PANIC SUR FLORIDA BEACH (Joe Dante)

REALISATEUR

Joe Dante

SCENARISTE

Charles S. Haas, d’après une histoire de Jerico Stone

DISTRIBUTION

Simon Fenton, John Goodman, Cathy Moriarty, Omri Katz, Lisa Jacub, Kellie Martin, Robert Picardo, Dick Miller, John Sayles…

INFOS

Long métrage américain
Genre : comédie dramatique
Titre original : Matinee
Année de production : 1993

Une salle de cinéma, c’est comme une caverne.
Le public arrive sur la moquette préhistorique,
on déchire les billets,
il est trop tard pour reculer.
Les ouvreuses attendent avec leurs petites lampes,
le comptoir est plein de friandises.
Derrière la porte, dans le noir,
tout est possible…

65525532

Alors qu’il cherche un nouveau un sujet pour son prochain film pendant la post-production de Gremlins 2 (suite qui se solda par un échec au box-office et que son producteur Steven Spielberg a cordialement détesté), Joe Dante se montre intéressé par le scénario d’un certain Jerico Stone (qui n’a pas laissé une grande trace dans l’histoire du cinéma puisque son seul autre crédit en tant que scénariste est J’ai épousé une extra-terrestre avec Kim Basinger et Dan Aykroyd). Stone avait eu l’idée d’évoquer la disparition des cinémas de quartier par le prisme du fantastique en faisant de son protagoniste un projectionniste vampire. Après le tournage anarchique de Gremlins 2, Dante voulait quelque chose de moins imposant en matière de production, de plus personnel, de plus intimiste et il demanda donc à son collaborateur Charlie S. Haas de réécrire le scénario, d’en ôter toute connotation fantastique et d’en situer l’action à une époque qu’il connaissait bien, celle de sa jeunesse de cinéphile féru de films de monstres : le début des années 60.

Trouver un financement pour Matinee ne fut pas une mince affaire : la Warner ne voulait pas du film suite à l’échec de Gremlins 2. Pendant la période où Dante travailla sur la série télévisée Eerie, Indiana (connue en France sous le titre Marshall et Simon), celui-ci signa un contrat avec un petit studio étranger afin de produire Matinee en indépendant, Universal se chargeant de la distribution. Pas de pot, la boîte fit ensuite faillite. Culotté, Joe Dante réussit à convaincre Universal de financer complètement le film. “La passion l’a emporté sur la raison”, comme l’a souligné à l’époque le directeur de la Universal. Joe Dante s’est souvent amusé dans différentes interviews à rapporter une anecdote survenue après la première projection réservée aux exécutifs du studio. L’un d’entre eux s’est en effet tourné vers Dante en lui disant “Mais comment on va vendre ça ?”.

Car Matinee n’est pas un film formaté. À la fois “teen-movie”, histoire d’amour, reconstitution historique, parodie de séries B des années 50, Matinee pose un regard nostalgique et mélancolique sur une période fantasmée, où les adolescents rêvaient de changer le monde tout en vivant en permanence avec l’épée de Damoclès nucléaire au-dessus de leur tête et où des cinéastes bricoleurs se servaient de cette peur pour l’exorciser dans les salles de cinéma, par le biais de monstres géants et d’astuces publicitaires.

Matinee suit le jeune Gene, un passionné de séries B, de films d’horreur et de S.F. regorgeant de monstres en tout genre. L’équivalent de Joe Dante à son âge, qui passait tous ses samedi et dimanche matins dans les salles obscures, à dévorer les films de Roger Corman, William Castle, Jack Arnold et Bert I. Gordon (pour ne citer qu’eux). Comme Dante, Gene dévore fidèlement le magazine Famous Monsters of Filmland et se délecte de l’actualité d’acteurs comme Vincent Price, Boris Karloff et Peter Graves. Gene est fils de militaire et est ballotté de base en base avec sa famille. En 1962, il doit effectuer une énième nouvelle rentrée dans un nouveau lycée à Key West. Il se fait de nouveaux potes et connaît aussi ses premiers émois lorsqu’il tombe amoureux de Sandra, une jeune rebelle qui refuse la stupidité des exercices anti-bombes.

Gene ne sait pas où son père a été envoyé, et cette incertitude se transforme en peur lorsqu’éclate la crise des missiles cubaines. Pour tromper son angoisse, Gene se plonge dans sa passion, et il n’a plus qu’une chose en tête : l’arrivée prochaine à Key West de l’un de ses cinéastes préférés, l’auto-proclamé Maître de L’Horreur Lawrence Woolsey, venu présenter son nouveau film, Mant !, et les derniers procédés de son invention, l’Atomo-Vision et le Sismo-Rama, qui sont là pour assurer aux spectateurs une expérience dont ils se souviendront toute leur vie.
Et cette fameuse matinée au cinéma se révèlera particulièrement épique…

Interprété par le génialissime John Goodman, le non moins génialissime et volubile Lawrence Woolsey est inspiré par le réalisateur, scénariste et producteur William Castle (La Nuit de tous les mystères), connu des fans du genre pour les tours qu’il mettait en place dans les salles de cinéma afin que l’expérience des spectateurs soit plus immersive. Les anecdotes rapportées dans Matinee sont toutes tirées des méthodes de travail de Castle, des sièges vibreurs à l’assurance-vie en passant par les squelettes surgissant de la scène. Joe Dante fait juste une petite concession à la réalité puisque Castle n’a jamais réalisé de films de monstres géants/paraboles de la menace atomique (il était plutôt spécialisé dans le suspense et l’angoisse, les fantômes et les tueurs fous).

mant-panic-sur-florida-beach

Ici, Mant !, le film dans le film, est plus l’héritier des oeuvrettes des Corman, Jack Arnold (Tarantula, L’Homme qui rétrécit…) et autre Bert I. Gordon (Le Fantastique Homme-Colosse). Charismatique, Lawrence Woolsey est un bateleur, un véritable passionné qui va de ville en ville pour promouvoir ses films tourné en indépendant. Le sens des affaires ne le quitte jamais, sans qu’il ne perde son regard d’enfant, toujours émerveillé par la magie du cinéma. La scène où il parle avec le jeune Gene, dans laquelle ils échangent leur vision du 7ème art, est superbe, subtilement jouée et réalisée, avec les regards de l’adulte et de l’adolescent qui se rejoignent pour ne faire plus qu’un.

Les mises en abîmes et les références ne manquent pas dans Panic sur Florida Beach. Mant ! parodie les séries B de l’époque en en reprenant tous les codes (mais sans dérision, Joe Dante portant toujours un regard sérieux sur l’industrie et ses personnages). La reconstitution est parfaite, jusqu’au soin apporté à l’homme fourmi. L’interprétation est volontairement outrée, les dialogues sont savoureux (jusqu’à l’habituel charabia pseudo-scientifique) et Joe Dante a poussé l’exactitude en employant dans les rôles secondaires des figures bien connues du genre : Kevin McCarthy (L’Invasion des Profanateurs de sépulture), Robert Cornthwaite (La Chose d’un autre Monde), William Schallert (L’Homme qui rétrécit) et un certain Dick Miller.

dick-miller-in-matinee
Acteur fétiche de Roger Corman, Dick Miller est naturellement devenu celui de Joe Dante lorsque le chef monteur des bandes annonces de New World Pictures, la boîte fondée par Corman dans les années 70, est passé à la réalisation avec Hollywood Boulevard (pastiche sur lequel il a prêté main-forte à Alan Arkusch) puis en solo sur Piranha. Dans un joli exemple de mise en abime, il interprète un acteur de seconde zone que Woolsey emploie pour monter un coup de pub…comédien que l’on retrouve ensuite faisant de la figuration dans Mant !
Parmi les autres têtes bien connues des films de Dante, il y a l’excellent Robert Picardo, qui joue le paranoïaque propriétaire du cinéma.

Le point culminant de Matinee est cette séance de cinéma dantesque (sans mauvais jeu de mot), microcosme bouillant où la magie du cinéma exacerbera les peurs du monde extérieur, où la jalousie et la parano l’emporteront sur la raison et où au milieu de ce chaos, le foudroyant premier amour s’exprimera de fort jolie façon…

Matinee a une vision presque poétique de cette époque, et pourtant le tout dernier plan (un hélicoptère employé pendant le Vietnam) montre bien que même si le pire est passé pour le moment, le futur ne sera pas peut-être pas si rose pour Gene et Sandra. C’est toute la force d’un long métrage qui sait trouver le bon équilibre entre tous ses éléments, un véritable American Graffiti du film de monstres.

Panic sur Florida Beach est une petite merveille, le dernier grand film de Joe Dante en ce qui me concerne (même si j’aime beaucoup Small Soldiers), le dernier sur lequel il a eu une totale liberté artistique. Les échecs combinés de Gremlins 2 et de Panic sur Florida Beach l’ont ensuite cantonné à la télévision, où il se montrera inspiré à quelques occasions (Masters of Horror, The Second Civil War…) tout en emballant sur commande des séries en tout genre (Hawaï 5-0, Les Experts : Manhattan, Salem, Witches of East End…).

Depuis Panic sur Florida Beach en 1993, Joe Dante n’a réalisé que 4 longs métrages : deux derniers passages par les grands studios, Small Soldiers et Les Looney Tunes passent à l’action (un tournage cauchemardesque pour le réalisateur qui s’est soldé par un autre échec) et deux productions indépendantes, The Hole et Burying the ex.

Jean-Baptiste Thoret s’est penché lui aussi sur le cas du film de Joe Dante, au cours du cycle qu’il a consacré au cinéma américain cette année, au centre des Arts d’Enghien.
Malgré quelques postures et raccourcis faciles (une constante chez lui), c’est toujours très érudit, et parfois même brillant.

Oui, je le pense aussi. (J’ai bien aimé The Hole pour le coup)

J’aime bien ce film, même si je ne comprends pas pourquoi le mot “panic” est en anglais dans le titre français (qui n’a vraiment rien à voir avec le titre original, mais ça, on y est habitué)…

Ah, tiens, j’aime bien ce film aussi… Le premier rôle d’Alyson Hannigan… et elle y joue déjà une fille ayant une histoire d’amour avec le garçon joué par Seth Green…

Un regard plein de tendresse, également.

Il trouve là un rôle à sa mesure, je trouve… L’un de ses meilleurs, à mon avis.

Moi, j’enlèverais “petite”… ~__^
Vraiment un film que je ne regrette pas d’avoir dans ma DVDthèque.

Tu n’évoques pas l’autre “film dans le film” : The shook-up shopping cart, qui est l’un des premiers rôles de Naomi Watts…

Tori.

Une amusante parodie des comédies familiales (et souvent nunuches) produites par Disney à cette époque…j’aurais pu en parler c’est vrai (et si mes souvenirs ne se mélangent pas…parce que j’ai écris beaucoup de chroniques depuis…je crois bien que je voulais le faire), mais ce n’est pas venu naturellement pendant l’écriture.
Mais bon, les commentaires sont là pour creuser un peu plus et pour ça, c’est toujours cool de faire remonter des vieux billets… :wink: