C’est peut-être pas si faux que ça.
Jim
C’est peut-être pas si faux que ça.
Jim
Qu’on ne s’y trompe pas : le TPB intitulé Flash: Mercury Falling ne contient pas d’épisodes de Flash, mais de sa série dérivée Impulse. Plus précisément d’épisodes datant d’une époque (en 2000) où Todd Dezago signe le scénario tandis qu’Ethan Van Sciver se charge des dessins dans un style nettement plus semi-réaliste que ce qu’il a proposé quelques années plus tard.

Résumons : Impulse est en réalité Bart Allen, le petit-fils de Barry Allen, qui a grandi dans un lointain avenir, enfermé dans une réalité virtuelle le temps que ses pouvoirs se stabilisent (je fais court). Arrivé dans le temps présent, le jeune homme, aussi impétueux que son surnom veut le laisser entendre, trouve en Max Mercury, le plus vieux Bolide en activité, considéré comme « le maître zen de la Speed Force », un mentor et une figure paternelle. Le fougueux jeune héros, inventé par Waid et Wieringo dans les pages de Flash, a droit à son propre titre en 1995. Cinq ans plus tard, Dezago anime la série avec entrain et sourire, sans jamais en faire un succès colossal.

Quand l’histoire commence, dans Impulse #62, Max est mourant : il n’est plus connecté à la fameuse Force Véloce qui lui donne ses pouvoirs, et son corps s’affaiblit. Aidé par un ancien ennemi devenu son conseiller scientifique, il tente de trouver un remède. L’idée qui émerge, c’est qu’un autre Bolide puisse l’emmener dans cette dimension étrange afin qu’il renoue son lien avec l’énergie où il puise. Sauf que Wally West à ce moment est absent, et que Bart n’arrive pas à se concentrer et donc ne peut pas réussir cet exploit.

Mais Bart apprend la nouvelle et tente de sauver son mentor. À la suite de péripéties provoquées par ses propres gaffes, il est projeté dans une autre dimension, d’où il revient, abasourdi, quelques instants plus tard. L’expérience semble lui avoir mis un peu de plomb dans la tête, puisqu’il fait plus attention, qu’il parvient à se concentrer, que ses résultats scolaires s’améliore, et qu’il écoute les recommandations afin de parvenir à briser la barrière dimensionnelle et à aider Max à retrouver la forme. Tout le monde met ce changement d’attitude et ces progrès sur le compte de l’inquiétude, qui le conduit à faire plus attention au monde qui l’entoure.

L’explication de ces changements survient dans l’épisode 64 : en réalité, le Bart qui a ressurgi de l’autre dimension… n’est pas Bart. Il s’agit d’Inertia, un clone de Bart génétiquement modifié pour devenir l’héritier d’Eobard Thawne, alias le Reverse Flash. Ayant pris la place de son double, il s’est mis en tête d’abattre Max Mercury, mais il s’est pris au jeu, appréciant la vie de Bart, d’autant que tout le monde l’admire et apprécie ses progrès.

Le vrai Bart, quant à lui, est prisonnier d’un monde virtuel. Il lui faudra tout un épisode pour s’en rendre compte. Dezago choisit de ne pas fournir d’explication avant les deux dernières planches, laissant le lecteur deviner (s’il connaît un peu la série) ou patauger quelque temps avant de raccrocher les wagons (s’il n’a lu que ce TPB). Le choix narratif est sympathique, même s’il conduit à une certaine perplexité : est-ce trop rapide ? N’aurait-il pas mieux valu laisser le doute s’installer chez les personnages secondaires ? Certes, la jeune écolière Carol se méfie, mais ça arrive après la révélation au lecteur.

Le fait que cet épisode 64 soit illustré par Eric Battle est peut-être l’indice que Van Sciver était en retard, et que la nécessité d’un fill-in a conduit l’équipe à consacrer un épisode entier au devenir de Bart.

Rattrapant Inertia et Max dans la tempête temporelle qui entoure la Speed Force, Bart parvient à vaincre son ennemi et à aider son mentor à retrouver la santé. L’affaire se résout in extremis, comme de juste, dans des pages assez rapides, ce qui convient aux personnages. Dezago tire un profit évident des différents apports de Waid et fait vivre ces idées sans les transformer ni les dénaturer.

On pourra reprocher à l’ensemble une absence de sentiment de danger. Inertia est un garçon en colère, mais ses menaces ne dépassent pas le stade de la fâcherie, il parle beaucoup mais agit peu. Dezago prend le soin de mettre en scène ses sentiments partagés et dresse ainsi le portrait d’un gamin perdu, mais ça suffit à retirer toute inquiétude. De même, pourquoi Inertia, si pétri de désir de vengeance, a-t-il enfermé Bart dans un monde virtuel, au lieu de le tuer quand il en avait l’occasion ? Cette petite incohérence est renforcée par le fait que Carol trouve une teinture (Inertia est blond à l’origine) dans le placard de la chambre de Bart… alors que le clone, quand il est réapparu, était déjà brun ? Ces petits détails nuisent à la cohérence de l’ensemble et ne servent qu’à précipiter une révélation qui aurait pu être mieux amenée.

Le recueil se conclut sur l’épisode 67, sorte de calme après la tempête, où les héros réunis viennent fêter le retour de Max Mercury. Dezago consacre de chouettes pages à la joie ambiante, mais également aux doutes qui étreignent les deux bolides. Max craint que son élève ne lui en veuille d’avoir, à son insu, préféré Inertia, tandis que Bart estime avoir une fois de plus déçu son mentor en étant moins performant que son clone. Le portrait des deux personnages, mis en relief par un casting peu nombreux mais intéressant, est assez touchant.

Au dessin, Van Sciver, qui s’était fait connaître avec sa série indé Cyberfrog, évolue dans un trait semi-réaliste, presque cartoony, qui lui va bien et correspond parfaitement au personnage (la série avec été lancée avec Humberto Ramos aux dessins). C’est agréable, souriant, rigolo, en accord avec les bons sentiments des scénarios de Dezago. Et s’ils ne livrent pas le comic-book du siècle, ils offrent des aventures savoureuses.
Jim
J’arrive pas à croire à du Van Sciver tant il copie le style ramos de cette époque avec les gros pieds et tout.
Dezago joue, dans les dialogues, sur les gros pieds. Au point que l’on finisse par penser qu’Impulse a vraiment des gros pieds, que les autres personnages les voient, que ce n’est pas une convention graphique.
Jim
Ahahahaha
D’ailleurs, on voit bien, sur la couverture du recueil qui reprend celle du numéro 67, que Bart a de grands pieds, contrairement aux autres personnages, y compris les Bolides.
J’avoue que je n’avais pas véritablement fait attention. C’est marrant de voir que Dezago l’intègre dans le récit, au-delà du tic ramosien.
Jim
Nous sommes en 1988. La rédaction de DC vient de faire vivre au catalogue un grand traumatisme à l’occasion de Crisis on Infinite Earths, et tout le monde est mobilisé en vue de rajeunir l’écurie de personnages. C’est ainsi qu’un jeune encreur qui se pique d’écriture, Karl Kesel, et une jeune responsable éditoriale embauchée depuis peu, Barbara Randall, parviennent à convaincre Mike Carlin, récent transfuge de Marvel, de remettre le faucon et la colombe sur le devant de la scène. Au départ, ils visent une anthologie, mais Carlin sent le potentiel de ce tandem et leur accorde une mini-série de cinq épisodes. Kesel et Randall (qui se marieront durant la mini-série) parviennent également à impliquer un jeune dessinateur, dont ils ont découvert le portfolio récemment, et qu’ils ont trouvé assez convaincant : un certain Rob Liefeld.

Les cinq épisodes de la mini-série paraissent en 1988. Le succès est suffisant pour justifier une série mensuelle dans la foulée, ainsi qu’une édition en TPB en 1993, un honneur encore assez rare à l’époque. Cette édition arbore une nouvelle couverture dessinée par Karl Kesel lui-même, et une double préface, où Karl et Barbara donnent leur version de la genèse du projet (parfois identique, parfois divergente).

Signalons cependant une nouvelle édition, en 2012, sous le titre The Hawk and the Dove: Ghosts & Demons, présentant une couverture reprise de celle du deuxième épisode, et signée Liefeld.

L’action commence alors que Hank Hall continue à faire régner la justice à Washington, mais seul, son frère Don étant mort durant « la Crise ». Ses pouvoirs ne sont pas altérés (il lui suffit de crier son nom de code pour accéder à ses capacités), mais son tempérament fougueux est mis en avant sous l’effet du deuil.

À la fin du premier épisode, alors que Kesel et Randall ont pris soin de créer tout un ensemble de personnages secondaires autour de Hank (parmi lesquels Dawn Granger, l’autre membre du tandem), ce dernier rencontre la nouvelle incarnation de Dove, une jeune femme qu’il n’apprécie pas de voir dans le costume de son défunt frère. La rencontre est plutôt houleuse.

Dans le même temps, nous suivons le parcours d’un assassin, violent et sadique, qui revient du Nicaragua. On apprend rapidement qu’il se fait appeler Kestrel (un faucon crécerelle, quoi), et les dialogues nous informent qu’il est à la recherche de Hawk, pour le compte de « ses maîtres ». Sur ce dernier point, il convient de rappeler qu’un fil rouge apparait dans les productions DC de l’époque, et concerne la guerre que se livrent les Seigneurs de l’Ordre et les Seigneurs du Chaos. La séries Hawk & Dove est concernée, mais également les titres Doctor Fate, Justice League Europe ou plus tard Eclipso. J’ai bien l’impression que l’affaire n’a jamais été résolue, ni mené à un quelconque gros événement éditorial, avant la corruption du Spectre lors d’Infinite Crisis, ou encore les récents événements décrits par Tynion IV dans Justice League Dark. Mais je me trompe peut-être.

Quoi qu’il en soit, cette sous-intrigue est l’objet de nombreuses spéculations à l’époque, et les héros sont présentés comme des champions de l’Ordre, auquel est rattachée la mystérieuse voix qui leur donne leurs pouvoirs. Kestrel, de son côté, est un agent du Chaos, capable de conférer des pouvoirs à des hommes de main afin d’en faire son armée, par exemple.

La mini-série se consacre donc au combat contre Kestrel, qui est l’occasion pour les héros d’apprendre à se connaître, mais également de se poser des questions sur l’origine de leurs pouvoirs et sur leur rôle dans l’univers. À dire vrai, la mini-série fonctionne bien puisqu’elle soulève de nombreuses questions et attise ainsi la curiosité. Et l’intrigue présente Kestrel sous la forme d’un tentateur qui essaie de faire basculer Hawk du côté du Chaos.

Si la caractérisation est sympa (les auteurs s’ingénient à faire de Hank un benêt incapable de découvrir la nouvelle identité de son équipière, ce qui vaut quelques dialogues croustillants), remarquons cependant que le jeune Rob Liefeld, qui n’avait pas encore la grosse tête, livre un travail tout à fait honorable. Certes, les anatomies et la gestuelle démontrent des faiblesses évidentes, certes aussi les décors sont un peu à dimension variable, mais il y a une belle énergie, une volonté de bien faire, un souci de la narration. Il y a même la volonté d’imiter Ditko à l’occasion de scènes d’hallucinations qui renvoient aux origines des personnages. L’encrage de Kesel, propre, soigné, un peu métallique, dans la lignée d’un Austin ou d’un Layton en moins foisonnant, aide assurément à stabiliser le trait.

Débutant sur une tonalité clin d’œil (le lecteur attentif repérera les apparitions de Peter Parker et de trois membres des Fantastiques), la série se conclut sur une note surnaturelle, donnant tout leur élan aux personnages.

Pour ma part, je n’ai pas lu la suite. Je ne suis même pas sûr d’en avoir un seul épisode. D’après les informations que je rassemble, le couple de scénaristes y est cette fois-ci associé à Greg Guler, toujours sous l’égide de Mike Carlin. Je ne crois pas que la série mensuelle ait été rééditée.
Jim
je me demande quand même qu elle était l idée de tuer Dove dans Crisis? Y avait bien un but?
Je n’ai pas l’impression. Et si c’est le cas, ça s’est perdu en route, car ni les Kesel ni Carlin ne semblaient au courant.
Jim
J’ai retrouvé un article consacré au tandem dans Scarce #22, daté de l’hiver 1989. Sous la plume de Jean-Philippe Renoux, on a droit à un résumé de la carrière des héros (Ditko, Kane, diverses apparitions chez les Titans, Crisis…) avant d’évoquer le renouveau. Et en guise de commentaire sur le travail de Liefeld, voilà ce qu’il dit :
La combinaison entre les crayonnés de ce dernier t l’encrage minutieux de Kesel est tout à fait réussie, le résultat final pouvant parfois rappeler les travaux de George Perez, Art Adams ou Jackson Guice.
Si le signataire s’emporte un peu, la parenté avec Art Adams ne me semble pas saugrenue (je vois dans quelques cases l’influence d’un Mike Mignola de l’époque, aussi). Et surtout, les propos me semblent témoigner d’une évidence : à l’époque, Rob Liefeld travaillait, et livrait un boulot tout à fait honorable. Les observateurs pouvaient légitimement voir dans ses planches la promesse d’une carrière graphique intéressante. Promesses qui ne seront pas tenues.
Jim
Oui, la première fois que j’ai vu les dessins de Rob Liefeld, je me rappelle que je n’avais pas trouvé ça dégueulasse. Pas génial, mais pas dégueu…c’était un X-Factor sorti peu de temps après les Hawk & Dove.
Et à peine trois ans plus tard, il nous pondait Youngblood. Beurk…

Oui, plein de tics, plein de facilités, mais l’ensemble dans un souci de narration, de clarté. On pouvait largement passer les défauts et les faiblesses, parce qu’il y avait une certaine honnêteté.
Jim
C’est lorsque Jim lainé chronique du Rob Liefeld que l’on sait que le confinement n’a que trop duré.
Héhéhé
Jim
J’ai évoqué dans cette colonne la réédition des épisodes que Len Wein et Dave Gibbons consacrent à Green Lantern, période qui marque le retour de John Stewart sur le devant de la scène.
J’ai ensuite évoqué les épisodes de Steve Englehart sur la série Green Lantern, dans la foulée de Wein et Gibbons. L’auteur commence par faire le tri dans les idées de son prédécesseur, et notamment donne une explication à la présence du Predator, un personnage qui hante la série depuis quelques numéros.
En revanche, je pensais avoir évoqué la suite, le fameux troisième tome, mais je me rends compte qu’il n’en est rien (ou alors j’ai cligné de l’œil au mauvais moment).
Donc, ce troisième tome de Green Lantern: Sector 2814 compile les derniers épisodes de la période Englehart jusqu’au numéro 2000, illustrés par son compère Joe Staton. L’intrigue est liée à Crisis on Infinite Earths, et les titres sont très éclairants, puisqu’il s’agit d’un compte à rebours, chaque épisode étant intitulé « 5 », « 4 », « 3 », etc…
Englehart continue à gérer la pseudo dépression de Hal Jordan, écarté de la scène au profit de John Stewart. Au début de ce tome, il découvre que Guy Gardner est sorti de son coma (péripétie survenue dans des épisodes que je n’ai pas lus, mais le scénariste manipule bien les flash-backs et rend tout cela limpide) et cherche à s’emparer de l’anneau d’Abin Sur. En effet, Gardner est persuadé d’être un Green Lantern plus valeureux et ne veux pas louper sa chance à nouveau.
Essayant de l’en empêcher, Jordan découvre que les Gardiens de l’Univers accordent à Gardner le droit de porter un anneau, honneur qu’ils lui refusent. Le héros central est une fois de plus écarté. Cela permet au scénariste de développer sa vision des Gardiens, plus bureaucratiques que jamais, mais également manipulateurs et victimes de scissions internes, autant de choses déjà en germes dans la série depuis longtemps, mais qui constituent également des développements logiques par rapport aux informations qu’Englehart lui-même avaient apportées dans ses épisodes de Justice League of America (où il a créé les Manhunters, ces « traqueurs » que les Gardiens ont créés avant de fonder le Corps).
Remettant en selle Guy Gardner, Steve Englehart a une vision radicale du rouquin râleur : il en fait un sale con, persuadé de sa supériorité et prêt à tout pour obtenir ce qu’il veut et accomplir sa mission. Y compris provoquer la mort de Jordan. Au fil des épisodes, Gardner va former un commando de super-vilains dans une mission sur la lune d’Oa, le tout dans le cadre d’une intrigue liée à Crisis. Jordan tente de l’arrêter, récupère un anneau, et finalement se rallie à sa cause, ce qui crée des tensions à la tête de l’équipe.
De son côté, Sinestro recrute Katma-Tui et John Stewart afin d’empêcher les actions de Gardner et de son équipe. Et tandis que l’univers est menacé par l’Anti-Monitor, toute cette petite bande s’étripe joyeusement, le reste du Corps intervenant in extremis. à l’issue du combat, alors que Jordan est officiellement revenu dans la troupe, le sage Tomar-Re récède (bon, c’est pas le seul, mais sa mort, alors qu’il est bien connu de la série, est destinée à constituer un cap).
Nous sommes à l’épisode 199. Le décompte s’est arrêté, la Crise est passée. Gardner s’est enfui, tentant une alliance avec Star Sapphire. Dans l’épisode 200, les deux renégats s’associent à Hector Hammond. Après leur défaite, les Gardiens apprennent aux Lantern qu’ils les abandonnent dans cet univers, partant dans un autre avec les Zamarons afin de constituer une nouvelle race d’immortels. Les Lanterns sont livrés à eux-mêmes et doivent assurer la sécurité de la galaxie (et au-delà) en s’organisant tout seul.
À la relecture de tout cela, on se rend compte à quel point la période Englehart est fondatrice. Elle synthétise de nombreux points établis (en partie grâce au travail du même scénariste sur Justice League of America) et pousse les idées plus loin. C’est ainsi qu’on a l’idée d’une planète semi-consciente, Oa, variation sur ce que Moore et Gibbons venaient de faire avec une back-up consacrée à Mogo. Mais on a aussi l’idée de secrets enfouis, au propre et au figuré, liés aux activités louches des Gardiens. De même, en donnant une explication au Predator, Englehart ouvre la voix aux Lanternes arc-en-ciel de Johns, qui s’est également appuyé sur le trio Jordan / Stewart / Gardner, qu’Englehart est le premier à mettre en scène. Etc etc.
Un « dernier Gardien », Jordan chassé du Corps et remplacé par un renégat, Sinestro se posant en héros, la bataille se déplaçant sur Oa ou sur sa périphérie immédiate, autant d’éléments dont la convergence sur quelques épisodes met en évidence, rétrospectivement, l’influence que la prestation d’Englehart aura sur les versions modernes du personnages, de Ron Marz à Geoff Johns.
La série de TPB se conclut avec ce troisième volet. La suite est à trouver dans le troisième tome de Tales of the Green Lantern Corps, puis dans le premier volume de Beware Their Power. Ce qui me fait dire qu’un petit guide de lecture, dans cette colonne, ne serait pas de trop.
Jim
La vie de la série Green Lantern est très animée dans la première moitié des années 1980, avec une série mensuelle assez remuante, contenant également des back-ups de très grande qualité, mais aussi des Annuals et des mini-séries complémentaires. Mais les rééditions de ces dernières années sont assez bordéliques.

En 2009 paraît le premier tome de Tales of the Green Lantern Corps. Il contient la mini-série homonyme ainsi qu’un florilège de back-ups diverses, écrites par Paul Kupperberg ou Todd Klein (dont c’est l’une des rares expériences de scénariste, et vu la qualité, on peut regretter qu’il n’ait pas persévéré), et illustrées par des gens comme Don Newton, Paris Cullins, Carmine Infantino ou Dave Gibbons.

La mini-série Tales of the Green Lantern Corps constitue une grande aventure en trois numéros (sous couvertures épatantes de Brian Bolland), dans laquelle cette fameuse formation spatiale, menée par le Terrien Hal Jordan, affronte Krona, de retour.

La bataille est si puissante qu’elle déchire l’espace-temps, ouvrant un portail vers la dimension d’une créature néfaste, Nekron le Seigneur des Non-Morts. Exploitant des concepts utilisés par Marv Wolfman et certains de ses prédécesseurs, Mike W. Barr, qui signe l’intrigue, et Len Wein, qui fignole les dialogues, reviennent sur des idées à la base d’une partie de la mythologie des Lantern. Il est d’ailleurs intéressant de voir que cette trilogie est une sorte de tremplin, ou de banc d’essai, à la fois à Crisis on Infinite Earths et à Blackest Night.

L’ensemble ne manque pas de souffle. De nombreux membres du Corps sont mis en avant, qui auront leur importance dans les épisodes de la série régulière, sous Len Wein ou sous Steve Englehart, notamment dans la saga précédant Crisis on Infinite Earths. Il est d’ailleurs intéressant de voir le destin auquel ils ont droit au fil de la série. Y compris jusqu’à l’Annual qui portera le même titre, quelques années plus tard.

Joe Staton et Frank McLauglin livrent des planches riches, généreuses, pleines d’énergie et d’action. Ils mettent en scène des troupes nombreuses s’affrontant sur fond étoilé.

Le reste du sommaire est composé, comme dit plus haut, d’histoires de compléments parues dans la série régulière. Celles-ci sont recensées sous le même titre de « Tales of the Green Lantern Corps » et donnent la vedette à des héros moins connus, voire inventés pour l’occasion. La série existera donc pendant de longs mois, offrant un aperçu plus étendu de l’activité de ce groupe de flics de l’espace, et laissant entrevoir un éventail plus large de destins possibles.
Jim
Un an plus tard, DC publie un Tales of the Green Lantern Corps volume 2, qui propose un sommaire bâti selon un modèle inversé : d’abord une série de back-ups diverses, et ensuite seulement un gros récit, tiré du Tales of the Green Lantern Corps Annual #1.

Au générique des histoires courtes, on retrouve Len Wein, Todd Klein, Joe Cavalieri, Alan Moore, Kurt Busiek, Kevin O’Neill, Jerome Moore, Dave Gibbons, Don Heck… Pour des histoires nous entraînant dans des mondes différents, nous permettant de voir des héros nouveaux et surtout nous montrant les limites du concept d’origine.

Le sommaire se conclut par le seul Annual du titre, un récit illustré par Gil Kane dans le style qu’il affectionne à cette époque. Il s’encre au feutre, ce qui fait que ses originaux se dégradent assez vite à la lumière, mais cela lui confère un trait nerveux et limpide, avec peu de reliefs, et pour tout dire une apparence sèche et cassante. Très dynamique, mais brutal.

L’histoire repose sur une intrigue de Paul Kupperberg à laquelle Len Wein confère des dialogues dans son style habituel, à savoir un peu bavard et adepte de métaphores filées. Le principe en est simple : Oa est attaquée, la batterie centrale est volée et trois Gardiens de l’Univers sont enlevés. Les Green Lantern partent donc à sa recherche et finissent par retrouver les trois otages, hélas victimes d’une possession.

Il s’avère que derrière tout cela se trouve Maaldor the Almighty, un vilain secondaire que Superman et Power Girl ont déjà affronté dans un épisode de DC Comics Presents deux ans plus tôt, en 1983. Ressorti de la naphtaline par Kupperberg (scénariste de la première apparition), le vilain tente d’absorber l’énergie de la batterie centrale, mais l’un des membres du Corps (aperçu dans les back-ups précédentes) va se sacrifier, débarrassant l’univers du fameux Maaldor, qui fera donc une courte carrière.

L’énorme intérêt de l’histoire, outre la joie de voir Kane dessiner la très jolie Katma Tui (et accessoirement Arisia, qui a bien grandi) et de profiter de ses cases à pans biaisées qui sont toujours d’un effet étourdissant, c’est d’obtenir à cette occasion l’histoire de l’anneau qui sera par la suite confié à John Stewart.

En termes de continuité, cet Annual est daté de janvier 1985 (donc il sort vers octobre ou novembre 1984). Dans la série mensuelle, c’est le #184 qui est daté du même mois, en l’occurrence une réédition mettant en vedette Hal, John et Guy. Mais depuis quelques mois, le scénariste avait écarté Hal Jordan pour mettre John Stewart sur le devant de la scène. Cet Annual constitue donc un raccord de continuité qui permet de soigner sa nouvelle vedette.
Jim
Pour une fois, on ne va pas parler de TPB. La mini que j’évoque n’a même pas été rééditée.
J’ai déjà exprimé mon goût pour les « prestige formats ». Cette nouvelle présentation, initiée je crois avec le Dark Knight de Frank Miller, se présente sous la forme d’une parution de quarante-huit pages, avec un dos carré et une couverture plus épaisse, sans aucune pub à l’intérieur.
Pour moi, ce format combine tous les avantages : la taille d’un comic, la solidité d’un album souple, l’absence de couverture cartonnée qui prend de la place, le petit dos mince qui permet d’identifier le titre et la tomaison. Bref, à mes yeux, c’est pas loin de l’objet BD parfait.
À la suite du Dark Knight, qui fut un succès public et critique en plus d’une petite révolution esthétique (papier plus blanc, impression plus soignée…) de nombreux projets ont été publiés dans ce format, qui était souvent synonyme de qualité narrative, et toujours d’ambition éditoriale. C’était en quelque sorte la « place to be » pour les auteurs de l’époque, le rendez-vous des lecteurs pour quelque chose d’exigeant. Il est peut-être même possible de voir dans le « prestige format », en termes de recherche de légitimité et de maturité, un ancêtre à la collection Vertigo.
Personnellement, je suis très client de cette formule, et moi qui suis plutôt lecteur de TPB, j’hésite toujours à refourguer mes « prestige formats », tellement je suis attaché à cette forme. Il faut dire que j’en ai lu, des trucs dans ce format, j’en ai fait des découvertes : les Blackhawk de Howard Chaykin, les Black Orchid de Gaiman et McKean, les Deadman de Mike Baron et Kelley Jones, les Green Arrow de Mike Grell… Et plein d’autres que je n’ai pas encore complété (notamment chez Marvel : les Adventures of Captain America de Nicieza et Maguire, les Panther’s Prey de McGregor, les Legion of Night de Gerber et Portacio…).
Et une conversation récente m’a rappelé mon goût pour les « prestige formats ».
Je suis donc allé voir dans ma bibliothèque si j’avais au moins un des deux numéros (car cette mini-série est courte). Et en fait, j’avais les deux.
Le scénariste Andrew Helfer, qui a officié en tant que responsable éditorial chez DC au milieu des années 1980, contribuant au lancement de la Justice League de Giffen et DeMatteis ou du Superman de Byrne, se penche sur un personnage ancien qu’il revisite à sa sauce un brin iconoclaste : The Avenger.
Il s’associe pour le coup à Kyle Baker, un ancien encreur qui entame une carrière de dessinateur depuis quelques années, de manière spectaculaire, succédant à Bill Sienkiewicz sur la série mensuelle du Shadow que Helfer, justement, écrit. Cette collaboration s’étant arrêtée (pour des raisons liées à l’insatisfaction des ayants-droit), les deux compères s’occupent du cas d’un autre héros de pulps.
L’Avenger est apparu dans la littérature populaire en septembre 1939, chez l’éditeur Street & Smith, sous la plume de Kenneth Robeson, un pseudonyme collectif derrière lequel se cachent de nombreux auteurs. Si Robeson est également considéré comme le « créateur » de Doc Savage, il semble acquis qui Paul Ernst soit le seul auteur des aventures de l’Avenger.
Le principe est simple : Richard Benson, ancien aventurier, décide de se caser et de fonder une famille. Mais à la mort de sa femme et de sa fille, il subit un choc nerveux qui lui confère un teint de craie et des traits immobiles, mais suffisamment malléables pour qu’il puisse prendre la place de n’importe quoi. Le premier roman, intitulé « Justice, Inc. », le lance dans une vendetta envers ceux qui l’ont privé de sa famille, avant une suite d’aventures pour le caméléon humain.
Une première série de bandes dessinées est parue au milieu des années 1970, notamment avec Jack Kirby au dessin, sous le titre Justice, Inc., justement (sans doute pour d’évidentes raisons de marque déposée). C’est donc sous ce titre que Helfer et Baker fournissent une nouvelle interprétation du personnage.
L’histoire commence alors que des personnages assistent à la projection d’un serial, qui reprend les grandes étapes de la vie du héros, insistant sur ses amnésies, sa perte de contact avec la réalité, son traumatisme. On apprend rapidement qu’il s’agit de Benson et de ses amis. Mais l’ancien aventurier ne supporte pas d’être confronté aux souvenirs douloureux de sa vie passée. Et, quelques années plus tard, alors qu’il ressasse les souffrances de jadis et que son agence est menacée de dissolution à la suite du départ de ses associés, il est contacté par un agent du gouvernement qui lui propose de mettre ses talents au service de l’espionnage, cette fois-ci contre les communistes (Russes et autres). L’as du déguisement accomplit donc quelques missions, mais développe lentement des doutes quant à la sincérité du combat anti-communiste.
Quelques années plus tard, le gouvernement propose à Benson de subir une opération durant laquelle un appareil sera greffé sur son épine dorsale. L’engin, à l’aide de cartes perforées, lui permettra de prendre l’apparence, automatiquement, des cibles qu’il devra remplacer. C’est ainsi qu’il devient le bras armé de la politique étrangère américaine, faisant et défaisant les potentats locaux. Sauf que, au bout de quelques missions, il commence à gérer les échiquiers politiques à sa manière, ses pouvoirs lui permettant de disparaître si le besoin s’en fait sentir.
Attirant sinon les foudres du moins un intérêt soucieux de la part de l’administration, il continue néanmoins ses missions, jusqu’à ce qu’il découvre l’identité du chirurgien qui l’a opéré, et ne relie cette information à la mort de sa famille. Dans le deuxième épisode, il se lance donc dans une course vengeresse, découvrant que l’affaire n’est pas si simple.
Sorte de jasonbournisation d’un ancien personnage, ce récit de 1989 témoigne de l’air du temps, imprégné d’une certaine méfiance envers les élites teintée de complotisme, lui-même hérité de la décennie fric que furent les années 1980. Le monde politique est présenté comme un vaste échiquier où les idéaux sont au service du pognon, où l’enjeu tourne davantage autour de la préservation du capitalisme que de la défense de la liberté.
Graphiquement, Kyle Baker profite des possibilités techniques nouvelles développées par les éditeurs pour s’essayer à un style qui tranche avec le tout venant de l’époque. Il dessine les personnages dans une approche presque pastel, surlignant les silhouettes avec un trait noir sans relief (ce qui n’est pas sans évoquer le travail de Miller sur Elektra Lives Again). Les couleurs, presque estompées, en particulier pour Richard Benson qui a la peau blanche, sont parfaitement en accord avec le principe selon lequel le héros peut changer de visage. Les personnages, et le héros au premier chef, semblent usés, érodés, au point que les traits qui les caractérisent en deviennent lisses, difficiles à distinguer.
La recherche formelle, qui le place dans la lignée d’un Sienkewicz ou d’un McKean, témoigne de la richesse esthétique de l’époque, de la volonté de DC d’explorer des formes possibles, de casser les codes. L’éditeur à l’époque osait prendre des risques, offrant à la bande dessinée américaine une maturité qui a réellement transformé le paysage éditorial.
Courte, efficace, dense, en partie grâce à l’usage d’un gaufrier assez souple qui permet de raconter beaucoup en peu de place, Justice, Inc. est une petite pépite un peu passée sous le radar. Faites comme moi : redécouvrez-la.
Jim
Je l ai pas encore lu…
Je l ai trouvé dans une bouquinerie à Bordeaux qui a un paquet de comics en vrac (des centaines voire plus mais en foutoir) (la nuit des rois, rue des Ayres.).
J y ai acheté aussi la totale de Breathtaker de Marc Hempel (autre prestige format) ou la mini Black Canary des 80’s par Von Eeden… (pour memoire y aps mal de sandman, hellblazer, shadows de Helfer ou Chaykin, du xmen en pagaille, legion des superheros, cap America…)
J aime assez le prestige format… aussi c etait cher mais sympa et moins cher qu un GN surtout Hardcover…
J en ai revendu certains come quelques Dark Knight ou Black Orchid, Marvels ou Kingdome Come mais il m en reste aussi (mini Punisher/Cap par Janson, Ghost Rider/Cap par Weeks, Punisher: no escape, Panther: Prey, Batman/Cap America de Byrne, Fury/cap de Manco, Deathlok, GR/Wolverine/Punisher Heart Of Darkness de Romita Jr, James Bond de Meonch/Gulacy, Legion of Night, Mercy, du preacher (assez decevant sand in trucmuche), sandman midnight theater, Tomb Of Dracula des 90’s…
Aprés ca a été un peu utilisé pour tout et n importe quoi aussi… au scenar en tout cas.
Palmiotti/Gray publient beaucoup dans ce format pour leur creator chez paperfilm
https://paperfilms.com/