HARLEQUIN (Simon Wincer)

REALISATEUR

Simon Wincer

SCENARISTE

Everett De Roche

DISTRIBUTION

Robert Powell, David Hemmings, Carmen Duncan, Mark Spain, Broderick Crawford…

INFOS

Long métrage australien
Genre : drame/fantastique
Année de production : 1980

Après le succès de Pique-Nique à Hanging Rock de Peter Weir en 1975, le cinéma de genre australien connaît un renouveau qui durera une bonne dizaine d’années. Parmi les maîtres d’oeuvre de ce mouvement qui se caractérise par la puissance et l’originalité de ses différents traitements, on retrouve notamment le producteur Antony Ginanne, à qui l’on doit par exemple Le Survivant d’un Monde Parallèle (d’après le roman de James Herbert) et des classiques comme Patrick et Les Traqués de l’An 2000. L’un des scénaristes phares de cette période est Everett De Roche, auteur formé à la télévision, qui a écrit notamment Patrick, Long week-end, Snapshot, Link et le Razorback de Russell Mulcahy.
Le producteur et le scénariste ont également travaillé ensemble sur le très étrange et hypnotique Harlequin, l’une des premières mises en scène de Simon Wincer, futur réalisateur de Sauvez Willy et du Fantôme du Bengale dans les années 90.

L’homme politique Nick Rast est obsédé par sa carrière. La mort par noyade d’un sénateur pourrait même le propulser plus rapidement que prévu dans les plus hautes sphères du pays. Il va même jusqu’à négliger son épouse Sandra, qu’il trompe avec une attachée de presse, et son fils Alex, gravement atteint par une leucémie. Un étrange personnage, qui se fait appeler Gregory Wolfe, fait alors son apparition au sein de la famille Rast et guérit la maladie incurable dont souffre le petit garçon. Wolfe se rapproche de Sandra et Alex, alors que Nick, préoccupé par les remous politiques du pays et les machinations de ses élus, s’en éloigne inexorablement…

La scène qui ouvre Harlequin s’inspire d’une histoire vraie survenue en Australie en 1967 : la mystérieuse disparition (une noyade présumée) du Premier Ministre Australien. Moment déclencheur d’une course au pouvoir qui précipitera, dans le film, une famille dans la tourmente.
Brillamment campé par le britannique Robert Powell (Le survivant d’un monde parallèle), Gregory Wolfe, le magicien/guérisseur/mystificateur de Harlequin, est inspiré de deux personnages : Grigori Raspoutine, le “Moine Fou”, et l’Arlequin de la Comedia Dell’Arte. Comme Raspoutine, Gregory s’introduit dans une famille influente, en sauve (apparemment) l’enfant et devient l’un des éléments qui en causeront la chute. Comme l’Arlequin, il a de multiples facettes.
Et avec son excentrique garde-robe, le bonhomme venu d’ailleurs a aussi des faux airs de David Bowie…

Les références à l’histoire de Raspoutine sont décelables tout au long du récit : ainsi Nick Rast évoque Nicolas II, Tsar de Russie, indécis et peu préparé à assumer ses fonctions. Traits de caractères qu’on retrouve dans le portrait du politicien interprété par David Hemmings (Les Frissons de l’Angoisse).

Entre drame familial, thriller politique et fable surnaturelle, Harlequin surprend par son ambiance trouble, ses constantes ruptures de ton, son faux-rythme qui convient bien à une histoire pleine de faux semblants. Le récit évolue sans cesse entre fantastique et pragmatisme, lorsque les agissements de Gregory sont remis en question par l’organisation qui contrôle la montée au pouvoir de Nick Rast. Gregory est-il un vrai magicien, un véritable guérisseur ou n’est-il qu’un gourou, un arnaqueur qui a pris le jeune fils Rast sous son aile, un manipulateur au pouvoir de persuasion tel qu’il révèle les désirs cachés de chaque membre de la famille Rast ?

Harlequin est un long métrage nimbé de mystère, et cela même alors que le générique de fin défile à l’écran. Ce qui pourrait se révéler frustrant (puisque toutes les questions n’obtiennent pas nécessairement une réponse) ne fait que renforcer son aura particulière, qui suscite constamment l’interrogation du spectateur.

Le film n’est certes pas sans défauts…les effets spéciaux sont par exemple terriblement datés, ce qui amoindrit l’impact de certaines scènes, et le supplice réservé à la bonne de la famille Rast, volontairement horrifique, détonne par rapport à l’atmosphère générale (un moment choc concédé pour une pelloche qui joue plus sur la suggestion ?). Mais ces réserves s’effacent devant l’efficacité de ce film fantastique singulier, très bon représentant d’un étonnant cinéma de genre australien.

Que je viens enfin de voir, et… comment dire ?… Quel drôle de film.

Jim

J’adore ce film, même si j’ai une légère préférence pour “La Dernière Vague” du même Peter Weir. Un film étrange, oui, envoûtant et mystérieux.
“Pique-Nique à Hanging Rock” a également fait l’objet d’une adaptation en mini-série télévisée l’année dernière, avec la troublante Natalie Dormer dans un des rôles principaux… Pas encore vu, mais je ne saurais tarder à combler cette lacune.