L'ÎLE DE L'EPOUVANTE (Mario Bava)


(Le Doc) #1

V1

REALISATEUR

Mario Bava

SCENARISTE

Mario di Nardo

DISTRIBUTION

William Berger, Ira von Fürstenberg, Edwige Fenech, Howard Ross, Maurice Poli…

INFOS

Long métrage italien
Genre : thriller/horreur
Titre original : 5 bambole per la luna d’agosto
Année de production : 1970

Un inventeur dont la formule révolutionnaire fait l’objet de nombreuses convoitises est invité avec sa femme à passer un week-end sur une île, dans la villa d’un riche industriel. L’entrepreneur a également convié certains de ses concurrents et leurs épouses, mais les discussions sont bouleversées lorsque les personnes présentes sont tuées les unes après les autres…

Une île isolée…des personnages à la moralité douteuse…des morts mystérieuses…si ce court résumé du synopsis rappelle Les Dix Petits Nègres d’Agatha Christie, ce n’est pas une coïncidence puisque le projet 5 Bambole per la luna d’agosto a débuté comme une variation sur le roman de la “Reine du Crime”. Mais Mario Bava, qui n’avait pas réalisé de long métrage depuis Danger : Diabolik ! en 1968 avant d’accepter cette commande, n’était pas satisfait du script de Mario Nardo et l’a en partie réécrit (sans être crédité) mais sans jamais vraiment trouvé l’étincelle pour le faire fonctionner. D’ailleurs, Bava a toujours parlé de L’Île de l’Epouvante comme de l’un de ses plus mauvais films…et je partage l’avis du maestro…

Les habitués de ces colonnes savent à quel point j’adore le cinéma de Mario Bava. Les longs métrages qu’il a réalisés dans les années 60 font presque tous partie (oui presque, parce qu’il y a aussi L’espion qui venait du surgelé) du haut du panier de la grande époque du cinéma de genre italien, du chef d’oeuvre Le Masque du Démon à l’explosion pop qu’est Danger : Diabolik (chroniqué par Photonik) en passant par ces classiques de l’horreur et du giallo que sont Les Trois Visages de la Peur, Le Corps et le Fouet et Six Femmes pour l’Assassin (chroniqué par Marko). Mais même les plus grands ont leur passage à vide et L’Île de l’Epouvante ne fait pas partie de ces films de commande que Bava a su tirer vers le haut…

C’est quand même Bava derrière la caméra et il y a donc comme souvent de très intéressantes idées de mise en scène (excepté les zooms et les dézoomages qui font vomir…ce n’est pas la première fois que le réalisateur utilise cet effet mais là il en use et en abuse d’une telle façon que cela devient risible) et des plans étonnants. Malgré le très maigre budget, la production est soignée et le travail sur les couleurs fait que l’ensemble reste accrocheur visuellement parlant…ce qui ne sauve pas L’Île de l’Epouvante de l’ennui…

L’histoire est laborieuse et de plus en plus incohérente (surtout dans sa dernière ligne droite) et le suspense est inexistant. Les morts sont nombreuses mais elles se déroulent toutes hors-champ. Je n’ai rien contre un peu de suggestion dans la représentation des mises à mort, mais ici elles manquent absolument toutes d’impact. Les personnages masculins sont interchangeables et seules ces dames (des beautés comme l’italienne Ira Von Fürstenberg et la française Edwige Fenech) font une meilleure impression. La caractérisation reste limitée, les principales préoccupations de tout ce beau monde ne tournant qu’autour de leur train de vie décadent.

L’Île de l’Epouvante est donc un whodunit décevant, mais en plus des quelques qualités formelles soulignées plus haut, je retiens quand même un certain sens de l’humour noir particulièrement tordu (c’est le genre de film où les protagonistes stockent leurs morts dans une chambre froide et repartent presque en haussant les épaules…une sorte de “running-gag morbide” qui est plutôt bien amené). Mais c’est bien peu…


(Photonik) #2

Idem en ce qui me concerne, je partage ton avis ainsi que celui de Bava.
C’est probablement le Bava le plus faible que j’ai vu (certainement parce que je n’ai pas vu “L’Espion qui venait du surgelé”…), mais je serais un chouïa (mais vraiment un chouïa, alors) moins sévère que toi, du fait de mon attachement irrationnel et viscéral au genre “giallo”. Malgré ça, je ne peux que partager ton constat par ailleurs : le film souffre de ces réécritures intempestives et officieuses que tu évoques, sans l’ombre d’un doute, et si Bava assure toujours en termes de mise en scène, on est loin ici en effet de ses réalisations les plus inspirées (pas de séquence sidérante qui viendrait sauver le film dans son ensemble ici).

Tiens, j’ignorais qu’Edwige Fenech était française à la base ; je la croyais italienne d’origine (elle l’est maintenant, ayant été naturalisée).