TENTACULES (Ovidio G. Assonitis)

REALISATEUR

Ovidio G. Assonitis

SCENARISTES

Jerome Max, Tito Carpi et Steven W. Carabatsos

DISTRIBUTION

John Huston, Bo Hopkins, Shelley Winters, Claude Akins, Henry Fonda…

INFOS

Long métrage italien/américain
Genre : horreur
Titre original : Tentacoli
Année de production : 1977

Distributeur, producteur, scénariste et réalisateur à quelques occasions, le grec Ovidio G. Assonitis s’était surtout fait connaître des amateurs de bisseries obscures des années 70/80 par une série de productions très opportunistes surfant sur la vague des grands succès de l’époque. Ainsi la première réalisation du bonhomme fut une copie de L’Exorciste sortie en France sous le titre Le démon aux tripes. Le triomphe des Dents de la Mer fut également l’occasion pour lui d’apporter sa petite contribution au genre avec le Tentacules dont il est question ici.

Ovidio G. Assonitis est aussi le producteur qui alla chercher en Amérique un débutant nommé James Cameron, alors responsable des effets spéciaux sur La Galaxie de la Terreur (une production Roger Corman), pour lui confier la réalisation d’un autre sous-Dents de la Mer, Piranhas 2 : Les Tueurs Volants. Mécontent du travail de Cameron, Assonitis finira par virer le futur réalisateur de Terminator et en termina lui-même la production, mais sans retirer le nom de James Cameron du générique pour raisons contractuelles.

Dans la deuxième moitié des années 80, Ovidio G. Assonitis devint tout naturellement actionnaire et directeur général de la célèbre compagnie Cannon Films et on retrouve son nom à la production de longs métrages aux titres aussi évocateurs que Evil Train, American Ninja 4 et 5…et Lambada, le film ! Tout un programme…

Mais revenons à nos tentacules…co-production italo-américaine, le film de Ovidio G. Assonitis (qui prenait généralement le pseudonyme américanisé de Olivier Hellman, comme c’était l’usage à la grande époque du cinéma d’exploitation transalpin) fait partie de ces nombreux succédanés qui ont tenté de profiter de l’aura du chef d’oeuvre de Steven Spielberg pour engranger un maximum d’oseille (parmi lesquels on retrouve, entre autres, Piranhas, Orca, Barracuda, Les Dents d’Acier, La Mort au Large ou encore Mako : The Jaws of Death)…la pieuvre géante remplaçant les habituels requins et autres piranhas.

Pendant la deuxième moitié des années 70, la mode était aussi aux films catastrophes. Assonitis put donc recruter quelques stars américaines oscarisées afin d’assurer une légitimité internationale à son modeste thriller horrifique. Le légendaire réalisateur John Huston (Le Faucon Maltais, Moby Dick…), qui s’est souvent amusé à faire l’acteur à partir des années 60 entre deux financements de projets, incarne le journaliste Ned Turner qui enquête sur d’étranges disparitions survenues près des côtes. Shelley Winters (Le Journal d’Anne Frank, L’Aventure du Poseïdon…) est sa soeur, une divorcée qui commettra l’erreur de laisser son fils et son copain participer à une régate qui s’avérera fatale pour l’un d’entre eux.
Avec l’aide du shériff et d’un océanographe qui aime confier ses états d’âme à ses orques (Bo Hopkins, dont l’un des tout premiers rôles au cinéma fut dans La Horde Sauvage de Sam Peckinpah), Turner découvre que les disparitions sont causées par une pieuvre géante rendue folle par des vibrations électromagnétiques causées par les expériences sous-marines d’une entreprise locale.

Et c’est là qu’intervient une autre grande gloire d’Hollywood, Henry Fonda, dans le rôle du président de l’entreprise Trojan Constructions. Un Henry Fonda qui a l’air de s’ennuyer copieusement pendant ses trois maigres scènes filmées de façon très statiques. Il a ensuite été révélé que le comédien n’avait en fait assuré qu’une seule journée de tournage après la pose récente d’un pacemaker. Cette sous-intrigue tente de donner une explication rationnelle aux événements…ce qui est peine perdue, l’ensemble étant tellement mal fagoté qu’il est vain d’y chercher une quelconque cohérence.

Le scénario de Tentacules est en effet bâclé, avec un grand nombre de fils narratifs confus qui se détricotent péniblement au terme de 90 minutes bien laborieuses. Des personnages vont et viennent sans explications, comme le journaliste joué par John Huston qui s’éclipse sans dire au revoir avant le dernier acte alors qu’il avait été au centre de l’histoire dans l’heure qui a précédé.

Assonitis a eu paraît-il autant de problèmes avec sa pieuvre géante que Spielberg avec son grand requin. Mais la comparaison s’arrête là…
Le réalisateur souhaitait au début utiliser un modèle grandeur nature…qui coula à peine mis dans l’eau. Il dut donc se rabattre ensuite pour la grande majorité des scènes sur un céphalopode de taille normale qui se débat dans un aquarium avec des modèles réduits de bateau. Moments ridicules qui désamorcent tout de suite toute notion de suspense et de terreur.
Le pire survenant lors de l’attaque de la régate par le monstre…grand moment de maladresse filmée et montée n’importe comment (une vraie purge filmique absolument incompréhensible) et soulignée par une musique totalement hors-sujet (comme dans la totalité du métrage d’ailleurs, certains thèmes auraient plus eu leur place dans un western spaghetti).

Au final, un ersatz de Jaws mal réalisé et vaguement ennuyeux, même pas sauvé par sa prestigieuse distribution (John Huston livre tout de même une solide prestation)…

Je suis en train de le regarder (que voulez-vous : le Doc en parle, j’adore les films de monstres, et je suis en pleine redécouverte du cinoche fantastique des années 1970…), et effectivement, c’est un copieux navet. Y a un seul bon plan, celui de la nana qui bronze dans le bateau sans se rendre compte que ce dernier subit une forte houle assez inexplicable. Et encore, le réalisateur trouve le moyen d’en faire un “hommage” aux Dents de la Mer, et de foutre en l’air l’originalité de son cadrage.
La musique trouve le moyen d’être absente, avec une seule portée jouée de manière sempiternelle sans créer d’ambiance ni participer à la tension.
(Allez, je suis méchant : le travelling sur la foule silencieuse face aux bateaux qui rentrent au port bredouille, c’est pas mal, la musique est un peu incongrue mais bizarrement ça fonctionne pas si mal pour marquer la solitude et le deuil, comme si les choses n’avaient pas de sens… oui oui, je suis indulgent, en soirée)

Encore un film qui confirme ce que je dis toujours : pour paraphraser le Colonel Trautman, le Doc pourrait voir des films qui ferait vomir un bouc !

Jim

Héhéhé…:wink:

Finalement, de tous les rip-off des Dents de la Mer, mon préféré reste le Piranhas de Joe Dante. Je garde aussi un bon souvenir d’Orca mais ma dernière vision remontant à une quinzaine d’années, il faudrait quand même que je le revois un jour pour me rafraîchir la mémoire…

Il y a quelque temps, j’avais parlé ici de Grizzly, le Monstre de la Forêt, où c’est un ours qui remplace le requin…

En matière d’ours, il y a Prophecy, la seule incursion, à ma connaissance, de Frankenheimer dans le domaine du fantastique. C’est vraiment très sympa, avec le discours social / écolo de l’époque, qui tourne encore très bien à mon goût. Je sais pas si on en a parlé ici.

Jim

Je sais pas si on en a parlé ici.

Merci : j’avais le vague souvenir de l’avoir évoqué, mais bon, j’ai du mal à naviguer ici, et puis avec tous les trucs que je raconte, hein… Je savais aussi que tu retrouverais la trace de ça.

Jim