WONDERBALL t.1-5 (Jean-Pierre Pécau, Fred Duval / Colin Wilson)

Discutez de Wonderball

Les « wonderball » de l’histoire sont des équivalents ronds, et non ovales, des Kinder Surprise, une coque de chocolat dissimulant un jouet en plastique à monter. C’est aussi le surnom donné à l’inspecteur Spaddaccini, un flic de San Francisco confronté à un tireur fou qui abat neuf personnes en neuf secondes. Un exploit qui le laisse dubitatif… et qui le ramène à un attentat terrible, qui a eu lieu vingt ans plus tôt, à Dallas en 1963.

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Car l’action se déroule en 1983. Spaddaccini est un ancien membre de l’équipe de protection de Kennedy, et il a assisté aux premières loges à l’assassinat de ce dernier. Avec ses collègues, il a vu l’enquête piétiner et se clore de manière peu convaincante. Vingt ans plus tard, il est confronté à un tireur aussi spectaculaire que Lee Harvey Oswald, et se souvient des théories échafaudées par l’un de ses collègues. Il cherche à renouer avec celui-ci, découvre qu’il a sombré dans la drogue, mais il remonte une piste qui le conduit à un troisième collègue, devenu substitut du procureur. Et alors que Spaddaccini accède à des documents intéressants, les deux hommes sont abattus. Il se rend compte que les élucubrations de ses collègues sont plus sérieuses qu’on pourrait croire, que quelqu’un cherche à effacer les traces, et que sa hiérarchie ne le soutient plus. Pire que tout, le tireur embusqué fait à nouveau parler de lui.

Sur une intrigue de complot politique (et des prémisses qui évoquent celles la série XIII, puisque l’assassinat d’un président américain en est le fondement), les deux scénaristes tirent un substrat lorgnant plus vers le complotisme scientifico-religieux. L’enquête est plutôt bien menée, avec un policier bougon qui fonctionne assez bien. Colin Wilson livre des décors très convaincants.

Ce premier tome promet une intrigue intéressante, que je vais dévorer dans les jours qui viennent.

jim

Les Kinder Surprise sont ovoïdes, pas ovales… ~___^

Tori.

Bien vu. Merci. L’adjectif ne me serait même pas venu à l’esprit, pour le coup…

Jim

Le deuxième tome nous permet de suivre l’inspecteur « Wonderball » dans son enquête, lors de laquelle il croise celui que beaucoup appellent « le Fantôme », un obsédé du complot particulièrement doué pour couvrir ses traces.

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Cette rencontre fait rejaillir de vieux souvenirs chez le policier, qui se souvient de ses années d’enfance. Rassemblant les indices, il retrouve les ruines d’un centre spécialisé dans l’encadrement d’orphelin, et comprend qu’il a fait partie d’un programme consistant à bourrer le crâne d’enfants afin d’en faire des armes.

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De son côté, un nouveau personnage, une enquêtrice, mène des investigations en parallèle, s’intéressant à une vieille photographie qui la conduit sur la piste d’un architecte ermite. Ce dernier est en réalité lié à un complot d’envergure, ce qui conduit les conjurés à tenter d’éliminer « Wonderball ».

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Fusillades et mystères sont au rendez-vous de ce thriller qui part dans des directions opposées à celles exploitées par XIII. C’est plutôt bien troussé, les scénaristes trouvant des astuces assez légères pour résumer l’intrigue à destination des lecteurs qui découvrent la série au tome 2 (ou qui ont déjà oublié le tome 1).

Jim

Si les détails du mystère restent en partie insaisissables, les enjeux semblent posés au début de ce troisième tome : le « collège invisible » semble avoir lavé le cerveau de nombreux orphelins pour en faire des pions dans leur vaste entreprise de conquête. Certains sont encore dormants, d’autres sont devenus policiers ou politiciens, et les plus notables sont des tueurs impitoyables. Sur ces bases assez classiques, les scénaristes lancent leur héros, l’inspecteur Spadaccini surnommé « Wonderball », qui découvre qu’il a fait partie de ce programme occulte.

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Dans ce troisième tome, il enquête sur une société de production, fermée depuis des décennies, mais qui a recouru à la technique des images subliminales. Arrêté après avoir cambriolé les entrepôts (que certains ont déjà entrepris de vider afin de dissimuler les preuves), il est rapatrié à San Francisco, afin d’être soumis à une enquête interne. Maggie, l’autre enquêtrice, soupçonne de plus en plus fortement qu’il est innocent, et commence à lever le voile sur le complot du « collège invisible ».

Mais durant son voyage de l’Utah vers la Californie, Wonderball est intercepté par un shérif respecté de ses concitoyens, mais qui cache derrière ses lunettes noires le comportement d’un tueur sadique : encore un ancien orphelin du programme de lavage de cerveau. La rencontre entre les deux personnages permet de mettre en lumière la manipulation mentale dont ils ont fait l’objet, mais se conclut de manière très sanglante. Et si Wonderball parvient à s’échapper, on comprend bien vite que des gens sont mandatés pour couvrir les traces qu’il aurait laissées… et continuer l’opération de nettoyage en s’intéressant à son cas à lui.

Le récit est toujours bien troussé, lisible, fluide. Servi de main de maître par Colin Wilson qui aligne les trognes inimitables et les décors impressionnants. C’est très bien raconté, les scènes de violence parviennent à être éprouvante sans rien montrer (ou si peu), les cases de nuit disposent d’éclairages travaillés, bref l’ensemble est irréprochable.

Jim

Les images subliminales, je crois en avoir entendu parler pour la première fois à l’occasion de la diffusion, dans le sommaire de Temps X, de la bande annonce d’un film intitulé The Agency. Le métrage suit un employé d’une agence de publicité, joué par Lee Majors, qui découvre que sa boîte utilise des images subliminales afin de manipuler une élection sénatoriale, et se retrouve en conflit avec son patron, incarné par Robert Mitchum. Il y a aussi Saul Robinek et Valerie Perrine.

Ça fait un bout de temps que je ne l’ai pas vu, ce film. Présenté dans Temps X, il avait des allures de science-fiction, alors qu’en fait il s’agit d’un thriller politique comme les années 1970 en ont produit beaucoup (le film est sorti en 1980).
Par la suite, j’ai vu un épisode de Columbo sur le même sujet, qui m’aura bien marqué aussi. L’un des épisodes avec Robert Culp, au demeurant.

Jim

Tiens, c’est bizarre que tu ne profites pas de l’occasion pour :

Bah visiblement, j’ai pas besoin.

Jim

L’art de faire travailler les autres …

:wink:

Jim

Peut-être justement parce qu’elles en montrent peu…

Tori.

Sans doute, ouais. Mais quand il y a une tronçonneuse en jeu, c’est plus remarquable.

Jim

Durant l’enquête menée en parallèle par Spadaccini et Maggie Osterberg, l’identité d’un photographe revient régulièrement sur le devant de la scène. L’inspecteur cherche alors dans ses archives personnelles, renoue avec son ancienne épouse et croise à nouveau le chemin du Fantôme, qui semble au courant de tout. Ensemble, ils se mettent en quête du photographe, qui après une fulgurante carrière dans les galeries d’art, a sombré dans la déchéance avant de devenir un cinéaste de snuff movies.

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L’ambiance est tendue dans ce cinquième tome, encore plus noir que les précédents. Les conjurés, de leur côté, découvrent que leur plan est mis à mal par le bazar remué par l’inspecteur « Wonderball ». Leurs actions sont donc précipitées, accélérant l’intrigue.

Égal à lui-même, Colin Wilson livre des planches très vivantes, variant les découpages. Il utilise des gaufriers, mais aussi des successions de cases horizontales serrées pour les séquences de fusillades ou de poursuite. C’est varié et très efficace.

Jim

L’intrigue se résout dans ce dernier tome. Wonderball a été capturé par le Collège Invisible, dont la présence permet d’expliquer l’importance qu’ils accordent au policier.

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L’intervention du Fantôme finit de précipiter les événements (les conspirateurs décident de déménager leurs archives et leur logistique en Amérique du Sud, afin de mieux combattre le fléau communiste qui, en ces années 1980, fait peur à une partie de l’Occident capitaliste).

Les scènes d’action sont nombreuses, les protagonistes finissent de nouer des alliances et de choisir leur camp, et les séquences sans paroles sont nombreuses. À part une erreur de queue de bulle, la narration est fluide, même si le tome, qui fournit la résolution de l’intrigue, est par conséquent moins surprenant. Mais il clôt une série tout à fait agréable pour les amateurs de thriller.

Jim