LA COURSE À LA MORT DE L'AN 2000 (Paul Bartel)

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REALISATEUR

Paul Bartel

PRODUCTEUR

Roger Corman

SCENARISTES

Robert Thom et Charles B. Grifith, d’après une nouvelle de Ib Melchior

DISTRIBUTION

David Carradine, Sylvester Stallone, Simone Griffeth, Martin Kove…

INFOS

Long métrage américain
Genre : action/comédie/science-fiction
Titre original : Death Race 2000
Année de production : 1975

Grand opportuniste devant le dieu Dollar, Roger Corman décida de produire un film d’action futuriste pour concurrencer (et aussi tirer parti de la publicité) la sortie du Rollerball de Norman Jewison prévue pour la fin de l’année 1975. Les deux films partagent cette description d’une société dystopique dans laquelle un événement sportif ultra-violent rassemble des masses assoiffées de sang, sorte de version S.F. des antiques jeux du cirque. Le traitement des deux histoires est quant à lui très différent, puisqu’on est bien sûr ici loin de l’ambiance sérieuse du long métrage avec James Caan.

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Dans un 1975 alternatif, la crise pétrolière a causé un krach mondial et une panique de masse. En Amérique, les partis démocrates et républicains se sont effondrés et ont été remplacés par un parti unique, totalitaire et dictatorial dirigé par Mr President, élu à vie. Pour contrôler les masses et leur offrir un spectacle capable de leur faire oublier une réalité peu reluisante, les nouvellement formées Provinces Unies d’Amérique créent en 1980 La Grande Course Transcontinentale, une course automobile où les participants (un couple conducteur/navigateur) ont la possibilité de gagner des points supplémentaires en écrasant des passants innocents : 10 points si la victime est un homme, 10 points de plus pour une femme, 40 points pour un adolescent, 70 points pour un bébé ou un enfant de moins de 12 ans et 100 points pour un vieillard (une idée comme une autre pour régler les problèmes de surpopulation)…

La course est un succès démentiel et sa star est Frankenstein, un pilote qui a survécu à de nombreux accidents au prix d’opérations chirurgicales qui l’ont laissé atrocement défiguré. Du moins, c’est ce que prétend la version officielle…
2000. La nouvelle édition de la Grande Course Transcontinentale est sur le point de débuter. Les candidats sont Calamity Jane, Neron, la nazie Matilda, Mitraillette Joe Viterbo et Frankenstein. Ce dont ils ne se doutent pas, c’est que la Résistance (que le gouvernement fait passer pour des terroristes français !) a fomenté un plan pour mettre fin une bonne fois pour toute aux horreurs de la Grande Course…

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Libre adaptation de la nouvelle The Racer de Ib Melchior, La Course à la mort de l’an 2000 a d’abord connu une pré-production un peu chaotique, les différents auteurs ne s’entendant pas sur le ton à donner au film. Roger Corman voulait d’abord une orientation beaucoup plus sombre, mais le réalisateur Paul Bartel rejeta le premier scénario de Robert Thom, qu’il trouva “infilmable”. Corman a alors fait appel à l’un de ses scénaristes maison, le fidèle Charles B. Griffith (Un Baquet de Sang, La Petite Boutique des Horreurs…) pour le réécrire. Celui-ci, en voyant les concept-arts délirants (la voiture taureau, la fusée nazie, la voiture-lézard…), décida naturellement d’orienter le film vers la comédie.

Au final, La Course à la Mort s’accommode de tous ces points de vue et mixe les idées de chacun pour trouver sa force dans une satire qui ne manque pas de mordant et qui enchaîne les scènes aussi hallucinantes que savoureuses (comme “la journée de l’euthanasie” où des vieillards mal en points sont abandonnés sur la route et servis en pature aux conducteurs. Un postulat horrible qui se termine pourtant de manière hilarante)…

Corman avait d’abord proposé le rôle de Frankenstein à Peter Fonda, qu’il refusa trouvant le scénario ridicule (dixit le bonhomme qui tournera plus tard dans Ghost Rider). Souhaitant s’éloigner de son image télévisuelle, David Kung Fu Carradine acceptera d’endosser la combinaison de cuir du pilote soi-disant indestructible. Parmi la galerie de seconds rôles, on trouve Sylvester Stallone (c’était un an avant Rocky), dans la peau du misogyne et braillard Mitraillette Joe Viterbo (et sa sémillante cravate rose). On murmure d’ailleurs que Sly a improvisé la plupart de ses répliques, qu’il éructe en cabotinant à coeur joie. Lorsque le film ressortit en France dans les années 80 sous le titre Les Seigneurs de la Route, ce fut par l’intermédiaire d’une affiche qui mit Stallone en vedette, histoire de profiter de son immense popularité.

Critique acerbe des médias (qui en prennent plein la tronche à travers les portraits de trois présentateurs horripilants), film de courses ultra-violent qui ne rechigne pas sur quelques plans bien craspecs, comédie noire aux personnages grotesques, La Course à la Mort de l’An 2000, sorte de version trash du dessin animé Les Fous du Volant, est une croustillante série B qui exploite son concept bien barré au maximum.
Malgré une réalisation parfois un peu bordélique (notamment dans les nombreuses scènes de poursuite), cette pelloche toujours aussi punchy est nettement plus divertissante que son remake bourrin et graisseux (mais tout de même assez regardable dans son genre) de 2008 et ses très mauvaises suites.