RÉÉDITIONS MARVEL : TPBs, omnibus, masterworks, Epic…

Je connaissais la série Guardians of the Galaxy des années 1990, animée par Jim Valentino, pour avoir lu (et chroniqué) la première édition en recueil, sous-titrée « Quest for the Shield » et parue en 1992.
J’ai récemment pris le premier tome de Guardians of the Galaxy by Jim Valentino, qui reprend le contenu du premier, mais va plus loin, intégrant le septième épisode (qui introduit une nouvelle méchante, Malevolence, et explique comment Martinex se sort du mauvais pas où il était tombé) mais aussi la vaste saga intitulée « The Korvac Quest » qui court sur plusieurs Annuals de 1991.

Je replonge dedans, retrouvant Taserface (mais bon, entre-temps, les films sont passés par là et je ne peux m’empêcher de ricaner), les Stark, Force, le Watcher, Firelord… Je reviens un peu sur mon jugement de l’époque, il y a presque dix ans : c’est vrai qu’en matière d’action pure, c’est un peu étiré, mais Valentino emplit ses épisodes de flash-backs et de construction d’univers, se montrant généreux dans la mise en scène du « Marvel Universe of the future ».

Quant à la « Korvac Quest », je crois que c’est la première fois que je la lis en entier. J’avais lu l’épisode consacré aux Fantastic Four, sans doute à l’occasion d’un tome Epic, mais je n’étais pas allé plus loin.

Depuis quelques années, Marvel raconte des histoires en plusieurs chapitres au sein de ses Annuals. Dans un premier temps, les sagas concernaient toutes les séries, à l’exemple d’Evolutionary War en 1988 ou d’Atlantis Attacks en 1989. Au bout d’un certain temps, l’éditeur décide de proposer des histoires plus courtes regroupant différentes séries, à l’occasion de feuilletons en quatre parties, bien souvent. Et là où les Annuals étaient des numéros exceptionnels dans les années 1960 et 1970, ces récits sont souvent des aventures annexes, mobilisant des idées intéressantes et une vive appétence pour la continuité, mais aussi des équipes artistiques secondaires et des dessins un peu oubliables. J’ai déjà évoqué la saga « Citizen Kang » de 1992, bordélique, inégale et pas très jolie. « Korvac Quest », c’est un peu pareil.

Bon, Korvac n’est pas du tout l’un de mes personnages préférés. J’aime bien la version « torse collé sur un ordinateur », qui est apparu dans des épisodes des Defenders ou de Thor, mais l’interminable combat contre les Vengeurs par Jim Shooter est resté dans mon esprit comme l’une des pires histoires du groupe. Et il faudra attendre Mark Waid et sa deuxième période sur Captain America pour me rendre Korvac sympathique. Donc je n’ai guère d’a priori sympathique à son égard, ce qui peut expliquer mon opinion peu amène à l’égard de cette saga, qui pourtant propose quelques bons moments.

Tout commence dans Fantastic Four Annual #24, réalisé par Al Milgrom, un récit qui revient sur les épisodes d’Avengers afin de nous expliquer que l’énergie de Korvac, enfin, de Michael, n’a pas été détruite mais transvasée ailleurs. Les Fantastiques s’allient aux Gardiens de la Galaxie pour retrouver l’humain réceptacle de cette énergie, en Australie. Les explications du début d’épisode sont laborieuses, bavardes et compliquées : si j’étais méchant, je dirais que ça ressemble à du Roy Thomas. Mais elles parviennent à clarifier l’enjeu : l’énergie doit être récupérée, car elle est en lien avec Galactus, à qui Korvac a dérobé une miette de pouvoir quand il est arrivé au XXe siècle.

L’énergie est envoyée dans le futur, le long de l’arbre généalogique de Korvac, s’incarnant dans plusieurs de ses descendants. C’est ainsi qu’on le retrouve au XXVIe siècle, période où agit le Thor du futur créé par Tom DeFalco au début de sa prestation sur Thor. Le scénariste n’est pas loin de son personnage, puisqu’il signe l’intrigue sur laquelle Len Kaminski rédige les dialogues. Ce sont Alec et Herb Trimpe qui assurent le storyboard et les finitions et, chose étonnante, les planches ont parfois quelques accents giffeniens, avec leurs personnages déformés et leurs crayonnés géométriques.

Les Gardiens de la Galaxie, qui peuvent voyager dans le temps, quittent donc le XXe siècle pour débouler dans le XXVIe afin d’aider Thor dans sa lutte contre un fonctionnaire nanti du pouvoir de Korvac. Les auteurs passent un peu à côté de leur sujet, avec ce super-vilain obsédé par l’ordre, l’efficacité et l’organisation, et on se serait plu à le voir transformer le monde en bureau parfaitement rangé.

XXVIe siècle pour Silver Surfer Annual #4, où les Gardiens retrouvent un Norrin Radd vieillissant, devenu protecteur de l’univers (et porteur des bracelets quantiques) sur une planète paradisiaque dont la prospérité est artificielle, puisqu’elle est due au pouvoir de Korvac, qui a sauté dans un autre hôte.

C’est la petite réussite de la saga. L’épisode est réalisé par l’équipe régulière du titre, Ron Marz et Ron Lim, qui s’y entendent pour les séquences de baston, mais qui parviennent en plus à créer une ambiance formidable, touchante, avec un adversaire incarnant parfaitement l’adage qui veut que l’enfer est pavé de bonnes intentions.

L’aventure se conclut bien entendu dans Guardians of the Galaxy Annual #1. L’énergie de Korvac s’incarne cette fois dans son père, au XXXe siècle, sa période d’origine. Valentino signe des pages d’action intéressantes, pleines d’énergie malgré ses faiblesses de dessin. Mais il se montre généreux, ce qui compense largement. L’épisode fait intervenir le Watcher (qui n’a pas pris une ride depuis dix siècles) et le nouveau Sorcier Suprême, Krugarr, cornaqué par l’Ancien, qui n’est autre qu’un Stephen Strange (lui pour le coup bien ridé).

Comme souvent chez Valentino, il profite de l’intrigue pour amener ses personnages à se poser des questions morales importantes (ici : que faire d’un Michael Korvac nourrisson, privé de ses pouvoirs mais également de son père). On reconnaît sa volonté de proposer des aventures riches en péripéties mais dans lesquelles les conséquences sont palpables.

Bref, Valentino donne une conclusion agréable à une saga foutraque qui aurait très bien pu se résumer à des épisodes plus courts. On sent un peu le remplissage, même si Marz et Lim parviennent à tirer leur épingle du jeu, comme on l’a vu quand le scénariste a présenté les Punishers du futur.

Jim

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