VIRUS CANNIBALE : L'ENFER DES MORTS-VIVANTS (Bruno Mattei)

REALISATEUR

Bruno Mattei

SCENARISTES

Claudio Fragasso et José Maria Cunilles

DISTRIBUTION

Margit Evelyn Newton, Franco Garofalo, Selan Karay, José Gras…

INFOS

Long métrage italien/espagnol
Genre : horreur
Titre original : Virus : l’inferno dei morti viventi
Année de production : 1980

Bruno Mattei, c’était un peu l’équivalent italien de Ed Wood et Jess Franco…tout ce qu’il touchait se transformait en nanar…vulgaire et glauque de préférence. Monteur de formation (on le retrouve par exemple au générique de Les Nuits de Dracula de Jess Franco), Bruno Mattei passa régulièrement derrière la caméra à partir de la fin des années 70 pour se vautrer sans vergogne dans les bas-fonds du cinéma d’exploitation, de la nazisploitation au film de femmes en cage tout en creusant les habituels filons de la série Z transalpine (le post-apo ringard avec Les Rats de Manhattan ou les copies de grands succès avec Robowar, qui pompe le Predator de McTiernan, ou Cruel Jaws).

Mais il n’y pas que les grands films U.S. qui se faisaient piller sans vergogne. Virus Cannibale a été rapidement mis en chantier pour capitaliser sur le succès de L’Enfer des Zombies de Lucio Fulci.
S’il y a bien quelque chose qu’affectionnait Bruno Mattei pour gonfler ses pelloches miteuses au budget riquiqui, c’était l’emploi de stock-shots, images d’archives employées à foison au détriment de la continuité (autant au niveau de l’histoire que de l’image, puisque les stock-shots n’ont absolument pas le même grain que les scènes tournées par Mattei)…après tout, on s’en fout, il fallait bien donner un minimum d’exotisme à la chose, histoire qu’on ne voit pas que les quelques acteurs se baladent en jeep dans une forêt près de Barcelone (co-production italo-espagnole oblige).

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T’as pas une gueule de porte-bonheur…

L’histoire est censée se passer en Nouvelle-Guinée, où un commando est chargé d’enquêter sur une fuite toxique dans un centre de recherches qui a transformé tout ceux qui y travaillent en zombies. Et l’épidémie s’est vite répandue aux populations environnantes, point de départ d’un gigantesque buffet à volonté où se sont retrouvés la reporter Lia Rousseau et son cameraman, sauvés in-extremis d’une mort horrible par les quatre militaires. Mais la route qui mène à la centrale est encore très longue…

Et c’est là que le film devient complètement surréaliste. Les discussions des personnages sont agrémentées de plans d’animaux au ralenti pour donner un peu de vie à cette soi-disant jungle…le problème étant que Bruno Mattei a du avoir des notes médiocres en zoologie et géographie à l’école…défilent ainsi sous le regard ébahi du spectateur une gerboise australienne (qui se fait courser par un dingo), des plans d’éléphants et d’antilopes dans la savane, un toucan, un macaque, un aigle royal, un chouette, des flamants roses, des chauve-souris…j’en passe et des meilleurs !

Mais le festival des stock-shots ne s’arrête pas là puisque nos héros sont obligés de passer par un village papou presque entièrement reconstitué par des images d’archives venant de divers documentaires. Pour continuer leur route, la journaliste, qui a passé un an en immersion dans un village indigène, se désape complètement, enfile un pagne en feuilles et se colle quelques peintures vite-fait…ce qui est toujours une bonne excuse pour un…

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PLAN NICHON TOTALEMENT GRATUIT !

Maquillages surchargés, gore-ketchup, scénario sans queue ni tête, dialogues pourris, acteurs médiocres, montage à la serpe, photo dégueulasse…Virus Cannibale est un condensé généreux de toutes les tares du cinéma de Bruno Mattei. Pas de tension (les zombies sont tellement lents que les acteurs sont obligés d’attendre des plombes ou de se jeter dans leurs bras pour se faire bouffer), pas de frisson (ou alors d’ennui), mais du mauvais goût à gogo qui tente même de délivrer un message à la fin…et ça, fallait oser…

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Hop, hop, hop…faut que je sorte de ce film, moi…

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Trop tard…monde de merde…

C’est quand même quelque chose, ce “Virus Cannibale”. Une sorte d’absolu en matière de péloches foireuses et nanardesques…

Un film comme “Les Rats de Manhattan” du même Mattei, c’est certes pourri mais pas vraiment “autre” (à l’exclusion de la mythique séquence finale, mais avant ça le film est surtout chiant), et pas vraiment drôle. “Virus Cannibale” est d’un autre acabit…
Il y a la gestion totalement insensée des stock-shots, une incompétence narrative à peine imaginable mais aussi, donc, des moments vraiment “autres”, où Mattei touche à quelque chose (un authentique sens du surréalisme ?) en passant à travers les limites du n’importe quoi.
Je pense à la séquence du militaire en tutu vert (oui).

A voir une fois, je dirais. Car il faut le voir pour le croire.

Tiens, pour donner une idée de la chose, un extrait parmi les plus fameux du film, avec un monologue qui est resté dans les annales et une séquence finale incroyablement gore (mais trop mal torchée pour produire son effet ; âmes sensibles s’abstenir quand même…).

Ce que je préfère dans tes critiques : les légendes de tes images :smiley:
Merci, Doc !