TOTAL RECALL (Paul Verhoeven)

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REALISATEUR

Paul Verhoeven

SCENARISTES

Ronald Shusett, Dan O’Bannon, Gary Goldman et Jon Povill, d’après la nouvelle de Philip K. Dick

DISTRIBUTION

Arnold Schwarzenegger, Rachel Ticotin, Ronny Cox, Michael Ironside, Sharon Stone…

INFOS

Long métrage américain
Genre : science-fiction
Année de production : 1990

Inspiré par la nouvelle Souvenirs à vendre de Philip K. Dick, Total Recall est un scénario que Arnold Schwarzenegger aurait aimé tourner dès 1986, mais Dino de Laurentiis, qui en possédait alors les droits, ne le voyait pas du tout dans le rôle de Doug Quaid (Quail dans l’histoire originale, l’homme qui rêvait de Mars et qui préfère se faire implanter de faux souvenirs parce qu’il n’a pas les moyens de s’y rendre) car le personnage tenait plus du petit employé genre comptable (Richard Dreyfuss a longtemps été attaché au rôle) que de l’ouvrier du bâtiment qu’il est devenu dans la version finale. Ronald Shusett et Dan O’Bannon ont commencé à écrire Total Recall avant Alien pour un développement qui a duré plusieurs années, le scénario étant passé par de nombreuses phases de réécritures.

Pendant cette période, David Cronenberg est celui qui a travaillé le plus longtemps sur le projet pour un résultat qui se rapprochait thématiquement de la nouvelle de Philip K. Dick, ce qui allait à l’encontre de ce que voulaient O’Bannon et Shusett car les deux compères souhaitaient dès le début injecter plus d’aventure et d’action à l’histoire (la nouvelle se déroule intégralement sur Terre) alors que Cronenberg imaginait quelque chose de plus psychologique, qu’il a décrit plus tard comme un Spider (son drame avec Ralph Fiennes) sur Mars. Suite aux différences créatives, Cronenberg a claqué la porte, mais son influence est restée sur des éléments comme les mutants de Mars, dont Kuato (qui était orthographié Quato dans sa version).

Après la faillite de la société de Dino de Laurentiis, la Carolco a récupéré les droits et Arnold Schwarzenegger a vu sa patience récompensée. Le chêne autrichien a été important dans les différentes étapes de la production et c’est lui qui a convaincu le studio d’engager le cinéaste hollandais Paul Verhoeven car il avait beaucoup aimé Robocop (Arnold faisait d’ailleurs partie des acteurs envisagés pour incarner le flic du futur). Il se dit que Dan O’Bannon n’a pas apprécié certains des apports de Verhoeven, notamment sur la violence du film par rapport au côté plus satirique des premiers scénarios. Certaines critiques de l’époque ont également pointé ce sujet de manière négative.

Oui, Total Recall est gore…et même du gore cartoonesque par moments…(et il aurait pu l’être encore plus mais des coupes ont été demandées avant sa sortie) mais n’insister que sur cet aspect est lui faire un mauvais procès. Les scènes d’action sont extrêmement jouissives et n’ont rien perdu de leur impact 30 ans plus tard. Les rebondissements s’enchaînent avec un impeccable sens du rythme tout en jouant régulièrement sur la confusion du héros, ses doutes et ce jusqu’à la toute dernière scène. Divertissement spectaculaire et suspense ambigu, Total Recall est un long métrage qui supporte aisément de nombreux visionnages tant il est riche à plusieurs niveaux.

Paul Verhoeven a fait appel à ses collaborateurs de Robocop, dont William Sandell pour la direction artistique, le très doué Rob Bottin (The Thing) pour les excellents trucages et maquillages ainsi que le comédien Ronny Cox qui jouait une nouvelle fois le grand méchant. Et Total Recall lui a permis de repérer Sharon Stone, dont il fera la star de son film suivant, Basic Instinct. Michael Ironside, Rachel Ticotin et Marshall Bell (le « double » de Kuato) complètent une distribution de qualité.

Suite au succès de Total Recall, il fut un temps question d’une suite dans laquelle Doug Quaid serait devenu policier dans une intrigue qui aurait emprunté des éléments à une autre histoire de Philip K. Dick, Minority Report (les précogs auraient été les mutants de Mars). Ronny Yu et Jonathan Frakes avaient été envisagés pour la réaliser avant l’abandon du projet (quelques années avant que Steven Spielberg réalise son adaptation de Minority Report).

Total Recall a été adapté en comic-book par DC Comics, avec Elliott S Maggin au scénario et Tom Lyle aux dessins.

J’adore ce film au-delà du raisonnable. Très fan de Verhoeven, ce n’est peut-être pas mon préféré du bonhomme, mais c’est un film que je revois très régulièrement (1 fois par an environ, ce qui m’arrive pour très peu de films). Et je trouve qu’il tient toujours autant la route…
Ce qui me semble remarquable dans le film, c’est que la narration est incroyablement limpide, y compris et surtout pour un film qui joue sur l’ambiguité du niveau de réalité des péripéties. Même gamin, on capte ça parfaitement, et c’est un vertige assez délicieux, surtout que Verhoeven opte pour l’indécidabilité (faire co-exister des vérités contradictoires, c’est presque le propre de l’art du cinéaste hollandais).
Une très bonne introduction à l’univers de Philip K. Dick, je trouve, doublé d’un film d’action imparable et bien brutal, en effet.

J’ai toujours vu ce film comme la « suite » de Robocop dans le sens qu’il serait une histoire dans le même univers mais une centaine d’année après.

De la même façon Starship Troopers se déroulerait aussi dans le futur de Total Recall.

(enfin tout cela pour dire que j’adore ce film)

Ah, ça, ça ne me paraît déconnant du tout. Sans compter que thématiquement, les films sont bien plus connectés qu’il n’y paraît ou que ça n’est relevé couramment : une lecture possible du film (« Starship Troopers », je veux dire), c’est qu’à partir de sa blessure, Rico est en fait dans une sorte d’après-vie ou de purgatoire, et que tout le reste du film, absurdement optimiste (surtout de son point de vue à lui) et en cela assez contradictoire avec la première moitié du métrage, c’est une sorte d’hallucination de sa part où il se rêve plus héroïque qu’il n’est, ou plus exactement qu’il a plus de succès en la matière qu’on ne pourrait l’espérer.
Il rêve qu’il est un héros parfait, en quelque sorte. La trame de « Total Recall », en somme…

Et si je poussais le bouchon un peu plus loin (allez : je le fais :wink: ), je dirais que la trame de « Robocop » est assez identique : Murphy meurt et ressuscite, ça on le sait (« ce film, c’est American Jesus », disait Verhoeven, faisait même marcher sur l’eau son ressuscité à la fin du film), mais peut-être que Murphy mourant s’invente un futur de « Shining Knight », en armure étincelante.
Il faut toujours se méfier des happy ends de Verhoeven, ils cachent souvent des destinées bien plus tragiques.

Eh eh eh, y a des scènes mémorables dans ce film. Les mecs ont dû se marrer à les inventer.

Et il y a toujours cet humour bien caractéristique ! Malgré les accès de violence (qui furent condamnés à l’époque) , ça reste fun et complètement 2nd degré ! Donc complètement jouissif !

Je crois que c’est le meilleur mélange entre un film « d’auteur » et le « personnage » Arnold tel qu’il se le construisait à l’époque

Je l’ai revu durant le confinement (après un dernier visionnage il y a… une éternité) et on se faisait la remarque avec ma femme de l’âge du film et du fait qu’il restait incroyable, pas daté du tout.

Je me demande si Robocop et Starship Troopers ont vieilli aussi bien. Faut que j’emprunte les galettes de mon voisin.

Faudrait voir ce que tu entends par « daté » mais, comme ça, Robocop et encore plus Starship Troopers (qui bénéficie d’une réhabilitation bienvenue depuis quelques années) sont d’une modernité à tout épreuve.

De la trilogie SF de Verhoeven, Total Recall est en fait celui qui s’était mangé le plus de critique quand à l’aspect considéré comme « cheap » de ses décors.

Disons qu’en spectateurs lambda, parfois on montre des films aux enfants en se basant sur nos souvenirs ou parfois on ressort de Netflix ou autre un truc qu’on n’a pas vu depuis longtemps et on est quelquefois déçu.

Exemple les Goonies ben c’était une mauvaise idée : ça jure toute le temps, c’est assez vulgaire, et le temps passé à la chasse au trésor est finalement court.

Ghostbusters fait daté (et pas que sur les effets spéciaux) : les rabbins et les prêtres qui prient et bénissent l’équipe c’est un truc impossible désormais à notre époque.

Autant Total Recall, qui a 30 ans, a beaucoup de rythme, des scènes d’action bien ficelées,…
Il a sûrement une « couleur » années 90 mais sans que ça nous explose au visage.

Predator, pour un film d’avant 1990… ca reste intemporel.

Sans être spécialiste, j’ai l’impression que les temps d’exposition des personnages, le fait de prendre le spectateur par la main, ça varie avec le temps.

Je ne sais pas si je suis clair, c’est très subjectif désolé ^^!

En sortant de Verhoeven, je pense qu’on peut faire la même lecture de Minority Report, qui dispense le même genre d’indices que ceux qu’on trouve dans Total Recall.

Jim

Ce qui est d’autant moins surprenant quand on sait que les deux projets ont longtemps été liés, puisque « Minority Report » initialement était censé être un « Total Recall 2 », en quelque sorte.

Comme quoi, tout se recoupe…

Jim