Jackson Guice et Bob Layton et renvoie à l’épisode consacré à Black Widow, sans doute la partie la plus intéressante du numéro. Si Clint Barton s’occupe, dans sa partie, de lutter contre un attentat terroriste dans l’aéroport où il est censé prendre l’avion en direction des États-Unis après avoir « purgé sa peine », la Veuve Noire, quant à elle, se met en tête de retrouver son ancienne professeure de danse.
Le numéro est daté de juin 1988 et nous sommes encore en pleine Guerre Froide, le Mur de Berlin n’est pas tombé, loin de là. L’épisode commence donc sur la révélation de l’arrivée d’une ressortissante soviétique de marque, qui vient soigner ses problèmes de vue. Natasha se met en tête de retrouver l’enseignante, se fâchant presque avec Ivan.
L’épisode, écrit et encré par Bob Layton, sur des dessins de Jackson Guice, est consacré en grande partie à l’infiltration musclée de l’ancienne espionne. Les retrouvailles, enfin, entre l’enseignante et la ballerine, sont émouvantes et permettent de faire la lumière sur les sentiments qui étreignent l’héroïne, hantée par l’impression d’avoir trahi ses mentors (en dépit de ses dénégations quand les gros bras du Kremlin la perçoivent en traîtresse).
La dernière page, qui montre l’ultime garde du corps comprendre les réactions de l’héroïne russe, confère une profondeur bienvenue à ce récit qui est pour l’essentiel une démonstration des capacités graphiques de Guice.
Les deux livraisons suivantes confrontent Hawkeye (à peine rentré en Amérique et déjà en train de s’engueuler avec son épouse) à un justicier masqué répondant au sobriquet de Blind Justice. Le diptyque sert à remettre sur le devant de la scène le code moral, inflexible, de l’archer.
La seconde partie de Solo Avengers #8 est consacré à Henry Pym.
« Pym. Doctor Pym ! »
On ne quitte pas vraiment les allusions jamesbondiennes avec Solo Avengers #8 , dont on a déjà vu la couverture récemment, réalisée par Kevin Nowlan. Daté de juillet 1988, ce numéro propose un nouveau chapitre des aventures de Hawkeye et une enquête menée par Henry Pym, qui a alors renoncé à toutes ses identités costumées.
Tout commence alors que le héros se présente à un commissariat. Le policier qu’il rencontre lui expose des braquages dans des entreprises technologiques, dont le modus operandi évoque un être capable de changer de taille.
Le récit est écrit par Mike W. Barr, un amateur d’enquête policière, créateur et scénariste de l’excellent série Maze Agency , par exemple. Il plonge donc Pym dans une enquête policière dont il est lui-même l’un des suspects.
Pym réfléchit à la liste des suspects possibles (à l’époque, Scott Lang est déjà en activité et c’est un ancien voleur, la nouvelle Yellowjacket est une criminelle…), et commence à poser quelques petits pièges. Il place notamment des détecteurs réduits à petite taille dans des entreprises locales.
L’un des points positifs du récit, ce sont les dialogues entre Pym et Rover, son « car-abe » volant et parlant, qui fait preuve d’une impatience assez étonnante pour une intelligence artificielle.
L’enquête (constituée d’indices et tout, Barr recourt aux différents passages obligés du genre) conduit donc Pym et Rover dans une autre entreprise de haute technologie où ils croisent le chemin du Doctor Nemesis, un vieil ennemi du héros, apparu dans Marvel Feature et dont le dernier tour de piste remonte à des épisodes de Micronauts .
Pym parvient à le vaincre en recourant à un pouvoir assez nouveau à l’époque : réduire les choses (et les gens) à petite taille par simple imposition des mains. Arrêtant le coupable et prouvant son innocence, le savant repart, en affirmant clairement qu’il ne répond qu’au nom de Pym. C’est sans doute ici l’une des rares occasions où un chapitre de sa carrière est d’ailleurs titré « Doctor Pym ».
Et pendant que Hawkeye poursuit Blind Justice et croise le chemin du Shroud, c’est Hellcat qui a le droit à sa petite histoire courte.
Dans Solo Avengers #9 , tandis que Tom DeFalco et Mark Bright continuent leur feuilleton consacré à Hawkeye, Jean-Marc DeMatteis et June Brigman consacrent une histoire courte à Patsy Walker, alias Hellcat.
Tout commence alors que Patsy apparaît sur le plateau d’une émission télévisée. La voix de la première page, celle du présentateur, permet de dresser le portrait de cette héroïne qui est un condensé de trucs saugrenus. Surtout, Patsy, personnage ramené sur le devant de la scène par Steve Englehart à l’occasion des épisodes qu’il a consacré à Hank McCoy, possède une dimension méta : cette jeune femme provient de vieilles séries Marvel surfant sur le « teen humor » à la Archie, puisqu’elle a figuré dans des titres comme Patsy & Hedy , récits de rivalité féminine sur fond d’amourette (typique le produit sur-mesure pour @Blackiruah ! ) dans le milieu de la mode. Mais dans l’univers Marvel, ces périodiques existent, et Patsy est donc une ancienne enfant star dont la vie, plutôt qu’être filmée, a été reproduite sur papier.
Patsy est aussi une femme blessée et abandonnée, qui est devenue une super-héroïne dans un élan de revanche sociale (encore par Englehart, cette fois dans Avengers ). Tout ceci, et l’aspect promotionnel (puisque Patsy est sur le plateau pour parler de son nouveau livre), DeMatteis en a bien conscience, décrivant une femme en porte-à-faux, coincée entre son image et ses désirs.
Parallèlement, on voit une silhouette semi-animale dans l’ombre, à l’occasion de cases sombres rythmant le début du récit. Il s’agit de Mad Dog, alias Buzz Baxter, l’ancien compagnon de Patsy, censé être en prison. Il s’en prend à elle sur le plateau.
La confrontation, loin des caméras, s’avère violente, à la fois physiquement et psychologiquement. Les deux personnages semblent incapables de faire une croix sur leur passé commun et d’aller de l’avant, s’enfermant dans une vieille rancune symbolisée par leurs alter ego costumés. Et si elle remporte la victoire, Patsy, alias Hellcat, se rappelle les bons moments, et son parcours, laissant au lecteur, à la fin, le soin de choisir si cela signifie qu’elle oublie les mauvais moments au profit des bons et repart vers de nouvelles aventures, ou bien si elle s’enferre dans les regrets et les remords.
Au dessin, June Brigman, élégamment servie par l’encrage de Bob McLeod, dresse le portrait d’une femme fragile qui découvre sa propre force. Son trait délicat octroie à Patsy, pourtant très maquillée et habillée court, une élégance et une féminité séduisantes.
Un petit récit assez en finesse, malgré la bagarre finale qui atteint des sommets en matière de vacherie.
Les aventures de Hawkeye, en tout cas à la hauteur de ce recueil, finissent sur un mode mineur, avec une petite histoire où l’archer est confronté à un voyant, pour un récit à la tonalité amusante.
Et c’est le Doctor Druid qui boucle le sommaire de ce recueil, pour une aventure illustrée par Lee Weeks.
Daté de septembre 1988, Solo Avengers #10 présente un premier récit consacré à Hawkeye, dans lequel Tom DeFalco, Mark Bright et José Marzan envoient l’archer rencontrer un astrologue médium : une fois n’est pas coutume, ce récit est d’un seul tenant, n’invitant pas à un « à suivre ».
En seconde partie, on retrouve Doctor Druid, personnage qui, à l’époque, évolue dans l’équipe régulière. L’explorateur de l’occulte est en tournée promotionnelle pour son nouvel ouvrage (ça écrit beaucoup, parmi les anciens Vengeurs : il y a un épisode évoquant le livre de Rick Jones, il va falloir que je le relise) quand une catastrophe se produit dans le métro. Il se retrouve face à une femme qui s’apprête à commettre un sacrifice humain.
Le héros dégarni se lance à la poursuite de la femme et de sa victime. La course-poursuite les conduit dans une sorte de Stonehenge improvisé, bâti à partir de rames de métro concassées.
Druid et la femme s’affrontent, mais alors que le duel semble tourner en la faveur du sorcier, la construction commence à s’effondrer, rompant le charme alimentant les pouvoirs de son adversaire et menaçant d’écraser la victime et les autres personnes présentes.
Druid décide alors de ne pas poursuivre la sorcière mais au contraire de sauver les vies humaines. Il s’occupe du vieil homme, blessé dans toute cette affaire. Car, comme il l’explique à la fin de l’épisode, Doctor Druid, avant d’être un spécialiste des choses occultes, a été un médecin, et il ne peut imaginer ne pas sauver la vie de son prochain.
Le récit est peut-être un peu creux, mais il prend à rebrousse-poil les habitudes et les attentes de lecture, à savoir notamment arrêter les méchants. Le héros se définit ici par sa morale, non par les exigences de la justice. Si le rythme aurait pu être plus dense, les péripéties plus riches, le récit est illustré par un jeune Lee Weeks qui livre une belle atmosphère, avec un personnage féminin très séduisant et des ambiances souterraines très milleriennes (notamment le début de poursuite, avec des cases horizontales marquées par les poutrelles et les éclairages diffus.
À ma connaissance, ce tome 1 de Solo Avengers Classic ne connaîtra pas de suite, en tout cas dans ce format. Les aventures de Hawkeye, qui démarraient bien, ont perdu en élan et en ambition. J’ai lu quelques épisodes de la suite (même si j’ai une collection très disparate sur ce titre), et je trouve que les épisodes écrits par Howard Mackie retrouvent un certain souffle. De mémoire, il me semble aussi que Trickshot revient, donnant une suite à la relation houleuse entre le mentor et son ancien élève. Il me semble que la saga de Hawkeye a été compilée sous une autre forme récemment (ou doit en faire l’objet bientôt…), et je crois que, sur la durée, ce titre mérite d’être redécouvert : anthologie inégale, par la force des choses, Solo Avengers , sous ses différentes appellations, contient de nombreux récits qui méritent la lecture.