RÉÉDITIONS DC : TPBs, Hardcovers, Graphic Novels

Plusieurs Pièces à Lire ? :scream:

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En ce moment, il est à 27 EUR sur Amazon…

Oui je SAIS.

C est une conspiration

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Voilà Voilà, j ai craqué.

Vous êtes contents ?

Pff

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Voui.

:wink:

Jim

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Avec une belle longévité (au delà même du cap des 50 N°, un véritable exploit) pour certaines dans les 90’s (qui plus est en pleine période tumultueuse d’éclatement de la bulle spéculative).

Spectre : 62 numéros (Ostrander ayant été prévenu un an à l’avance de l’arrêt du titre, il n’est donc pas pris de court, tout en ayant déjà une idée précise de la conclusion dès la 1ère année du run).

Sandman Mystery Theatre (publié via le prestigieux label Vertigo) : 70 numéros (comme Shade, the Changing Man, qui a failli s’arrêter au N°50, le dernier de Bachalo)

Starman : 80 numéros et des poussières (en comptant les one-shots annexes)

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Parce qu il faut lire spectre aussi ???

Ah je l’ignorais. Mais ouais, Ostrander semble avoir eu l’occasion de fermer ses séries proprement (ce que Englehart n’a pas toujours pu faire : il l’a fait sur Justice League of America, sur Detective Comics, sur Silver Surfer, mais souvent il est parti en pleine fâcherie). Autres temps, autres mœurs. Je pense que l’encadrement par Jenette Kahn et Paul Levitz a aussi aidé, car ils étaient dans une logique de préservation des auteurs, selon le principe qu’ils fourniront ainsi de bonnes idées et que DC fera son office de section « recherche et développement ».

Oui, voilà deux séries auxquelles je ne pensais pas, mais qui correspondent bien au truc. Y en assurément d’autres, parfois plus courtes, et souvent ce sont des visions intéressantes de cet univers.
Je pense à Chase, par exemple, un peu oubliée aujourd’hui, mais qui était vraiment bien, dans le genre « regard critique » sur le petit monde DC.
Plus périphérique, l’environnement éditorial de DC a permis d’avoir deux versions intéressantes du Shadow, celle d’Andy Helfer et Bill Sienkiewicz puis celle de Gerard Jones et Eduardo Barreto. Pas pérennes, mais passionnantes.

Et Martian Manhunter, aussi, je dirais.

Jim

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Et tu ne peux pas accuser ton Moi de Minuit.

Il l avait juste mis dans le panier

Ah… celui qui met la main au panier.

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Merci.

Jim

Et la journée en plus, le Midnight man va devoir trouver autre chose pour s’occuper ce soir.

Édit griller par Soy, ça m’apprendra à répondre sans lire tous les messages

Ça arrive à des gens très bien !
:wink:

Jim

Faudrait que je la termine celle-ci, les 18 premiers épisodes étaient bien sympa. Encore un truc à mettre dans la pile des relectures

Si le Doctor Fate Compendium était déjà un beau bébé, le premier Lobo Compendium, avec ses 1256 pages, est particulièrement impressionnant. Il compile les premières années de carrière du chasseur de primes galactiques, de sa première apparition dans Omega Men aux premières chapitres de la série mensuelle qui finira par lui être consacrée, et au-delà.

Disons-le d’emblée, c’est hilarant. C’est souvent complètement con, à peu près toujours gratuitement violent, bourré de jeux de mots débiles et de dialogues cinglants, sans parler des références pop culturelles (ou autres) piétinées à grands renforts de bottes crantées.

Les festivités commencent, ordre chronologique oblige, avec Omega Men #3, où Lobo porte encore son collant moulant et coloré, puis passe à la mini-série par Alant Grant, Keith Giffen et Simon Bisley, qui pose le personnage en biker cosmique chasseur de primes violent mais amoureux de dauphins spatiaux. (Il me semble que ses apparitions dans Justice League s’insèrent entre les deux, maquant le changement de costume, mais j’ai la flemme de vérifier…) La mini est l’occasion de détailler les circonstances qui ont valu au personnage d’être « le dernier czarnien », et pose le ton : c’est outrancier, méchamment satirique et sans retenue. Ce qui définira bien des apparitions du personnage.

Suivent les numéros 11 à 15 de la série Demon, parus au printemps et à l’été 1991, et qui plongent Lobo dans une histoire de prophétie et de fin du monde. Les chapitres sont réalisés par Alan Grant et Val Semeiks, la future équipe de la série mensuelle Lobo, et déjà, ils donnent le ton, avec un déferlement de péripéties, de ramponneaux et d’explosions. Et personnellement, je suis très content que ces cinq épisodes soient compilés, car je connais mal cette version du Demon, visiblement bien frappadingue (la reprise par Garth Ennis a été compilée, mais la version de Grant) et qui réserve son lot d’âneries décomplexées.

Ensuite, le sommaire propose de retrouver le Lobo Paramilitary Christmas Special, ou la rencontre entre l’infréquentable héros et le Père Noël, encore par Grant, Giffen et Bisley. C’est là qu’apparaît son fameux chien, une sorte de bouledogue survitaminé qui fume le cigare et fait des doigts d’honneur aux lecteurs.

Arrive alors la deuxième mini-série, Lobo’s Back, encore par l’infernal trio, qui marque également la séparation entre Lobo et Bisley. L’histoire racontera la mort et la résurrection du personnage, sous une forme… différente. Le personnage, par la suite, sera repris par d’autres illustrateurs et, si Grant assure la plupart des scripts de ses prestations en solo, d’autres scénaristes viendront participer au portrait du motard cosmique quand celui-ci fera des apparitions dans d’autres séries.

À partir de là, le recueil aborde des récits nettement moins connus, qui n’ont pas eu l’heur de traverser l’Atlantique comme l’ont fait les prestations de Bisley. Pour le lecteur curieux (et qui n’a pas encore l’occasion de tout récupérer en fascicules), les choses sérieuses commencent. Notamment par Lobo: Blazing Chains of Love, par Grant et Giffen, cette fois accompagnés de Denys Cowan (sous une couverture peinte de Dan Brereton). Pour faire court, ça parle de désir… à la sauce Lobo.

Les quatre numéros de Lobo Infanticide voient Lobo répondre à une mission à nouveau confiée par Ramona (que l’on a vue dans l’one-shot précédent), et cette fois, Giffen assure également le dessin, tout en participant à l’intrigue. Son trait est en pleine mutation, il expérimente de nouvelles idées graphiques en repartant de son style du milieu des années 1980, qu’il noie sous une foule de détails.

Dans ce récit bien entendu en mode total nawak, Lobo est contraint de faire son service militaire tandis qu’une alliance de ses enfants illégitimes tente de le tuer. Le dessin décalé, les adresses aux lecteurs, les motifs floraux ou nuageux, les fléchages vers des détails dans les planches, tout se mêle pour en faire un récit à l’intrigue bourrine mais où le plaisir de revenir sur les planches pour repérer les clins d’œil est évident.

Lobo: Portrait of a Victim, écrit par Grant seul, marque les retrouvailles avec le dessinateur Val Semeiks. Le trait est moins outrancier et plus réaliste, ce qui contribue, paradoxalement, à renforcer l’aspect comédie. On suit le point de vue d’un personnage de second ordre qui a croisé le chemin de Lobo, pour son plus grand malheur.

La mini-série Unamerican Gladiators a ceci de particulier (outre les couvertures de Mike Mignola) qu’elle est écrite par le tandem Alan Grant et John Wagner, deux trublions ayant officié sur Judge Dredd avant d’être recruté par Dennis O’Neil afin de rédiger tous les mois des aventures outrancières de Batman. Ici, ils sont épaulés par Cam Kennedy, troisième larron britannique, et dire que la mini-série affiche une tonalité proche de ce que propose l’hebdomadaire 2000 A.D. est un euphémisme.

Entre le portrait d’une caste dirigeante déracinée, la parodie de jeux du cirque, les piques à l’encontre de l’armée (et de la religion) et les bains de sang sophistiqués lorgnant vers le grand-guignol, tout y est pour se croire dans la province de Mega-City One. À mes yeux, l’un des sommets du recueil, avec un personnage de crétin sympathique qui s’obstine à appeler le héros « Bolo ».

Lobo est un personnage satirique qui se moque de tout et dont la seule présence suffit à relativiser l’existence des héros qu’il croise. En plus, ses aventures ont souvent été l’occasion de clins d’œil directement adressés aux lecteurs. Il ne fallait donc pas attendre longtemps avant qu’il ne bénéficie d’un récit ouvertement méta-linguistique, à l’occasion du Lobo Convention Special. Lobo, qui vient d’esquinter son seul exemplaire de Superman #75 (la mort de… qu’il considère comme la bande dessinée la plus drôle qu’il ait lu), décide d’aller en récupérer un autre. Giffen et Grant sont assistés de Kevin O’Neill pour ce portrait au vitriol du lectorat, qui est aussi l’occasion de brocarder la spéculation qui va bon train à l’époque.

Le premier Lobo Annual s’inscrit dans la vaste saga « Bloodlines », qui raconte une invasion extraterrestre est propose de faire apparaître de nouveaux personnages peut-être destinés à avoir leur propre série. Écrit par Alan Grant et illustré par Christian Alamy, l’épisode est agréable à suivre, mais c’est un peu le maillon faible du sommaire, à cause des circonstances éditoriales.

L’un des meilleurs morceaux du sommaire arrive juste après avec Lobocop, parodie évidente de Robocop, surtout dans sa version millerienne. Alan Grant décrit la mort de Lobo après trop de boisson et de femmes, et de quelle manière son corps est récupéré afin de devenir l’avenir de la police. C’est Martin Emond qui dessine ce récit où l’on découvre le (petit) cerveau de Lobo perpétuellement connecté à une radio de heavy metal, et son style est épatant : il parvient à mixer l’approche outrancière de Bisley avec le trait rond et parodique de MAD ou des indés underground. Bisley croisé avec Basil Wolverton.

Puisqu’il y a un Annual, il y a donc une série régulière. Le premier numéro est daté de décembre 1993, et il est réalisé par Alan Grant et Val Semeiks, sous la houlette éditoriale de Dan Raspler et Peter Tomasi. Bien entendu, le rythme est un peu différent, puisqu’il s’agit de faire vivre des aventures régulières au personnage. La parodie reste présente, notamment en convoquant les clichés de genres voisins (les guerres des gangs, les loups-garous, les récits de camionneurs de l’espace, les mercenaires…), mais les auteurs inventent également quelques personnages réguliers, dont Al, propriétaire d’un diner, et son optimiste serveuse Darlene. Les deux malheureux travailleurs verront régulièrement l’établissement détruit dans une logique d’humour de répétition. On notera aussi le retour de Vril Dox, membre de la L.E.G.I.O.N. et habituel donneur d’ordres de Lobo, qui évince donc Ramona.

Après une apparition un peu lourde dans Green Lantern Quarterly (où le récit ridiculise un peu Jack T. Chance, un Green Lantern créé par John Ostrander et qui méritait mieux) et une grosse baston dans Superman The Man of Steel par Louise Simonson et Jon Bogdanove, le sommaire propose Lobo #5, avec une méchante parodie de super-héros, avant de passer à Lobo: A Contract on Gawd, écrit par Alan Grant et illustré par Kieron Dwyer. Lobo est contacté par des moines afin qu’il tue leur dieu totalitaire.

Le récit confronte notre chasseur de prime et assassin à louer à deux frères omnipotents, créateurs capricieux de leur petit univers privé. La charge contre la religion est virulente et incisive, et bien entendu hilarante. Le dessin réaliste mais très expressif de Dwyer fait merveille.

Lobo #6 à 9 proposent une mission de camionneur de l’espace et une parodie méchante des Sept Mercenaires, à l’occasion de laquelle Grant revient sur un des pouvoirs oubliés de Lobo, celui de créer des clones de lui-même à partir d’une goutte de sang. Cette articulation entre deux récits crée une continuité dans les récits liés à Lobo, une première pour ce personnage qui, jusque-là, intervenait dans des récits séparés et indépendants, ce qui éloigne quelque peu son parcours de la simple succession de pochades.

Le numéro #0 (lié au cross-over Zero Hour), publié dans la foulée, s’amuse d’ailleurs à jouer sur les codes des origines et renforce cette continuité en évoquant le duel avec le Père Noël. On sent que les auteurs s’amusent avec les exigences éditoriales du moment.

Les lecteurs retrouvent Alan Grant et Martin Emond pour Lobo In The Chair, visite au salon de coiffure qui tourne au règlement de comptes entre le chasseur de primes et ses cibles. Le dessin d’Emond suffit, sur certains pages, à faire pleurer de rire.

Le deuxième Annual conclut ce sommaire copieux. Il s’inscrit dans la thématique « Elseworld » de l’année 1994. Mais plutôt que de montrer Lobo dans un monde alternatif, Alan Grant et son escadron de dessinateur choisissent de raconter de courtes histoires de mort, de sang et d’absurdité rigolarde, qui sont à l’image du recueil d’histoires courtes et amusantes de morts que Lobo lit régulièrement dans sa série mensuelle.

Bref, ce pavé hilarant, drôle quasiment de bout en bout à part quelques moments mous et très minoritaire sur l’ensemble de la pagination, ravira les amateurs de mauvais esprit. Et ces récits datant d’il y a trente ou trente-cinq ans, je me suis pris à me demander si de tels récits étaient encore possibles de nos jours. Ces charges à l’encontre de la religieux, de l’armée, de la famille, des institutions au sens large du terme, ponctuées de gros mots et de mauvais goût, sont à mon avis complètement inenvisageables aujourd’hui. Et c’est bien dommage. En tout cas, ce recueil témoigne de la liberté de ton dont profitaient les auteurs à l’époque dans des comics mainstream qui, bien entendu, n’étaient pas ornés du sceau du Comics Code.

Jim

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Rien que les Bisley, +Emond+Dwyer sont des classiques et la plupart du reste (l annual 1 est quelconque)est trés sympa même si la série reguliere est un ton en dessous des minis.

Je suis d’accord concernant la mensuelle, mais elle quand même vachement cool.
Et la mini de Kennedy est top, aussi.

Jim

J’ai enfin récupéré le troisième tome de la série de recueils reprenant le Green Arrow de Mike Grell, il y a une dizaine d’années, The Trial of Oliver Queen, où le mot « trial » est ici à prendre autant au sans de « procès » qu’à celui de « épreuve ». C’était celui qui me manquait et donc je découvre les quatre diptyques qui y sont compilés.

Je conserve un avis partagé concernant la série. Elle a été lancée dans la foulée de The Longbow Hunters, une mini-série au format prestige publiée dans l’atmosphère de reconstruction du catalogue à la suite de Crisis on Infinite Earths. L’éditeur cherche à élargir son catalogue notamment en donnant à des héros anciens les séries dont ils n’ont pas encore bénéficié malgré leur carrière à la longévité certaine. Les hasards de calendrier font aussi que l’univers DC post-Crisis correspondant au départ à la retraite de certaines figures (genre, Julius Schwartz) et au recrutement (ou à l’avancement) de jeunes responsables éditoriaux qui arrivent avec leurs idées et leurs carnets d’adresse (Andy Helfer, chargé des projets spéciaux, Mike Carlin recruté après ses années chez Marvel ou encore Mike Gold, en provenance de First, entre autres…). Cela crée une effervescence évidente. Gold a été un rouage essentiel expliquant, en partie au moins, comment de nombreux auteurs de l’écurie First arrivent chez DC dans ces années-là (John Ostrander, Mike Baron, Tim Truman… et bien entendu Mike Grell, qui y avait déjà fait des étincelles notamment autour du personnage de Warlord).

À la suite du succès de The Longbow Hunters, l’archer Oliver Queen a droit à sa série mensuelle. Mais Mike Grell, à l’origine fortement influencé par Neal Adams et qui a depuis lors (sur Jon Sable Freelance notamment) développé un style plus personnel fait d’ombres hachurées et d’effets de matière, se consacre au scénario, laissant le dessin à des illustrateurs comme Ed Hannigan, Dan Jurgens (que l’on retrouve sur les épisodes 13 à 20 datés de 1989 et compilés dans ce troisième tome), Eduardo Barreto et d’autres… Et, d’une certaine manière, on y perd.

La série se veut réaliste. Les aventures de Green Arrow se situent dans la ville de Seattle, et les auteurs s’attachent à restituer des décors et une ambiance concrètes et palpables. Ce réalisme est également connecté à une volonté de parler du monde contemporain, avec sa violence et sa corruption. Comme le dit Mike Gold dans une introduction dont je me souviens (peut-être celle de The Longbow Hunters), l’editor et son auteur sont aux antipodes politiques l’un de l’autre : Gold est progressiste, marqué à gauche, Grell est de droite, bien plus conservateur (et selon Gold, il ne se sépare jamais de son arme, surtout quand il s’agit de négocier un contrat).

Ce recueil témoigne de cette sensibilité. Car, de droite ou de gauche, Gold et Grell semblent partager des fâcheries voisines et donc s’intéresser à des sujets de société comparables : la violence faite aux femmes, la drogue, la gestion du deuil, la pornographie… Quand commence le recueil, Oliver Queen revient d’une mission lointaine qui l’a opposé à des yakuzas dans l’ambiance pseudo-asiatique à laquelle les lecteurs sont habitués depuis au moins les Daredevil de Frank Miller. Il décide de se reposer un peu et joue les coursiers pour le magasin de fleuriste tenu par Dinah. Ce qui le conduit, durant tout un épisode, à jouer les bons samaritains auprès d’un couple tendu, d’une jeune femme appelant son chat perché dans un arbre ou d’une automobiliste au pneu crevé… Jusqu’à ce que la fin de l’épisode lui laisse entendre qu’on cherche à attenter à sa vie (parce que son identité secrète ne l’est pas réellement).

L’épisode 14 suit son enquête durant laquelle il retrouve les personnages qu’il a aidés précédemment en espérant découvrir pourquoi l’un d’eux lui en voudrait (sous le prétexte que l’information aurait éventé un lourd secret) Ce tour d’horizon permet à Grell d’évoquer différentes problématiques (la politique et la représentation nationale, la vivisection et la médecine…). Ça permet également de marquer politiquement le personnage (individualiste, davantage attaché à la justice qu’à la loi…) et aussi de montrer sa fragilité, sa fébrilité.

Les deux diptyques suivants confrontent Oliver à deux figures de justiciers, d’une part un tueur à gages qui a basculé à la suite de la mort de son épouse et qui est poursuivi par des agents australiens, et d’autre part un homme à la recherche d’une stripteaseuse qui craint pour sa vie et qui, hélas, arrivent trop tard. Hannigan et Jurgens veillent à donner un air martial à ces deux justiciers expéditifs et jouent sur les codes vestimentaires, notamment pour le deuxième dont la tenue de motard n’est pas sans l’inscrire dans les pas du Punisher. Chose amusante, dans les deux cas, Green Arrow parvient à établir un dialogue avec son adversaire, ce qui donne à Grell l’occasion de brandir un miroir à son héros. Le scénariste de droite s’interroge sur la notion de justicier et ne recule pas devant l’évidence : son héros ressemble à ces justiciers, auxquels il trouve des circonstances atténuantes (le second est d’ailleurs membre des forces de l’ordre canadiennes : si ce n’est pas un anoblissement de la justice expéditive, ça).

Le quatrième diptyque, dans les épisodes 19 et 20, marque une crise. Green Arrow se retrouve confronté à un agresseur qui s’en prend à un policier chevronné. L’agresseur utilise une arme à peinture dans une partie de sport, mais le policier et l’archer s’en aperçoivent trop tard. Oliver blesse le tireur grièvement, et découvre qu’il s’agit d’un adolescent. Cela ouvre une crise de conscience étalée sur deux numéros où Oliver abandonne son costume et sa croisade, se met à boire et n’arrive pas à gérer sa propre responsabilité. Le face-à-face avec Hal Jordan, qui vient soutenir son ami dans ces moments difficiles, est franchement pas mal, un brin viriliste fatalement mais constitue un moment d’émotion assez fort, et renvoie clairement à la version du tandem par Dennis O’Neil.

Grell sort son héros par une pirouette : on suit une nouvelle mission de deux policiers aperçus au début, au cours de laquelle le flic chevronné reçoit une balle tirée par un jeune délinquant. Au chevet du policier, qui finira par décéder dans son lit d’hôpital, Oliver redevient officiellement Green Arrow, après le passage obligé du discours sur la différence entre la justice et la loi, celle-ci étant, on s’en doute, trop laxiste. Le scénariste de droite écrit un héros de gauche autour de fâcheries communes, et continue son exploration du thème du justicier en offrant une justification à celui-ci.

L’ensemble est plutôt pas mal (même si, me souvenant de l’Ed Hannigan qui avait singé avec tant de brio Steve Ditko sur Spectacular Spider-Man, j’aurais aimé le voir copier Neal Adams, ce qu’il fait un peu, mais pas beaucoup, et constitue une sorte de déception). La série Green Arrow version Mike Grell est le témoignage d’une vivacité éditoriale extraordinaire rendant le catalogue DC passionnant, et de l’émergence de voix forte. Ici, une voix de droite, mais bon, ça ne sera ni la première ni la dernière (de Frank Miller à Chuck Dixon…). Le DC post-Crisis était d’une richesse folle et offrait des expériences de lecture très différentes. Après, on pourra reprocher à l’écriture de Mike Grell, d’un point de vue formel, un goût trop prononcé pour l’ellipse et les séquences muettes. Les épisodes se lisent très vite et de nombreuses cases silencieuses auraient sans doute profité d’une ou deux bulles par-ci par-là : ce qu’il peut faire passer quand il illustre ses propres histoires ne fonctionne pas toujours aussi bien quand il est associé à un dessinateur. Le résultat n’est pas toujours d’une grande fluidité. De plus, davantage de dialogues (et Grell n’est pas mauvais dans ce domaine, même s’il est très sec) auraient sans doute contribué à un effet plus immersif. Là encore, la variété des styles à l’époque était évidence.

Jim

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