Je suis un peu perdu dans les différentes rééditions des Guardians of the Galaxy version Valentino, mais j’ai pris le troisième volume dans la collection « Epic », et bien m’en a pris car, si j’ai quelques doublons (notamment le cross-over « Korvac Quest »), ce tome me permet de découvrir plus avant la série. Une série d’ailleurs que nous avons évoquée plusieurs fois ici, et qui confirme ce qu’on en disait : c’est sympa, pas inoubliable, mais plutôt bien troussé avec une écriture assez classique qui s’appuie fortement sur l’usage de subplots.
Le recueil s’ouvre sur l’épisode 7, composé de deux histoires en parallèles (moitié supérieure et moitié inférieure de la planche) permettant de faire le point sur la situation. Notamment, la partie basse est consacrée à Martinex et Starhawk, dont on apprend l’évolution des pouvoirs et surtout la source de sa connaissance d’à peu près tout : il a déjà vécu plusieurs lignes temporelles divergentes, et devine les choses car il est déjà passé par-là. Sauf que la séparation avec Aleta n’aurait pas dû survenir, en tout cas pas si tôt. Ce qui laisse entendre qu’on est dans un univers rare, imprévisible (et sans doute décalé par rapport à la continuité centrale de l’univers Marvel, celle où évolue le Vance Astro des New Warriors, considérée comme une divergence, une bifurcation alternative). Ce qui octroie à Valentino une large marge de manœuvre.
Cet épisode #7 est aussi celui où apparaît Malevolence, une ennemie du groupe qui, décidément, saura accumuler son lot de super-vilaines. Le chapitre suivant montre la fragilité émotionnelle de Yondu, pourtant maître zen du groupe, et entame le rapprochement entre Aleta et Vance. Et la fin de l’épisode amorce une trilogie sur la planète Haven, celle des mutants du futur.
Les épisodes 9 à 11 voient donc les héros atterrir sur Haven et affronter la dictature de Rancor et de ses acolytes. Ces personnages sont les descendants de mutants terriens qui, dans cette continuité, ont fui la Terre afin d’échapper à la persécution incarnée par les Sentinels. Dirigés par Magnus et Wolverine, ils ont fondé une nouvelle société mais, après des générations, les mutants y ont imposé un régime autoritaire. Si je pense que l’on peut voir dans ce récit une manière pour Valentino d’explorer ce monde futur et de justifier la présence de mots comme « mutants » sur les couvertures (ça fait jamais de mal), il me semble également possible de voir dans ce récit une métaphore politique, puisqu’il décrit de quelle manière des oppressés deviennent à leur tour des oppresseurs, reproduisant les schémas dont ils ont été les victimes. C’est peut-être aussi une petite pique à la politique éditoriale de Marvel.
En plus de Rancor, la trilogie permet d’introduire une future membre du groupe, Replica, une métamorphe appartenant à la résistance sur Haven. Il nous est précisé que ce n’est pas une mutante, et sa nature réelle sera révélée plus tard. Autre moment fort, celui où le scénariste réactive le Phoenix du futur.
Jaillie d’un volcan, l’entité prend possession d’un certain Giraud, dont les longs cheveux ondulés et les idéaux pacifistes ne peuvent qu’évoquer un célèbre dessinateur franco-bege. D’ailleurs, une grande case présentant un personnage dont l’allure pourrait laisser penser qu’il appartient au même groupe que le héros d’Arzach, rendant l’hommage assez évident.
La couverture de l’épisode 12 précise que nous allons « explorer l’univers Marvel du 31e siècle ». Valentino se tient à cette promesse : on retrouve Firelord, en « protecteur de l’univers » guidé par Eon, dans le #12, et on fait la rencontre du Ghost Rider du futur, dans les #13 et 14, dans une aventure qui fait revenir l’Église de la Vérité Universelle. Le scénariste s’interroge sur l’engagement et le fanatisme (et il est peut-être aussi possible de voir dans ce diptyque un regard sur le succès du Motard Fantôme à l’époque).
L’évocation de cette église est aussi l’occasion de labourer dans les champs de Jim Starlin, et là encore Valentino ne cache pas la référence puisqu’il fait apparaître un extraterrestre créé par son illustre prédécesseur.
Suit la publication du cross-over « Korvac Quest ». Cette saga se situe légèrement dans le passé des Gardiens (mais dans le présent des Fantastiques), quelque part juste avant le début de la série de Valentino. Ce positionnement fait que la saga peut être publiée à cette hauteur de la série mensuelle ou un peu plus tôt, comme le rappelle Tsouin quand il évoque Guardians of the Galaxy by Jim Valentino tome 1.
J’aime bien cette saga, car les quatre parties ont chacune leur identité. Mention spéciale à l’Annual consacré au Surfer qui propose une approche douce amère du pouvoir absolu, là où les autres chapitres pratiquent des développements classiques, où l’omnipotent est vaincu par son propre pouvoir. Et puis, Milgrom qui essaie d’évoquer graphiquement Simonson, ça donne quelques séquences sympas.
Le recueil reprend la publication de la série mensuelle avec l’épisode 15, qui confronte directement le groupe à l’Église et à Malevolence. L’équipe affronte également Force, ce qui est l’occasion de découvrir la nature réelle de Replica, qui est une Skrull (et n’apprécie pas la présence d’un Kree au sein du groupe adverse).
Valentino pioche allègrement dans le corpus starlinien, et ses épisodes (notamment le 16, plus long et bien dense) offrent une sacrée dose d’action. En filigrane, l’auteur questionne la foi de ses personnages et sait utiliser leur ressort psychologique pour faire avancer les intrigues. Ce sont tous des solitaires, et leurs réactions face à la possibilité de trouver un semblable sont différentes. Charlie-27 qui trouve en Broadside la possibilité d’un avenir, c’est aussi la possibilité d’offrir à son groupe un autre but que celui de cogner les méchants cosmiques. C’est souvent bien joué.
Et justement, à la fin de ce long chapitre, Valentino menace de séparer le groupe. Là encore, c’est la solitude qui semble donner le rythme : Vance est bousculé au moment où il construisait une relation amoureuse, Martinex estime qu’il faut élargir l’action de l’équipe en recrutant et se propose de partir à la recherche de nouveaux équipiers… C’est là qu’intervient une tétralogie qu’on a déjà évoquée :
La lecture de ce recueil, qui me permet d’aller largement plus loin dans ma connaissance de la série, conduit à différentes remarques. Par exemple, l’écriture de Valentino, comme nous l’avons déjà remarqué, s’appuie énormément sur les subplots. Chaque épisode consacre un grand nombre de cases voire de pages à ce que deviennent les Stark, l’équipe Force, Malevolence et d’autres intervenants. De la sorte, et puisqu’il s’arrange pour faire survivre les super-vilains à l’issue de chaque confrontation, le scénariste utilise ces séquences afin de maintenir l’intérêt de ses lecteurs et, accessoirement, d’annoncer des retours tonitruants.
De là, Valentino affiche une écriture très classique, une approche assez conventionnelle de la narration feuilletonnante. Cela nécessite un grand nombre de péripéties, donc une évidente densité dans les planches (après le cross-over, ses planches sont davantage « in your face », même si ça reste bien compact). Et d’une certaine manière, cela fait de lui un auteur à l’ancienne en comparaison de ses compères avec lesquels il va bientôt fonder Image Comics. Moins décompressé, davantage concentré sur la continuité (de sa série et de l’univers), capable de gérer un grand nombre de personnages sans qu’il soit facile de savoir lequel emporte sa préférence, Valentino apparaît comme une sorte d’auteur old school, et le succès de sa série à l’époque me semble reposer sur d’autres ressorts que ceux des productions de Lee, Liefeld ou McFarlane. Son dessin est raide est maladroit, mais généreux comme ont su l’être celui d’un Trimpe ou d’un Milgrom avant lui. C’est peut-être ce souci d’en donner pour leur argent aux lecteurs qui a valu à sa version des Gardiens de se faire à ce point remarquer.
Jim










