EVIL DEAD 2 (Sam Raimi)


(Le Doc) #1

V1

REALISATEUR

Sam Raimi

SCENARISTES

Sam Raimi et Scott Spiegel

DISTRIBUTION

Bruce Campbell, Sarah Berry, Dan Hicks, Denise Bixler, Ted Raimi…

INFOS

Long métrage américain
Genre : horreur/comédie
Année de production : 1987

L’idée d’une suite à Evil Dead avait germé dans l’esprit de Sam Raimi à l’époque de la production du premier volet…et déjà à ce moment-là, le réalisateur et scénariste voulait projeter son héros Ash Williams à travers un portail temporel et l’envoyer combattre les forces du mal en plein Moyen-Age (ce qui est finalement devenu le cadre de Evil Dead 3 : L’Armée des Ténèbres, faute de budget pour concrétiser ces plans dans le numéro 2). Le producteur et distributeur Irvin Shapiro, dont l’influence a été très importante pour le premier film (c’est d’ailleurs lui qui a suggéré le titre Evil Dead), aurait bien voulu que les jeunes talents venus du Michigan enchaînent sur la suite, mais Sam Raimi a d’abord voulu tenter sa chance avec un studio, et le résultat fut le savoureux cartoon live Mort sur le Gril, sur un scénario des frères Coen…un très bon film, mais une expérience désagréable pour Sam Raimi, Bruce Campbell et leur bande et qui s’est soldée par un échec cinglant au box-office.

Il fut donc alors décidé de retourner dans cette cabane au fond des bois, lieu désolé en proie à l’horreur suite à la lecture des incantations du Necronomicon, le livre des morts. Grâce au soutien de Stephen King, grand fan de Evil Dead, Sam Raimi a pu trouver le financement nécessaire pour le second chapitre auprès de Dino de Laurentiis, le mogul italien qui accepta de produire le film à hauteur de 3,6 millions de dollars. Ce qui reste un budget serré, même si cela représentait tout de même une étape supérieure après les 350.000/400.000 dollars du premier film. Pour l’anecdote, Dino de Laurentiis ne pouvait pas distribuer de films interdits aux moins de 17 ans via sa compagnie DEG…une sous-structure appelée “Rosebud Releasing” a donc du être spécialement créée pour sortir Evil Dead 2

La trilogie Evil Dead n’est pas une série qui se distingue par une continuité fermement établie entre chaque épisode. Mais pour ce qui est des éléments qui mènent du premier au deuxième film, la raison des changements fut principalement d’ordre contractuelle. Sam Raimi voulait débuter Evil Dead 2 par une récapitulation des événements précédents, mais il n’a pu utiliser des images du premier long métrage, dont les droits étaient alors détenus par New Line.
Raimi fut donc obligé de retourner une partie de l’histoire originale, mais en réduisant les personnages au nombre de deux (c’est moins cher), Ash et sa petite amie Linda. Ce qui donne à Evil Dead 2 son statut de suite/remake : les 10 premières minutes sont, grosso modo, un remake de Evil Dead et Raimi et son compère co-scénariste Scott Spiegel ont ensuite pu embrayer en faisant subir un sacré calvaire à leur pote Bruce “Ash” Campbell.

Si Evil Dead 2 marque le virage de la saga vers la comédie horrifique, l’histoire ne manque pas pour autant de moments de grande tension. C’est le cas de ces passages au début du récit où Ash tente de se libérer de l’influence des forces démoniaques et lorsqu’il essaye de fuir ce coin reculé de la forêt pour se rendre compte qu’il n’y a pas d’échappatoire possible. Le sort de Ash se fait tragique et de retour dans la cabane, débute alors un véritable festival Bruce Campbell qui donne de sa personne dans une suite de scènes survoltées et déjantées où le goût des auteurs et de l’acteur pour le slapstick et les délires presque surréalistes explose littéralement.

Au fur et à mesure de cette nuit qui n’en finit pas, les épreuves que traversent Ash achèvent sa métamorphose, marquée par l’apparition des éléments iconiques (la main coupée, la tronçonneuse, le fusil) qui finiront par faire de lui un véritable guerrier…malgré lui. Ce qui passe aussi par des phases de pure démence où le héros manque de perdre l’esprit…la géniale scène des rires de la cabane, où tous les objets inanimés se fichent de lui, est un pur moment de folie cartoonesque et un grand moment de réalisation dans un film qui déborde d’idées de mise en scène virtuoses.

Ash est bientôt rejoint par deux couples, dont fait partie la fille des Knowby, les précédents propriétaires de la cabane et responsables de la découverte et de la traduction du Necronomicon. Annie Knowby détient la clé pour arrêter ce cauchemar, mais les esprits maléfiques ne comptent bien évidemment pas se laisser faire…

Servie, entre autres choses, par une excellente mécanique comico-horrifique, des maquillages croustillants et un joli travail sur les maquettes, Evil Dead 2 fait partie de ces suites “montagne russe” dont les aspects les plus outranciers assurent un spectacle jouissif, plaisir renouvelé à chaque vision !

evil-dead-2-hand


(Photonik) #2

Des fois, en exagérant un peu, je reprends à mon compte la maxime des héros du “High Fidelity” de Nick Hornby, à savoir que “Evil Dead 2” est le plus grand film de tous les temps. A tout le moins (et de façon plus pondérée), voilà la réussite absolue en matière de comédie horrifique. Si Sam Raimi n’invente pas la recette avec ce film, il en livre en tout cas le mètre-étalon.
J’aime revoir ce film à intervalles réguliers ; contrairement à beaucoup de péloches, il ne prend pas une ride au fur et à mesure des multiples revisionnages. Parfaitement équilibré, tant dans la bascule entre les différentes tonalités qu’au niveau de sa structure, “Evil Dead 2” pue la maîtrise à plein nez et justifie à lui seul le principe de la séquelle (qu’il n’est pas tout à fait). Le film est bien moins con qu’il n’y paraît dans sa narration du voyage du héros, littéralement, et Bruce Campbell a bien raison de rappeler à quel point les travaux de son homonyme, le mythologue Joseph Campbell, auront eu leur importance dans la genèse des aventures de Ash.
On aurait du mal à lister les nombreuses inventions formelles/techniques de Raimi, qui reprend à son compte le principe de la “caméra prima donna” chers à certains de ses confrères surdoués des seventies (De Palma et Argento en tête), et qui va alimenter ses successeurs pour les trente années à venir (Tsukamoto, entre autres, paiera son tribut aux délirantes visions de Raimi en quelques occasions).
Un putain de film, un authentique chef-d’oeuvre, appréciable je crois même par les personnes extérieures au genre, tant sa virtuosité presque wellesienne (“le style qui attire l’attention sur le style”, dirait Martin Scorcese) crève les yeux.