ÇA (Tommy Lee Wallace)

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REALISATEUR

Tommy Lee Wallace

SCENARISTES

Lawrence D. Cohen et Tommy Lee Wallace, d’après le roman de Stephen King

DISTRIBUTION

Richard Thomas, Annette O’Toole, Harry Anderson, John Ritter, Dennis Christopher, Jonathan Brandis, Tim Curry, Tim Reid, Seth Green…

INFOS

Mini-série américaine
Genre : Horreur
Titre original : It
Année de production : 1990

Ils flottent…En bas, nous flottons tous…Viens flotter avec nous

Je l’ai déjà souvent répété dans ces colonnes, je suis un grand fan de Stephen King et ce depuis ma première lecture de Ca il y a presque 30 ans (ma découverte de son oeuvre s’est d’abord faite par l’intermédiaire du cinéma avec des films comme Christine et Cujo). J’allais sur mes 16 ans quand je me suis acheté mon premier roman pour le plaisir (en dehors des trucs qu’on lisait pour l’école donc) et ce pavé de plus de 1000 pages découpé en trois volumes a fait de moi un lecteur de King à vie (il va sans dire qu’en très peu de temps je me suis procuré tout ce qui était déjà sorti en France avant d’attendre chaque nouvel opus avec impatience). Avec cette histoire de sept habitants du Maine qui affrontent le mal qui imprègne leur ville à deux périodes de leur vie (l’enfance et l’âge adulte), j’ai découvert des thèmes importants pour King, comme la figure de l’écrivain, l’exploration du passé qui contient toujours des éléments autobiographiques, la notion de groupe, l’amitié, la confrontation entre le Bien et un Mal qui ne disparaît jamais vraiment (pour ne citer que quelques exemples)…

Compte-tenu de sa longueur, le livre a d’abord intéressé la télévision. La chaîne ABC a acheté les droits dans le but initial de produire une mini-série de huit heures. Le premier metteur en scène engagé sur le projet fut un ami et collaborateur de Stephen King, un certain George A. Romero. Romero avait commencé la pré-production et travaillé sur le scénario avec Lawrence D. Cohen avant de se retirer pour causes de problèmes d’emploi du temps (la même année, il a produit et écrit le remake de La Nuit des Morts-Vivants et réalisé l’un des segments de Deux Yeux Maléfiques). Il a été alors remplacé par Tommy Lee Wallace, à qui l’on doit notamment Halloween 3 et Vampire, vous avez dit Vampire ? 2.

D’après Lawrence D. Cohen (le scénariste de la toute première adaptation de King, Carrie par Brian De Palma), la chaîne ABC s’est montrée de plus en plus frileuse et de quatre épisodes, la mini-série a finalement été réduite à deux épisodes de 90 minutes. Ce qui veut dire que de nombreuses choses ont du sauter, des passages favoris, appréciés autant des lecteurs que des créateurs de la mini-série. Il s’agit d’un élément inhérent à tout travail d’adaptation et il a également fallu composer avec ce qui pouvait à l’époque être montré ou pas sur un network à une heure de grande écoute et avec un budget limité. Mais même si l’ensemble ne convainc pas totalement, cette version télévisuelle (produite vingt-neuf ans avant le diptyque ciné à succès de Andy Muschietti) a des qualités à faire valoir.

Le format télé a permis l’équivalent d’un chapitrage de roman : le scénario reprend la structure du roman, cette narration non-linéaire qui alterne entre les deux périodes de temps, chaque membre adulte du « Club des Ratés » se souvenant des moments marquants de leur jeunesse. Le découpage par segments entre les coupures pubs U.S. permet de s’intéresser au point de vue des protagonistes un par un avant leur réunion dans le deuxième épisode. Et c’est plutôt bien fait, bien dans l’esprit du roman. Certes, il manque des choses et c’est assez édulcoré (on est plus dans la suggestion que dans la violence frontale, ce qui n’est guère étonnant) mais c’est la partie que je préfère.

Cela tient notamment à la dynamique de groupe, le casting est bon (les plus connus sont Jonathan Brandis, enfant-star des années 90 au destin tragique, en Bill Denbrough et Seth Green, futur Oz dans Buffy, en Richie Tozier) et cette petite bande réunie par le destin fonctionne très bien en tant qu’entité, la somme de leurs individualités faisant leur force. Les « Ratés » doivent affronter des peurs hélas bien trop quotidiennes (leur situation familiale, les petites brutes de l’école personnifiées par le détestable Henry Bowers…) avant de faire face à la représentation du mal et sa principale forme archétypale.

C’est Tim Curry qui a tenu à ce que son maquillage de clown soit en apparence le plus simple possible (ses expériences passées, notamment dans le Legend de Ridley Scott, l’ont presque dissuadé d’accepter le rôle). Son jeu fait le reste et j’apprécie toujours cette version de Grippe-Sou, qui alterne le grotesque et l’inquiétant.

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Ca perd de son efficacité dans sa deuxième partie. Les « Ratés » adultes sont moins intéressants à suivre (et certains choix d’acteurs ne sont pas très heureux… ce Richie Tozier m’ennuie, par exemple) que les gamins et les raccourcis pris par l’adaptation sont un peu plus voyants. Et c’est là aussi que les limites du budget se font sentir avec un final qui tombe à plat. Je ne sais pas encore comment le deuxième long métrage (qui vient de sortir) s’en est sorti, mais il apparaissait évident que la complexité de la véritable forme de Ca et l’intensité du combat final était impossible à retranscrire dans une production télévisuelle du début des années 90. À la place, il y a un combat vite expédié contre une araignée géante animée image par image. Je n’ai absolument rien contre un hommage (peut-être inconscient) à Ray Harryhausen mais c’est quand même décevant.

Bref, le résultat est inégal, avec une première partie meilleure que la seconde, mais malgré mes réserves, je passe toujours un bon petit moment devant cette adaptation. Le livre, je j’ai relu pour la énième fois (je ne les compte même plus) l’année dernière. J’adore passer du temps avec Bill, Richie, Ben, Beverly, Eddie, Mike et Stan et tous les habitants de Derry et j’en passerais encore (mes exemplaires de 1990 ont pris cher mais j’aime ça, des livres qui ont vécu).

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En fait le découpage est à mi-chemin entre celui du roman (qui est un constant aller-retour entre le présent et le passé) et le stupide choix de la version cinématographique. Ca permet d’être plus proche de la structure du livre même si ce choix est mis de coté en cours de route

J’ai eu envie de revisionner la mini-série quelques mois après le film raté de Muschietti. J’en avais pas forcément un souvenirs nostalgique bien qu’il m’avait marqué quand je l’ai vu pour la première fois à l’âge de 14 ans. Mais l’ayant revu plusieurs fois depuis, j’ai eu le temps de relativiser la chose.

Mais j’étais curieux de le revoir ne serait-ce que pour observer les choix d’adaptations. Au final cela me confirme que Ça, le roman, fait partie de cette petite caste d’œuvre inadaptable de part le lien qu’il existe entre le fond et la forme. Ça fonctionne parce qu’il est une œuvre littéraire. Enlever cela et c’est amoindrir automatiquement la force de l’histoire.

Car même si on enlève les contraintes liées à la diffusion télévisuelle (moins de violence), les choix narratifs plus proche de l’œuvre de base (quasiment les mêmes époques, partie « adulte » présente) sont traités avec un certain automatisme et un sens de la formule qui devient vite redondant. A cela s’ajoute des choix survolés ou mal traité (sous entendre de manière ultra maladroite qu’Eddie serait homosexuel par exemple ou bien encore la déshérence de Mike Hanlon durant un temps de sa vie), une drôle gestion du temps durant la partie adulte mais surtout cette impossibilité de faire ressentir le lien charnel entre la créature et la ville.

Reste toutefois au crédit de la mini-série un casting très bon (enfants et adulte), certains passages très réussis (la bataille de cailloux qui est l’une des scènes les plus mauvaises de l’adaptation cinématographique) et des très beaux décors

Super article Doc. Je n’ai pas beaucoup de souvenirs de la série à part le visage de Tim Curry, la scène du ballon, le chef de la police inquiet lorsque les enfants semblent découvrir le lien entre ça et leur ville et le chien qui apparaît dans l’asile… Par contre, je me souviens avoir passé un bon moment.

Il est repassé récemment sur une chaîne de la TNT, c’est là que je me suis aperçu que je n’avais jamais vu la deuxième partie…

Jim