L'ESPION QUI VENAIT DU SURGELE (Mario Bava)

REALISATEUR

Mario Bava

SCENARISTES

Giuseppe Moccia, Franco Castellano, Louis M. Heyward et Robert Kaufman, d’après une histoire de James H. Nicholson et une idée de Fulvio Lucisano

DISTRIBUTION

Vincent Price, Fabian, Franco Franchi, Ciccio Ingrassia, Laura Antonelli…

INFOS

Long métrage italien/américain
Genre : aventures/comédie/science-fiction
Titre original : Le spie vengono dal semifreddo
Année de production : 1966

L’un des plus gros succès de Mario Bava (Le Masque du Démon, Le Corps et le fouet, Les trois visages de la peur…et plein d’autres pelloches chroniquées dans ces colonnes) au box-office italien est aussi le plus mauvais film du Maestro (opinion partagée par Bava lui-même et Vincent Price). Le spie vengono dal semifreddo (Dr Goldfoot and the Girls Bomb aux U.S.A., L’espion qui venait du surgelé en France) est un film de commande, que Bava a du accepter (non sans réticences) de tourner pour respecter son contrat avec Fulvio Lucisano, le producteur du plus inspiré La Planète des Vampires, à qui il devait encore un film. Cette parodie, genre dans lequel Bava n’était pas vraiment à son aise, a marqué aussi la fin d’une année chargée pour le réalisateur qui venait d’enchaîner 4 longs métrages d’affilée…

Dans les années 60, la James Bond-mania battait son plan. De nombreux sous-James Bond sont apparus sur grand écran et l’univers du personnage créé par Ian Fleming a fait l’objet de nombreuses déclinaisons, notamment parodiques. En 1965, James H. Nicholson, le président de American International Pictures (une société spécialisée dans la série B…et dont le nom apparaît dans pratiquement tous les films de Roger Corman chroniqués dans le ciné-club), a eu l’idée d’un spoof bien particulier en mêlant film d’espions à la James Bond et “film de plage” (un sous-genre populaire depuis le succès de Beach Party en 1963).
Le résultat fut Dr Goldfoot and the Bikini Machine, dans lequel le grand Vincent Price (alors plus habitué aux adaptations d’Edgar Poe de Roger Corman) campe un savant fou qui fabrique une armée de femmes robots qu’il envoie séduire les hommes les plus importants afin de les escroquer.

Je ne l’ai pas encore vu, mais il se dit que Dr Goldfoot and the Bikini Machine fait partie des inspirations de la série des Austin Powers de Mike Myers.

Dr Goldfoot and the Bikini Machine fut un échec en Amérique, mais il rapporta pas mal d’argent en Europe, et plus précisément en Italie. Le producteur Fulvio Lucisano proposa alors à James H. Nicholson de co-financer une suite et d’en faire un véhicule pour le duo comique Franco & Ciccio, les Abbott & Costello italiens, qui venaient de triompher inexplicablement dans une autre parodie de Bond, Two Mafias Guys vs Goldinger. Les deux gugusses n’en étaient d’ailleurs pas à leur première dans le genre puisqu’ils étaient déjà à l’affiche en 1964 de 002 : Agenti Segretissimi sous la direction d’un certain Lucio Fulci (pour qui Franco & Ciccio n’étaient que des “horribles copies de Laurel et Hardy”…ouch !).

Dans L’Espion qui venait du surgelé, le Dr Goldfoot est donc de retour et a cette fois-ci transformé ses filles robots en bikini en bombes ambulantes qui explosent quand on les embrasse. Son plan est de conquérir le monde en éliminant les principaux dirigeants militaires de chaque pays. Aussi saugrenue soit-elle, cette idée est perverse : Goldfoot se sert de l’appétit sexuel de ses victimes, qui ne peuvent résister à ces beautés en petite tenue, pour les amener à leur mort dans des orgasmes explosifs. Sur sa route vont se dresser deux apprentis agents secrets complètement bouffons.

Avec un Bava un peu plus investi…et un scénario mieux écrit (six noms sont crédités au générique de cette…chose), cela aurait même pu donner un résultat intéressant…mais Bava n’en avait visiblement rien à faire…et l’ensemble est de toute façon plombé par son affligeant duo vedette.

Je ne connaissais pas Franco & Ciccio et ce n’est certainement pas ce nanar abêtissant qui m’a donné envie de fouiller dans leur filmographie. Humour slapstick régressif (et qui a oublié d’être drôle), grimaces en pagaille, gags visuels outrageusement datés…ces 80 très longues minutes ne sont qu’un catalogue de singeries débiles, fatigantes et répétitives. Vincent Price a les meilleures répliques mais il ne peut sauver ce naufrage à lui tout seul.
Je n’ai également pas retrouvé la maestria de Bava (le traitement des couleurs est loin de sa flamboyance habituelle), qui se rattrapera deux ans plus tard avec sa géniale fantaisie pop-art Danger : Diabolik !

À noter qu’il existe deux versions de L’Espion qui venait du surgelé : l’italienne (celle chroniquée ici) et l’américaine (supervisée par AIP) qui propose un montage complètement différent. Plus courte de 5 minutes (tout en intégrant des scènes écartées du montage italien), la version U.S. se concentre sur le personnage du Dr Goldfoot et réduit Franco & Ciccio à des rôles secondaires.
Pas sûr que ça en fasse un meilleur film pour autant…

Pourtant gros fan de Bava, je ne l’ai jamais vu celui-là… mais à te lire, je ne le regrette pas. :wink:

Dès que je peux regarder un Bava que je n’ai pas encore vu, je saute sur l’occasion…même si le film a la réputation d’être la plus grosse casserole de sa filmo… :wink:

L’Espion qui venait du surgelé est en ce moment visible en streaming sur le site Arte Cinema, dans le cadre d’une programmation spéciale nanar. Il y a aussi Robot Monster, déjà chroniqué dans ces colonnes, et un film mexicain dont le titre est tout un programme…