LA NUIT DES MORTS-VIVANTS (George A. Romero)

REALISATEUR

George A. Romero

SCENARISTES

John A. Russo et George A. Romero

DISTRIBUTION

Duane Jones, Judith O’Dea, Karl Hardman, Marilyn Eastman…

INFOS

Long métrage américain
Genre : horreur
Titre original : Night of the Living Dead
Année de production : 1968

En 1968, les membres d’une petite boîte de production indépendante, lassés de tourner des publicités et des films d’entreprises, posent leurs caméras dans un coin reculé de la Pennsylvanie et avec un petit budget d’un peu plus de 100.000 dollars entreprennent de réaliser un film d’horreur…un film qui a révolutionné le genre, qui a même créé à lui seul un sous-genre (il y a eu des films de zombies avant lui, mais ils étaient bien différents des morts-vivants de George A. Romero) et qui a fait l’objet de nombreuses analyses. Inspiré en partie par le roman Je suis une légende de Richard Matheson, le traumatisant La Nuit des Morts-Vivants, le premier et l’un des meilleurs films de son réalisateur, a ouvert la voie…pour le meilleur et pour le pire…

La Nuit des Morts-Vivants est un grand film d’horreur…et il contient aussi des éléments de science-fiction, genre qui a dominé le cinéma d’exploitation américain pendant les années 50 et une partie des années 60, et cela à cause d’une raison avancée par un bulletin d’information regardé à la télévision par les protagonistes : les morts qui se lèvent de leur tombes pourraient être le résultat de retombées radioactives dans l’atmosphère suite à l’explosion d’une sonde spatiale. Les premiers traitements de l’histoire devaient d’ailleurs beaucoup aux séries B des décennies précédentes…avant de prendre la forme que l’on connaît.

Jamais auparavant un film d’horreur n’avait proposé une vision aussi sombre et carrément nihiliste de la lutte pour la survie. À l’époque, les enfants pouvaient d’ailleurs aller au cinéma et regarder des films d’horreur sans problèmes…jusqu’à La Nuit des Morts-Vivants. Le célèbre critique américain Roger Ebert s’est rappelé avoir vu des gosses tétanisés dans une salle obscure où ils s’étaient rendus sans avoir la moindre idée de ce qu’ils allaient regarder. Le mois suivant, en novembre 1968, la Motion Picture Association of America mettait en vigueur son système de classification, encore en place (avec quelques modifications bien entendu) aujourd’hui.

L’action de La Nuit des Morts-Vivants se concentre sur un petit groupe de personnes et impose rapidement une atmosphère de fin du monde : de la fuite éperdue de Barbara à la découverte de la maison et la rencontre avec Ben, la tension est présente dès les premières minutes…l’incompréhension est de mise, il n’y a déjà plus d’espoir et la tragédie ne fera que s’amplifier. Malgré quelques interprétations assez faiblardes d’une partie des acteurs non-professionnels de la distribution, la caractérisation des personnages est forte et très intéressante, notamment dans l’écriture de leurs comportements et pour certains de leurs rivalités.

Quant aux scènes-chocs, leur efficacité est accrue par le grain de la photographie en noir et blanc, la composition des plans de George A. Romero (et le métrage ne manque pas d’excellentes idées de mise en scène ) et la description d’actes horrifiques perturbants (ici pas de suggestion…le cannibalisme, la putréfaction, la destruction d’une cellule familiale sont montrées en gros plan, de manière radicale).

Beaucoup de choses ont été écrites sur la décision de Romero de donner le rôle principal à un acteur noir. D’après Romero lui-même, Duane Jones était tout simplement le meilleur acteur pour le rôle (ce qu’il est, naturellement…jusque dans l’écriture du personnage qui a évolué sous son influence). Mais dans l’Amérique des années 60, le geste avait une signification importante et donne à l’ensemble une tonalité furieusement politique et une dimension qui n’a rien perdu de sa puissance de nos jours.

Le final, d’un pessimisme écrasant, en est la parfaite représentation. Ce qui arrive dans les tous derniers instants de La Nuit des Morts-Vivants finit d’achever le spectateur (c’est mon état d’esprit à chaque fois que je le revois en tout cas) et le générique sous forme d’instantanés granuleux renforce le réalisme dérangeant de ce qui se déroule.
Chez Romero, il n’y a pas que les zombies (un mot qui n’est pas prononcé pendant le long métrage) qui sont effrayants…

ça fait un bail que je ne l’ai pas vu … sûrement l’un de mes (ou le) premiers films de zombies …

En hommage à George A. Romero, arte diffusera La nuit des morts vivants le lundi 24 juillet à 23h45. Le film sera ensuite disponible pendant sept jours en replay.