LE CAUCHEMAR DE DRACULA (Terence Fisher)

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REALISATEUR

Terence Fisher

SCENARISTE

Jimmy Sangster, d’après le roman de Bram Stoker

DISTRIBUTION

Peter Cushing, Christopher Lee, Michael Gough, Melissa Stribling…

INFOS

Long métrage britannique
Genre : horreur
Titre original : Dracula (UK) / Horror of Dracula (US)
Année de production : 1958

Dans les années 50, le cinéma de genre américain s’était tourné vers de nouvelles menaces, venant de l’espace ou issues de la peur du nucléaire (et du communisme aussi). Mais les grands monstres ne meurent jamais et c’est un studio anglais qui allait de nouveau les imposer pour de nouvelles générations de spectateurs, le Technicolor flamboyant de la Hammer remplaçant le noir et blanc des grands classiques de la Universal. Tout a commencé avec le succès de Frankenstein s’est échappé de Terence Fisher en 1957, avec la première réunion de ces deux grands gentlemen de l’horreur qu’étaient Peter Cushing (Frankenstein) et Christopher Lee (la créature). Une suite a rapidement été commandée (La Revanche de Frankenstein), mais juste avant (car les tournages s’enchaînaient très vite), ce fut au tour de Dracula de renaître sur grand écran, dix ans après sa dernière apparition sous les traits de Bela Lugosi dans la comédie Deux Nigauds contre Frankenstein.

Comme on ne change pas une équipe qui gagne, on retrouve au générique du Cauchemar de Dracula une grande partie de ceux qui ont travaillé sur Frankenstein s’est échappé, dont le réalisateur Terence Fisher, le scénariste Jimmy Sangster, le directeur de la photographie Jack Asher, James Bernard à la musique et bien entendu Peter Cushing et Christopher Lee en têtes d’affiche. Mais malgré le succès de Frankenstein s’est échappé, le financement n’a pas été simple et les discussions entre la Universal et la Hammer concernant les droits du personnage et n’ont été finalisées qu’après la fin du tournage. Le budget fut donc assez modeste (environ 80.000 £) et c’est ce qui a dicté les choix pris par Jimmy Sangster pour son scénario.

Le Cauchemar de Dracula déroule en effet une version très « condensée » du chef d’oeuvre de Bram Stoker. On commence par des éléments connus, comme l’arrivée de Jonathan Harker au château Dracula, sa rencontre avec le comte, mais très vite les différences montrent le bout de leur nez : ce Jonathan Harker n’est pas notaire mais bibliothécaire et il est ici pour de fausses raisons car il est le partenaire du docteur Van Helsing dans sa lutte pour débarrasser le monde du fléau du vampirisme. Sa décision d’affronter Dracula seul va pourtant s’avérer fatale…

Sangster reprend quelques grandes lignes du roman, tout en redistribuant certains rôles (Lucy est la fiancée de Jonathan Harker et pas Mina par exemple) et en écartant des protagonistes (ici pas de Renfield ou de Quincey P. Morris) pour se recentrer sur un petit groupe. Pas de voyage en mer également, les déplacements se font uniquement par route et en calèche. Je ne vais pas recenser tous les changements, ce n’est pas le but, mais à une ou deux exceptions près, ils sont dans l’ensemble plutôt bien pensés et si elle prend beaucoup de libertés, cette adaptation du roman est aussi concise qu’efficace. L’atmosphère est superbement travaillée, aidée en cela par l’excellent travail de Jack Asher à la photographie et la partition idéalement sinistre de James Bernard.

Crédité en première place dans le générique, Peter Cushing n’apparaît pas avant une bonne vingtaine de minutes (et le film en dure à peine 80). Excellent dans le rôle du Dr Van Helsing (il reste d’ailleurs mon interprète préféré de l’éternel ennemi de Dracula), Cushing est aussi à l’aise dans la réflexion que dans l’action (voir le bondissant et frénétique affrontement final). L’équipe des chasseurs de vampires est ici réduite à deux membres, Michael Gough (autre comédien emblématique de cet âge d’or du cinéma horrifique britannique) incarnant Arthur Holmwood avec cette touche théâtrale appuyée qui caractérisait souvent ses compositions.

Et il y a Christopher Lee, dont les apparitions, mises bout-à-bout, ne doivent pas dépasser les 10 minutes. Mais quelle présence ! Le Dracula de la Hammer n’était pas très loquace (dans Le Cauchemar; il n’adresse la parole qu’à Jonathan Harker au début du métrage), mais sa stature, son élégance, son animalité et son jeu dangereux de séduction (l’érotisme sous jacent est bien présent dans les scènes avec Lucy, ce qui le différencie d’emblée de la version de Bela Lugosi) ont rendu Christopher Lee indissociable du mythe…même si cet amoureux du livre de Stoker s’est ensuite montré insatisfait des scénarios qu’on lui donnait. Il a attendu huit ans pour jouer Dracula à nouveau (dans le très bon Dracula prince des ténèbres en1966)…car le comte vampire ne montre pas le bout de ses canines dans Les Maîtresses de Dracula en 1960 !

Le Cauchemar de Dracula a été adapté en BD dans les pages du premier numéro de la revue House of Hammer en 1976. Par Steve Moore (scénario) et Paul Neary (dessins).

(Plus de pages ici).

C’est assez joli.

Jim

Il y a eu aussi une version nettement plus condensée (seulement 7 pages !) dans la revue Famous Monsters of Filmland. Par Russ Jones et Joe Orlando.

(Même adresse pour l’intégralité).