LES GUERRIERS DE LA NUIT (Walter Hill)

REALISATEUR

Walter Hill

SCENARISTES

Walter Hill et David Shaber, d’après le roman de Sol Yurick

DISTRIBUTION

Michael Beck, James Remar, Dorsey Wright, Brian Tyler, David Patrick Kelly…

INFOS

Long métrage américain
Genre : action/thriller
Titre original : The Warriors
Année de production : 1979

Cyrus, le leader des Riffs, le gang le plus puissant de New-York, a convié à Central Park les représentants de tous les gangs de la ville. Pendant cette rencontre nocturne, il exhorte l’assemblée à mettre un terme aux vieilles rivalités et à s’unir pour s’emparer de la ville. Mais Cyrus est soudain abattu par Luther, le chef des Rogues. Pendant le chaos qui s’ensuit, Luther accuse les Warriors du crime qu’il a lui-même commis. Poursuivis par la police et par les gangs, les Warriors vont devoir traverser New-York pour rejoindre leur turf de Coney Island.
La nuit sera longue…

Après Le Bagarreur et Driver, Les Guerriers de la Nuit est le troisième long métrage du réalisateur, scénariste et producteur Walter Hill. En grand fan de bande dessinée, Walter Hill voulait faire de cette libre adaptation d’un roman de Sol Yurick (une oeuvre inspirée par l’Anabase de Xenophon) l’équivalent d’un “comic-book live” situé dans un futur (très) proche, notamment en travaillant les transitions entre les différents actes sous la forme d’une case de BD. L’idée fut finalement abandonnée jusqu’à ce que Walter Hill la concrétise dans un Director’s Cut sorti en 2005 (une version que je n’ai pas vue).

Les Guerriers de la Nuit s’ouvre par un excellent générique, une séquence brillamment montée de manière à poser le contexte en enchaînant des plans assez courts sur la préparation de l’assemblée de Central Park (dialogues concis et efficaces) et l’arrivée en ville des représentants des divers gangs. La nuit, quand les habitants de la métropole s’endorment, c’est une autre population qui prend possession de la jungle urbaine. Des marginaux, des oiseaux de nuit, faisant partie de tribus qui ont chacune leurs propres codes, leurs propres règles…

Dès que le charismatique Cyrus mord la poussière, le rythme ne faiblit quasiment plus jusqu’au générique de fin. En privilégiant l’intensité de la chasse et la lutte pour la survie des membres des Warriors, ponctuée par la voix chaude d’une présentatrice radio qui relaye l’information pendant toute la nuit via un langage musical codé, le scénario ne laisse pas vraiment de place pour le développement des personnages mais même avec une caractérisation réduite au minimum, la dynamique de groupe fonctionne.

Niveau interprétation, c’est un peu plus nuancé : si Swan, devenu chef des Warriors par la force des choses, est campé par un Michael Beck assez fadasse (ça, et cette impression qu’il traîne pendant tout le film la même expression faciale), les nouveaux venus comme Deborah Van Valkenburg, Marcelino Sanchez et surtout le très bon James Remar (qui débutait là une prolifique carrière) ont apporté un peu plus de relief à leurs rôles respectifs (Mercy, Rembrandt et le “Warrior fou” Ajax).

Comme il l’a souvent démontré tout au long de sa carrière, Walter Hill maîtrise parfaitement l’espace et fait de chaque étape du parcours des Warriors un lieu où le danger peut surgir à chaque instant. Cette sensation est renforcée par l’impeccable travail du chef opérateur Andrew Laszlo : la photographie crépusculaire confère aux entrailles de New York cet aspect louche et effrayant. Quant au travail sur les couleurs, il est notamment important pour bien souligner l’identité visuelle particulière de chaque gang…dont certains ont l’air de sortir tout droit d’un comic-book, selon l’intention de départ du réalisateur.

La scène finale, la seule qui se déroule en plein jour, face à la mer, offre un horizon différent de la violence de la rue aux membres survivants des Warriors…une possible lueur d’espoir (peut-être pas pour tous, au moins pour Swan et Mercy qui expriment ouvertement leur envie de s’en sortir), marquée par un dernier rite sacrificiel, qui boucle ainsi la boucle.

Je ne suis absolument pas fan de Walter Hill. Je n’ai pas encore identifié la raison, précisément. Je crois que son cinéma (en tout cas les films que j’ai vus) est trop lent. Et j’ai toujours l’impression que cette lenteur ne sert pas d’ambiance particulière.
J’ai revu Les Guerriers de la nuit il y a quelque temps, et si ce périple vidé de but ne m’a toujours pas impressionné, j’ai un peu plus savouré certains cadrages, les ruptures de narration (la voix féminine, par exemple). Et surtout, j’apprécie beaucoup la fin, cette prise de conscience de l’absurde, cette dimension presque existencialiste, où les personnages (enfin, surtout Swan) se rendent compte qu’ils se sont enferrés dans des rôles et des fonctions, sans comprendre pourquoi, et qu’ils n’ont pas de raison d’être en dehors de cette fonction. Là, ça atteint un niveau splendide. Mais le périple en lui-même est plutôt mollasson.
Je vois qu’il y a un Walter Hill que je ne connais pas, chroniqué dans cette rubrique : Sans retour. Je vais quand même sans doute y jeter un coup d’œil.

Jim

Il y a des films de Walter Hill qui m’ont ennuyé, je me rappelle notamment de son remake de Yojimbo avec Bruce Willis, terriblement lent et nettement inférieur à ses prédécesseurs. Mais contrairement à toi, dans d’autres films, je trouve que la lenteur (je préfère parfois dire “rythme particulier”) sert très bien l’ambiance proposée. C’est le cas de Sans Retour par exemple, où ce…rythme particulier ^^…colle bien à l’atmosphère moite, oppressante, du bayou et à la descente aux enfers des personnages…