1941-2021 : BON ANNIVERSAIRE WONDER WOMAN !

Jim

Comme toutes les vedettes de séries DC à l’époque, en novembre 1998, la Princesse Amazone a droit à son Wonder Woman #1000000.

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La réalisation de cet épisode est due au scénariste Christopher Priest, qui vient de livre un diptyque entre la fin de la prestation de John Byrne et le début de celle d’Eric Luke (on y reviendra), et au dessinateur britannique Michael Collins. Ce dernier est pour le coup encré par un compatriote, John Stokes, souvent associé à Phil Jimenez dans les années 1990, mais qui a mené une carrière de dessinateur fructueuse, notamment dans l’hebdomadaire Buster, en dessinant Fishboy, Marney the Fox ou The War Children.

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Le scénariste rebondit sur le postulat de base du cross-over, à savoir des festivités célébrant le retour du Superman d’origine. Diana est donc convoquée sur Vénus, planète colonisée et terraformée par les Amazones. Le récit est un vaste clin d’œil à l’imagination débordante qui caractérisait les épisodes écrits par Moulton, et notamment fait référence aux « purple ray », qui sert à guérir les Amazones et dont l’existence remonte à très loin dans la série. Ici, le « temple de la guérison » est une machine gigantesque vouée à la régénération des tissus, et fonctionne en étant couplé à une banque de données dans laquelle est archivée la structure génétique de toutes les Amazones, afin de les « réparer » le plus fidèlement possible.

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Cependant, alors que Diana est blessée (et que son code génétique n’est pas reconnu, détail qu’Artemis interprète comme une corruption de fichiers), les fameux rayons pourpres se mettent à fonctionner de travers et à tuer les patients. Il s’avère que le programme a été corrompu (dans le cadre de l’attaque cybernétique menée par Solaris), que l’élément déclencheur est la tentative de reconnaissance du code génétique de Diana, et que celle-ci en conclut qu’elle doit mourir afin de relancer le système.

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S’ensuit une bataille durant laquelle Diana affronte ses sœurs, tombe au combat, est portée sous la machine par Magala, afin de provoquer une réaction de la part du « temple de la guérison » : s’il doit recréer la vie là où il y a des tissus nécrosés quand on lui présente un blessé, Magala estime qu’il faut lui présenter un cadavre afin qu’il recrée du vivant. L’astuce, certes capillotractée (mais mieux expliquée que par mes soins) fonctionne et les Amazones peuvent donc ainsi contrer l’attaque informatique sur Vénus.

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La dernière page témoigne d’une certaine précipitation, comme si les auteurs auraient bien eu besoin d’une planches ou deux afin de conclure sans se presser. Mais l’ensemble constitue un chouette hommage à certains pans du mythe Wonder Woman les plus farfelus et les plus exotiques.

Jim

Connu pour son travail éditorial sous le nom de James Owsley ou pour ses prestations sur des séries aussi diverses que Falcon, Steel, Quantum and Woody, Black Panther, Captain America and Falcon ou Deathstroke, Christopher Priest a également signé quelques récits consacrés à la Princesse Diana (l’autre), souvent dans le rôle un peu ingrat du scénariste bouche-trou devant fournir de quoi publier entre deux prestations notables.

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C’est le cas avec Wonder Woman #137-138, un diptyque illustré par Mark Bright et rondement mené que l’éditeur publie à la suite des épisodes de John Byrne et avant ceux d’Eric Luke. Précisément, Priest en signera un autre dans la foulée, puisque le Wonder Woman #1000000 sera publié juste après ce two-parter.

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L’épisode s’ouvre alors qu’un couple s’éveille pour une nouvelle journée de boulot. Mais quand le fils de Sally West ouvre la porte à « une dame en maillot de bain », sa maman sait que la journée sera décidément incomparable. En effet, Wonder Woman est persuadée que Sally est en réalité sa mère, la Reine Hippolyte sous le coup d’un sort puissant. Et elle tente de le lui démontrer en passant par la manière forte.

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Par la suite, elle tente de convaincre Sally du bienfondé de sa démarche, mais la visite auprès de proche, voire dans la Tour de Garde de la Ligue, n’y change rien. Priest a le bon sens de mêler à ce récit des flash-backs (où Ian Laughlin utilise des palettes délavées du meilleur effet) afin de ramener des souvenirs d’enfance de Diana, mais également des instants plus récents, qui servent de lien entre les épisodes de Byrne et ceux qui vont suivre. En effet, il faut « ranger les jouets » pour Eric Luke et pour l’heure, c’est Hippolyte qui tient le rôle de Wonder Woman sur Terre, il faut donc résoudre ce détail. C’est la fonction principale du diptyque, mais Priest en profite pour y injecter beaucoup d’humour et d’émotion.

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La fin de la première partie met en évidence le méchant de l’histoire : la sorcière Circé.

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La même équipe réalise ce deuxième épisode, cette fois sous une couverture de Phil Winslade, occasion de voir les deux versions de Wonder Woman charger côte à côte.

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Le prologue de la deuxième partie donne quelques explications. Circé a rencontré Elliott West, jeune veuf éploré qui élève son fils seul, et y découvre l’occasion de manipuler la vie de Diana.

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Après avoir élucidé ces détails, Priest enchaîne sur la lutte de la mère et la fille contre la magicienne, non sans humour : la case où l’on voit Wally West transformé en cochon est assez amusante.

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Priest met aussi en avant les sentiments. Quand Diana comprend que sa mère est persuadée d’être Sally West, et donc de souffrir à l’idée de quitter sa famille, elle se rend compte que le dilemme est de taille.

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L’affaire se résout dans une dernière bataille contre Circé, sur la pelouse du pavillon des West. Diana parvient à faire boire un philtre à sa mère, qui recouvre alors ses souvenirs. La même boisson servira à faire oublier à Elliott et à son fils les instants qu’ils ont connus avec cette mère de famille pourtant disparue. Et si Hippolyte est persuadée qu’ils s’en remettront, Diana, elle, en doute un peu.

Priest a donc rendu Diana à son rôle d’héroïne et Hippolyte à son île paradisiaque. Mais il en a profité pour offrir deux épisodes qui font rire et pleurer. Bel exploit.

Jim

Christopher Priest parle de son peu d’affection pour le personnage de Wonder Woman.

Jim

À noter que la JLA One Million apparaît dans le segment Black Adam de Future State : Suicide Squad, avec un rôle très important pour la Wonder Woman One Million.
Cela devrait avoir un lien au présent vu la fin de cette intrigue.

Tiens tiens ! J’irai lire ça, à l’occasion.

Jim

Je découvre petit à petit que le scénariste Christopher Priest a écrit plus que son lot de récits consacrés à Wonder Woman. J’ai déjà identifié le diptyque « Nightfall » dans Wonder Woman #137-138, un autre diptyque réalisé quelques années auparavant et dont je vais parler bientôt, et le Wonder Woman #1000000. Rien que cet ensemble pourrait justifier un TPB, en mode « Wonder Woman by Christopher Priest », d’autant que des thèmes récurrents traversent ces récits (un autre titre possible : « Mothers and Magicians »).

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Si j’ai identifié cinq épisodes parus dans le cadre de la série régulière, Priest a également rédigé le script de récits publiés sous d’autres formes. Et notamment le Wonder Woman + Jesse Quick, paru en 1997. Les « + » publiés cette année-là proposaient des aventures inédites dans lesquelles les héros vedettes faisaient équipe avec des personnages peut-être moins connus. Ça permettait de générer des team-ups variés dans lesquels les seconds couteaux évoluaient, sans pour autant occuper de la place dans les séries régulières.

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Le récit fait trente-huit pages, et clairement, fidèle à ce qu’il énonçait dans des propos cités un peu plus haut dans cette discussion, Priest n’est pas intéressé par Wonder Woman. Celle-ci ne fait son apparition qu’au bout de seize planches, et encore, en civil (c’est l’époque où Byrne s’occupe de la série, ce qui fait qu’on voit passer Helena Sandsmark).

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Tout commence alors que Jesse Quick (qui est, rappelons-le, la fille de Johnny Quick et de Liberty Belle) se risque à traiter une prise d’otage dans un ascenseur. La première page est un flash-back remontant à l’enterrement de Johnny, et au fossé qui se creuse entre la mère et la fille. Ce souvenir douloureux hante Jesse, qui doit affronter à la fois le preneur d’otages et la reprise de l’entreprise de son père. Priest en profite pour prendre à rebrousse-poil plein de clichés, que ce soit le racisme inversé du preneur d’otage noir et drogué, l’action héroïque qui ne constitue ni un exutoire ni l’occasion d’oublier, le rapport du héros à la police et de la police à la société… Ces pages très denses, très riches, composent une séquence d’ouverture assez longue mais qui pose le personnage. Et l’intrigue : on est clairement dans une histoire située dans l’univers de Flash, pas dans le monde des Amazones.

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L’intrigue proprement dite commence à la page 12, alors que Jesse a quitté son appartement, laissant sa mère Libby aux prises avec des ninjas de la vitesse que les lecteurs de longue date identifient sans mal comme des fidèles de Savitar. Jesse la retrouve dans un état grave, la conduit aux urgences, et comprend que les ninjas sont à la recherche d’un rouleau d’Hermès ayant appartenu à Savitar et qu’elle a dérobé. Le rouleau étant écrit en grec, elle se tourne vers Helena Sandsmark et rencontre une grande brune qui sourit sur toutes les cases, sans doute parce que Priest préfère véhiculer les émotions par les autres personnages.

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Le récit, supervisé par Paul Kupperberg, est profondément ancré dans la continuité de Flash. Outre la référence à Impulse #11 dans lequel Jesse récupère le rouleau, on voit passer Helena Sandsmark issue de la période Byrne, mais aussi Julia Katapelis, en provenance de la période Pérez. Il est clair que Wonder Woman, ici, est le personnage secondaire, ce qui n’empêche pas le dessinateur Michael Collins (ici épaulé par l’encreur Tom Palmer) de s’éclater à représenter la grande Amazone, son style réaliste et ombré, lorgnant vers celui d’Alan Davis, accomplissant des merveilles.

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À mesure que l’histoire se développe, Jesse et Diana découvre que l’un des ninjas de la vitesse est parvenu à conserver son pouvoir de vélocité (contrairement à ses collègues), ce qui rend caduque le mobile : récupérer le rouleau d’Hermès afin de récupérer la vitesse et à terme de ressusciter Savitar. Et quand Wonder Woman explique à sa jeune équipière que le ninja en question est en réalité une femme, Jesse comprend : il s’agit de Christina Alexandrova, personnage dont l’existence remonte aux épisodes de Mike Baron, au début de la série consacrée à Wally.

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Ayant localisé le repaire de leur ennemie, les deux héroïnes se précipitent au combat, non sans avoir, chemin faisant, échangé quelques banalités sur la famille, le fait d’avoir une mère, le deuil d’un parent… Jesse, par l’entremise de la voix off, s’étonne que Diana ne se départisse jamais de son sourire, et finit même par douter de l’attention de son équipière.

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La fin du récit se résume à un duel entre Jesse et Christina (qui se sont déjà affrontées dans Impulse), lors d’une course à une telle vitesse qu’elles sont sur le point de franchir la barrière de la Speed Force. Avec l’aide de Wonder Woman, Jesse comprend qu’elle est hantée non seulement par le décès de son père, mais aussi par le souvenir de Wally, qui la considère comme son héritière.

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Le poids de la responsabilité qui incombe à l’héritier de la tradition des Bolides pèse sur la jeune femme, qui finit par prendre conscience de ce qu’elle veut vraiment. Ayant repris le rouleau, elle laisse Christina (dont le sort n’est pas résolu ici, on suppose qu’elle a ralenti avant d’être aspirée dans la Speed Force).

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La dernière planche montre les retrouvailles entre Jesse et Libby, auxquelles Diana assiste. Une fois de plus, à l’exemple de deux autres récits évoqués un peu plus haut, Christopher Priest a mis le thème des relations mère / fille au centre d’un récit qui, en plus, s’inscrit profondément dans la continuité de Flash, évoquant les périodes les plus marquantes des Bolides.

Jim

En 1994, c’est William Messner-Loeb qui tient la barre de la série Wonder Woman. Il a progressivement éloigné l’Amazone du versant mythologique de son univers, mettant en scène la disparition de ses sœurs. Les épisodes sont alors dessinés par un certain Jeff Parker, qui fera par la suite une carrière de scénariste. Mais la série est sur le point de subir un grand changement avec l’arrivée d’un jeune dessinateur brésilien, Mike Deodato.

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Mais pour l’heure, en plein milieu du run de Messner-Loeb, le scénariste Christopher Priest signe un premier diptyque, bien des années avant Wonder Woman #137-138. Contrairement à cette prestation de 1998, où le scénariste doit ranger les jouets en prévision de l’arrivée d’Eric Luke, ici Priest doit contribuer à faire avancer les intrigues de son confrère.

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Donc nous sommes à une époque où Diana croit ses amies Amazones mortes. Hantée par des rêves où apparaît sa mère la Reine Hippolyte, elle continue sa mission héroïque mais estime perdre pied peu à peu, et se laisser aller à la violence.

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Elle tente de se confier à Superman, mais ce dernier, qui porte les cheveux longs ce qui indique qu’on est entre sa « mort » et son mariage, est lui aussi très pris par ses affaires.

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Toujours troublée par son propre comportement inexplicable, Wonder Woman se tourne ensuite vers Doctor Fate. Bon, à l’époque, Doctor Fate est une femme, le rôle ayant été endossé par Inza Nelson, mais en soi, ce n’est pas très important pour le récit. Dans la discussion entre Diana et Inza, une idée se fait jour : si Hippolyte apparaît dans les cauchemars de sa ville, cela veut peut-être dire qu’elle est encore en vie, quelque part.

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Mais Wonder Woman, tout en écoutant les propos de son équipière, commence à comprendre que quelque chose cloche. Elle devine qu’il ne s’agit pas de la magicienne…

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… mais de sa vieille ennemie Circé, qu’elle pensait également morte.

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Dans la seconde partie de ce diptyque au final très important pour l’articulation narrative de la série, Christopher Priest brosse le portrait d’une Circé manipulatrice qui tire un plus grand plaisir quand sa victime prend conscience d’être manipulée.

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Il ne lui suffisait pas d’avoir fait croire à Wonder Woman que les Amazones sont mortes (en réalité, Themyscira est transportée dans une dimension de flammes où les guerrières doivent mener une lutte perpétuelle), il faut désormais que Diana sache qu’il s’agit d’un mensonge.

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Et désormais, elle tient la Princesse Diana (l’autre) dans ses filets. En échange du retour de l’île et de ses habitantes, elle ne lui demande qu’une seule petite chose : la vie d’un innocent. Bien entendu, l’héroïne refuse, mais le sort (Circé ?) met sur sa route Cynthia, qui se fait appeler « Jane », une travailleuse du sexe qui attire ses clients en portant une tenue tricolore semblable à la sienne.

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Découvrant la véritable identité de la jeune femme, Diana l’emmène chez sa grand-mère, et découvre que Circé a pris sa place. Elle entend bien refuser l’accord, mais bien entendu, le sort s’acharne et la sorcière finit par obtenir ce qu’elle avait exigé.

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L’histoire se conclut avec une héroïne qui retourne chez elle, mais qui sent peser le poids de la culpabilité. Nul doute que, si Priest avait été le scénariste régulier, il aurait joué sur ce ressort, qui sera écarté par Messner-Loeb, ce dernier se concentrant sur la lutte contre le White Magician et sur le remplacement de Diana par Artemis. Mais force est de constater que Priest signe ici deux épisodes denses, dont certaines péripéties annoncent le second diptyque quatre ans plus tard, et où des thèmes fréquents (la famille, la lignée, la séduction, l’illusion… : de quoi justifier un TPB, je vous le répète) permettent d’approfondir les personnages.

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Au dessin, on retrouve John Ross, dessinateur écossais qu’on a évoqué récemment à l’occasion d’une histoire consacrée à Ben Grimm. Cet illustrateur que, personnellement, je ne connaissais pas la semaine dernière, livre une jolie prestation à la narration impeccable. Il rate quelques cases, dessine quelques visages un peu tordus, mais il sait donner du mouvement et de la vie à ses images.

Deux épisodes fill-ins qui font pourtant grandement avancer la série, et qui mériteraient une réédition.

Jim

Joli trait.

Tout n’est pas réussi, il y a quelques cases moches, mais dans l’ensemble, la personnalité est intéressante. Vraiment, ce John Ross est une découverte pour moi, et je vais suivre les conseils du Doc et essayer de trouver quelques-uns des Doctor Who qu’il a dessinés pour le marché anglais. Avec les années qui passent et la maturité qu’on peut imaginer, ça risque d’être sympa.

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Wonder Woman et la Société de Justice par Gary Frank :

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Il me fait penser à du jill thompson epoque the invisibles en plus dynamique et sexy. Mais en moins maîtrisé bien sur.

Wonder Woman et Superman par Adam Hughes ( extrait de la Superman: The Man of Steel Gallery de 1995) :

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Wonder Woman par Matt Haley :

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Wonder Woman par Sergio Cariello :

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Extraits des storyboards de Steve Skroce pour le projet de film Justice League par George Miller :

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Wonder Woman par Mike Allred :

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Wonder Woman par Tim Sale :

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Wonder Woman par John Timms :

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Et Wonder Girl :

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