Dr JEKYLL ET SISTER HYDE (Roy Ward Baker)

REALISATEUR

Roy Ward Baker

SCENARISTE

Brian Clemens, d’après le roman de Robert Louis Stevenson

DISTRIBUTION

Ralph Bates, Martine Beswick, Gerald Sim, Lewis Fiander…

INFOS

Long métrage britannique
Genre : horreur
Titre original : Dr Jekyll & Sister Hyde
Année de production : 1971

Des nombreuses variations cinématographiques autour de L’étrange cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde, le court roman de Robert Louis Stevenson, l’une des plus étonnantes est sortie des mythiques studios anglais de la Hammer Films au début des années 70 : Dr Jekyll et Sister Hyde ajoute une troublante dimension sexuelle à cette allégorie sur la double personnalité.

Le docteur Jekyll travaille corps et âme sur un élixir avec pour but ultime de repousser les limites du genre humain (en allongeant notamment la durée de vie). Un jour, il teste sa formule sur lui-même et sous l’effet des hormones féminines (prélevées sur des cadavres bien frais) qui la composent, il se transforme en une magnifique femme, aussi séduisante que diabolique, qu’il fait passer pour sa soeur auprès de ses voisins…

Un tel sujet aurait très bien pu donner un film ridicule si le traitement n’avait pas été à la hauteur, mais ce n’est pas le cas ici car toutes les parties impliquées tirent très bien leur épingle du jeu. Il y a d’abord le scénario de Brian Clemens, qui explore le thème de la sexualité, et même de la sexualité refoulée, dans une société victorienne aussi coincée qu’hypocrite. La bataille qui fait rage dans le corps de Henry Jekyll est assez fascinante à suivre et passe par des moments aussi savoureux (la confusion qui s’empare de Jekyll donne lieu à quelques scènes plutôt croustillantes) que sanglants (Jekyll & Hyde ont besoin de plus en plus d’hormones féminines et les meurtres de jeunes prostituées s’enchaînent à intervalles réguliers).

Brian Clemens a mêlé de manière très efficace à son histoire les figures de Jack l’Eventreur (les meurtres ont lieu à Whitechapel) et de Burke & Hare, les « récupérateurs de cadavres » auxquels plusieurs films ont déjà été consacrés (dont celui de Robert Wise en 1945), ce qui lui a donné un cadre solide. Après Dr Jekyll et Sister Hyde, Brian Clemens a signé le scénario du très bon Le Voyage Fantastique de Sinbad et écrit et réalisé un de mes films préférés des dernières années de la Hammer, Capitaine Kronos : Tueur de Vampires.

À la mise en scène de Dr Jekyll et Sister Hyde, on retrouve le vétéran Roy Ward Baker, dont c’était le troisième film d’affilée pour la Hammer après The Vampire Lovers et Les Cicatrices de Dracula. Le réalisateur a particulièrement soigné le climat de tension palpable qui se dégage des rues embrumées de ce quartier de Londres et a multiplié les astuces de mise en scène lors des transformations de Jekyll en Hyde (dont certaines sont aussi simples que brillantes). Un jeu sur la perception du spectateur s’installe…et c’est très intéressant…

Le duo vedette est très bien choisi. Henry Jekyll est incarné par Ralph Bates, qui était alors en pleine période Hammer (Les Horreurs de Frankenstein, Une messe pour Dracula…), très convaincant dans le rôle d’un homme absorbé par sa quête de savoirs…et aux désirs refoulés, comme je le mentionnais quelques lignes plus haut.
Désirs qui ne s’expriment pleinement que lorsque sa part féminine prend littéralement l’ascendant sur lui. Jekyll est tourmenté…Hyde, superbe et maléfique séductrice, est dotée d’une forte personnalité et est parfaitement à l’aise avec son corps. Ce qui n’est guère étonnant puisqu’elle est interprétée par la très belle Martine Beswick, vue notamment en James Bond Girl dans Opération Tonnerre et en femme préhistorique dans Un Million d’Années avant J.C. !