INFERNO (Dario Argento)

mario-bava
dario-argento

(Le Doc) #1

V1_SY1000_CR0,0,666,1000_AL

REALISATEUR & SCENARISTE

Dario Argento

DISTRIBUTION

Leigh McCloskey, Irene Miracle, Eleonora Giorgi, Alida Valli, Daria Nicolodi, Ania Pieroni…

INFOS

Long métrage italien
Genre : horreur
Année de production : 1980

Sorti trois ans après l’excellent Suspiria, Inferno est le deuxième volet de ce qui a été appelé rétrospectivement La Trilogie des Enfers (ou aussi La Trilogie des Trois Mères). Le troisième et dernier film, Mother of Tears - La Troisième Mère, a été réalisé tardivement en 2007 (pour un résultat décevant), car Dario Argento voulait passer à autre chose après l’échec de Inferno. Contrairement à Suspiria, Inferno a en effet été assez mal reçu à l’époque et la Fox, qui devait distribuer le film sur le territoire américain et à l’international (et qui a contribué financièrement suite au succès de Suspiria aux Etats-Unis), a sabordé sa carrière en ne lui accordant qu’une exploitation limitée. Dario Argento ne garde pas non plus un très bon souvenir du tournage d’Inferno, et ça se comprend vu qu’il a du le mettre en scène alors qu’il souffrait d’une sévère hépatite.

Le concept de base de cette trilogie est librement inspiré par la lecture du Suspiria de Profoundis de l’essayiste anglais Thomas de Quincey (1845) et particulièrement par le passage où l’auteur évoque un rêve dans lequel interviennent trois sœurs : Mater Suspiriorum (la Mère des Soupirs), Mater Lachrymarum (La Mère des Larmes) et Mater Tenebrarum (La Mère des Ténébres). Avec celle qui était alors sa compagne et son actrice fétiche, Daria Nicolodi (la mère d’Asia), Dario Argento a eu l’idée de faire des Trois Mères une trinité de sorcières qui, de leurs demeures qui sont des extensions de leurs pouvoirs (les maisons sont très importantes dans ces histoires), “dirigent le monde, dans la douleur, les larmes et les ténèbres”.

Mater Suspiriorum, la Mère des Soupirs, la plus âgée des trois, se trouve à Fribourg (et comme son nom l’indique, elle au centre de l’histoire de Suspiria). Mater Lachrymarum, la mère des Larmes, la plus belle des Trois Soeurs, dirige Rome. Elle apparaît d’ailleurs plusieurs fois dans le premier acte d’Inferno, dans les scènes qui prennent place en Italie. La belle Ania Pieroni (à la très courte carrière…ses trois films les plus connus sont tous dans le genre horrifique, Inferno et Ténèbres de Argento et La Maison près du Cimetière de Lucio Fulci) lui prête son regard troublant.

Mater Tenebrarum, la Mère des Ténèbres, la plus jeune et la plus cruelle de toutes (ce que le déroulé des événements confirme à plusieurs reprises), contrôle New-York et malheur à ceux qui pénètrent dans l’hôtel que lui a construit l’architecte Varelli…

Comme pour Suspiria (j’en avais déjà parlé dans ma chronique), et même si c’est ici à moindre dose, l’influence des contes des vieux contes populaires se fait sentir dans Inferno. Les deux principaux protagonistes, frère et soeur incarnés par le fade Leigh McCloskey et la jolie Irene Miracle, ont ainsi parfois été comparés à Hansel et Gretel…des Hansel et Gretel prisonniers d’une sorcière dans une maison maléfique et labyrinthique. Cette maison fait partie de ces décors qui ont leur importance et leur vie propre et comme souvent chez Argento, un grand soin lui a été apporté.

Inferno fait partie pour moi de ces films qui échappe à toute tentative de résumé. Dès que les différents personnages ont en main le livre sur les Trois Mères ou pénètrent dans l’hôtel new-yorkais, ils se retrouvent carrément “derrière le miroir”, dans un autre monde, un véritable cauchemar surréaliste, baroque et violent qui défie la logique (le héros masculin se traîne d’ailleurs un regard hébété jusqu’au dernier plan). Inferno, c’est un trip onirique et morbide, aux images chocs étonnantes et parfois improbables (la scène de la cave inondée, la mise à mort de l’antiquaire…), impression renforcée par le travail brillant sur les couleurs.

Je l’ai mentionné plus haut, Dario Argento est tombé malade pendant une grande partie du tournage…et il a pu compter sur un renfort de poids, le grand Mario Bava (je ne vais pas mettre tous les liens, une quinzaine de ses fims ont été chroniqués dans le Ciné-Club). Grand admirateur de Bava, Argento lui avait demandé de s’occuper des effets spéciaux de Inferno et le maestro a fini par occuper différents postes, dont réalisateur de seconde équipe, ce qui fait que plusieurs plans portent sa signature. Inferno est le dernier long métrage sur lequel a travaillé Mario Bava, puisqu’il est décédé en 1980.

S’il n’a pas la force de Suspiria, Inferno n’en reste pas moins un long métrage fascinant et je suis bien d’accord avec le terme de “poème macabre” qui lui a souvent été accolé. Je reste par contre plus réservé sur la bande originale, que je trouve beaucoup trop outrée (et qui a assez mal vieillie). Dario Argento avait collaboré cette fois-ci avec le rocker progressif Keith Emerson, pour un résultat nettement moins intéressant que le travail du groupe Goblin.


(Photonik) #2

Je partage ce constat : cette BO a sacrément pâti du poids des ans. J’en aime certains moments, comme ce morceau un peu plus “rock” et endiablé, avec un chant féminin qui égrène le nom des Trois Mères (un morceau qui sonne pourtant pas terrible), mais globalement le score est à côté de la plaque…

Pour le reste, même si comme toi je préfère évidemment “Suspiria”, je reste très fan de ce film, visuellement à tomber par terre, et au script si étrange qu’il en devient fascinant : on dirait que le film change de personnage principal tous les quarts d’heure, par exemple. Le fait que les personnages (et leur “profondeur”) semble totalement sacrifiés peut sembler rédhibitoire, mais ça c’est un élément presque constitutif du style d’Argento : il a souvent décrit ses personnages comme “abandonnés”, livrés à eux-mêmes, telles des marionnettes soumises au jeu aveugle d’un Démiurge cruel ; ça marche pas mal, sur ce film-là en tout cas (sur les films ultérieurs, plus vraiment).
Il me semble que c’est peut-être ce film (avec les deux précédents, mais peut-être dans une moindre mesure) qui est le plus commenté en dehors du cercle des Argentophiles ou des amateurs de cinoche de genre au sens large. Serge Daney a écrit un texte très intéressant à son sujet (dans son recueil “Devant la recrudescence des vols de sacs à main”, si je ne m’abuse), et le philosophe Mehdi Belhaj Kacem a souvent proclamé son amour pour ce film (il est intarissable sur la scène de la cave inondée, un traversée du miroir symbolique absolument incroyable sur le plan visuel, il faut bien le reconnaître).

Il y a des moments scotchants dans “Inferno”, souvent ceux qui s’appuient le plus sur l’irrationnel le plus échevelé (avec un des meurtres les plus étonnants de la filmo d’Argento, celui avec le vendeur de hot-dogs…) ; parmi les points faibles évidents, la fadeur du premier rôle masculin (Leigh McCloskey, vu dans “Dallas”) se pose un peu là, en effet.


(Oncle Hermes) #3

Je ne peux qu’approuver la description du Doc, et j’ajoute que c’est cette dimension de poème visuel, de pure fantasmagorie, qui pour moi fait tout le prix de ce film – qu’il ne faudrait pas trop me forcer pour que je désigne comme le chef-d’œuvre d’Argento. J’ai beau admirer Suspiria, j’avoue que je ne peux, pour ma part, m’empêcher de lui préférer, aussi bien son prolongement direct dont il est question ici, que son faux remake pervers, le plus tardif Phenomena, mais ceci est une autre histoire.

Je me permets de m’auto-citer en copiant ici ce que j’avais écrit, ailleurs, il y a quelques années :


(Photonik) #4

Tu décris très bien le feeling du film, et ce qui en fait le prix effectivement.

Ceci dit, s’il est vrai que “Inferno” va plus loin en la matière, cette touche (ou louche, plutôt) d’irrationnel était déjà présente dans “Suspiria”. Et persistera dans “Ténèbres”…

Je garde un très bon souvenir de “Phenomena”, mais il fait partie des Argento que je n’ai vus qu’une fois. Peut-être que le Doc mijote un post dessus…? :wink:
Je pense de mon côté que je ne vais pas tarder à faire un sort à son “Opera”, qui vient de ressortir en Blu-Ray…


(Le Doc) #5

Cela faisait très longtemps que je n’avais pas revu le film et si certains passages étaient restés gravés dans ma mémoire (la cave inondée; la mort de la soeur, avec ces mains de tueur qui sont toujours celles du réalisateur…), j’avoue que j’avais oublié celui du vendeur de hot-dog…à tel point que j’en ai sursauté dans mon fauteuil…:wink:


(Le Doc) #6

Il y aura en effet des chroniques sur 2 ou 3 autres films de Dario Argento prochainement…peut-être pas ce mois-ci mais très bientôt…^^