SUPERMAN (Richard Donner)


(Le Doc) #1

V1

REALISATEUR

Richard Donner

SCENARISTES

Mario Puzo, David Newman, Leslie Newman, Robert Benton et Tom Mankiewicz, d’après une histoire de Mario Puzo et les personnages créés par Jerry Siegel et Joe Shuster

DISTRIBUTION

Christopher Reeve, Margot Kidder, Gene Hackman, Marlon Brando, Jackie Cooper, Marc McClure, Ned Beatty, Valerie Perrine, Susannah York, Jeff East, Terence Stamp, Sarah Douglas, Glenn Ford…

INFOS

Long métrage américain/britannique/canadien/suisse/panaméen
Genre : aventures/science-fiction
Année de production : 1978

Il y a quarante ans, les spectateurs du monde entier ont cru qu’un homme pouvait voler.

Superman était alors la toute première superproduction consacrée à un super-héros de comic-book, un projet fou pour l’époque chapeauté par le producteur d’origine russe et naturalisé mexicain Alexander Salkind, son fils Ilya (qui a eu l’idée du film) et leur partenaire en affaires, le producteur français Pierre Spengler. En 1974, les trois hommes se sont portés acquéreur des droits cinématographiques de Superman après de difficiles négociations avec DC Comics. DC était depuis peu une filiale de la Warner et le studio est devenu le distributeur des deux longs métrages…car les Salkind avaient l’intention de tourner Superman I et II à la suite, ce qui ne s’était encore jamais fait (le diptyque Les Trois Mousquetaires/On l’appelait Milady, également produit par notre trio, ne rentre pas vraiment dans ce cas de figure car il s’agissait à l’origine d’une fresque de plus de trois heures finalement coupée en deux films pour des raisons logistiques). C’était juste avant la sortie des Dents de la Mer, avant la nouvelle ère des blockbusters.
Pendant la production des deux Superman, La Guerre des Etoiles a également bouleversé la donne et devant les premières images de Superman, les exécutifs de la Warner ont su qu’ils avaient devant eux un potentiel succès. Lorsque la production des deux Superman a du faire face à des complications et des dépassements de budget, la Warner a allongé 20 millions de dollars supplémentaires, s’assurant du même coup la distribution dans le monde entier et les droits télévisés. Ce qui n’a pas arrangé les relations entre les Salkind, Spengler et le réalisateur qu’ils avaient finalement choisi, Richard Donner (qui venait de connaître le succès avec le film d’horreur La Malédiction).

Pour s’assurer la participation de financiers, les Salkind savaient qu’ils avaient besoin de gros noms. Et une grosse part de la promotion de Superman dans les premiers stades du développement s’est justement faite sur les plus gros noms du moment. Mario Puzo, l’auteur du Parrain, a été engagé pour travailler sur le script des deux films, qui est devenu un légendaire “monstre” de plus de 500 pages réputé infilmable (et qui mettait en scène un Clark Kent en reporter télé, une fonction qu’il occupait dans les comics à cette période). Le scénario est ensuite passé entre les mains de Leslie Newman, David Newman et Robert Benton avant d’être réécrit par Tom Mankiewicz (scénariste de trois James Bond avec Sean Connery et Roger Moore).
Tom Mankiewicz a été amené par Richard Donner et ce sont les deux hommes qui ont façonné le ton de Superman, qui partait trop sur ce que les américains appellent le “camp”, ce qui peut se traduite en français par “maniéré, théâtral”. Le Batman d’Adam West est “camp”, par exemple. Pour Superman, Richard Donner et Tom Mankiewicz ont souvent mis en avant le terme de “vraisemblance”…ce qui n’est pas tant une affaire de réalisme, mais surtout de trouver l’approche idéale pour rendre justice au personnage.

Richard Donner est arrivé sur la production au début de l’année 1977, soit après déjà presque deux années de développement. Je ne ferai pas ici le résumé de tout le processus qui a amené à son embauche, car il y aurait de quoi remplir des paragraphes entiers (il faut surtout savoir que Guy Hamilton, bien connu pour ses James Bond lui aussi, fut à deux doigts de réaliser les deux volets). Les plus grandes stars de Superman ont donc signé avant Donner et avant Christopher Reeve. Marlon Brando et Gene Hackman se sont retrouvés en haut de l’affiche, même si le premier n’apparaît principalement que dans le premier acte sur Krypton et que le second pointe le bout de son nez après une heure de métrage.

Dans le rôle de Jor-El, Marlon Brando apporte de la majesté et de la gravité, mais aussi beaucoup de tendresse dans ces moments importants partagés avec sa famille, juste avant d’envoyer son unique fils vers la Terre alors que Krypton (brillamment réinventée pour l’occasion) commence à s’effondrer autour d’eux. Si la participation de Brando au film est courte, elle est absolument marquante (ce qui n’est guère étonnant pour un acteur de son calibre).
Dans un autre genre, Gene Hackman compose son Lex Luthor sur un registre plus léger (on retrouve peut-être là quelques traces du ton “camp” des premières versions du scénario). Il le fait très bien…et il est souvent très amusant…mais son Luthor n’offre pas une menace très sérieuse, même si son plan tout droit sorti d’un comic-book des années 50 est à l’origine de quelques scènes très spectaculaires. Je l’aime bien quand même, il y a une bonne dynamique avec ses complices, le lourdaud Otis et la fidèle (enfin, presque) MRS TESCHMACHER !!!..mais ce n’est pas la version de Lex Luthor que je préfère.

Le rôle de Superman a été proposé à toutes les stars hollywoodiennes (et vraiment toutes…mais il est difficile d’imaginer Clint Eastwood, Christopher Walken, Steve McQueen ou encore Sylvester Stallone dans le costume) avant que la décision soit prise d’engager un inconnu. Le directeur de casting Lynn Stalmaster a suggéré Christopher Reeve, qui était alors principalement un acteur de théâtre. Suggestion rejetée dans un premier temps car les producteurs pensaient qu’il était trop jeune et trop maigre. Mais Stalmaster est revenu à la charge et Christopher Reeve a passé un bout d’essai qui a fini de convaincre Richard Donner. Et c’est grâce à un entraînement intensif avec David Prowse, Dark Vador lui-même, que l’acteur a pu se forger ce physique de super-héros.
Christopher Reeve reste pour moi le meilleur interprète du double rôle de Superman et Clark Kent. Il est aussi crédible en incarnation du super-héros sincère, droit dans ses bottes, large d’épaule, menton carré et sourire en coin qu’en fermier naïf qui découvre la grande ville. Il maintient l’illusion entre ses deux identités par un langage physique différent, une voix différente. Il y a notamment une scène géniale où devant un miroir, Clark Kent devient Superman sous nos yeux rien qu’en enlevant ses lunettes et en se redressant. C’est merveilleusement bien fait et très bien interprété.

La distribution est remplie de très bons acteurs qui interviennent pour certains juste quelques minutes à l’écran, comme le vétéran Glenn Ford en Pa Kent et Terence Stamp qui nous montre à quel point son général Zod est savoureusement arrogant avant son retour programmé pour la suite. L’interaction entre les personnages est joliment écrite et l’énergie qui se dégage des scènes qui se déroulent à l’intérieur du Daily Planet est communicative. Margot Kidder a l’attitude volontaire qui colle si bien à Lois Lane…et la première rencontre de l’intrépide reporter avec Superman fait partie des scènes les plus emblématiques du genre. Je suis juste un peu plus partagé sur le début de romance, craquante dans un premier temps, un peu trop appuyée par la suite (je n’ai jamais vraiment été conquis par le “Can you read my mind ?”)…

Le long métrage de Richard Donner a ses menus défauts, des petites choses qui ont eu un peu de mal à résister à l’épreuve du temps…mais qui ne gâchent pas, loin de là, son “sens du merveilleux”, le plaisir que je ressens à chaque visionnage. Porté par une superbe musique de John Williams et une direction artistique soignée à tous les niveaux, Superman offre toujours des moments absolument magiques : le premier acte, de Krypton à la Forteresse de Solitude en passant par Smallville est juste parfait; la première sortie de l’Homme d’Acier est jubilatoire et la dernière partie enchaîne les morceaux de bravoure.

Comme je l’ai mentionné plus haut, Richard Donner a tourné les deux premiers Superman à la fois. Une production imposante et compliquée qui a fini par causer des tensions entre Richard Donner, les Salkind et Pierre Spengler. Alors que 75% de Superman II avait été mis en boîte, une pause fut nécessaire afin de se concentrer sur la post-production et la sortie du premier opus qui se rapprochait à grand pas. Superman fut un énorme succès et Richard Donner pensait pouvoir logiquement terminer son travail…mais les Salkind en ont décidé autrement…

Mais ceci est une autre histoire…


SUPERMAN III (Richard Lester)
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(FC powaaaa) #2

Arf, je suis globalement assez d’accord avec toi sur l’ensemble de ton avis. Je n’ai jamais pu retrouver un Superman à la hauteur de Christopher Reeve (si bien que, alors que j’ai vu assez peu de ses films, si ce n’est les deux premiers superman, j’ai été très triste à l’annonce de sa mort, je me souviens encore de l’endroit où j’étais quand je l’ai su)

Et tiens : c’est qui ton Luthor préféré ?


(Le Doc) #3

Parmi les adaptations à l’écran ? Celui-là :

cm-capture-5

:wink:


(FC powaaaa) #4

Ah oui, en effet … je cherchais des acteurs !


(Lord-of-babylon) #5

Je trouve qu’on est souvent injuste avec le Luthor de Superman. On le considère comme un méchant “typique” des comics et trop grandiloquent. Pour ma part on oublie qu’il est également concerné par le travail de modernisation de l’univers de Superman (qui est un des points majeur du film). De la même manière que Donner & cie se sont posés la question de la vraisemblance d’un super-héros dans une Amérique post-Watergate, ils ont réfléchis à ce que pourrait être un méchant dans cette même Amérique où le méchant ultime semble déjà être le Président (et par extension le pouvoirs politique).

La où le film tape juste (et qui fait que je n’adhère pas à cette idée d’un Luthor qui aurait mal vieilli bien au contraire) c’est de composer un personnage dont le plan fantastique découle d’un projet de spéculation économique (détruire des terres pour accroître la valeur mobilière des autres) qui me semble être toujours d’actualité.


(Le Doc) #6

Point de vue intéressant…mais qui ne m’empêche pas de penser que ce Luthor obsédé par la propriété terrienne (ce qu’on retrouve dans Superman II et le Superman returns de Bryan Singer) n’a pas l’impact qu’il aurait pu avoir…


(Le Doc) #7

En fait, je n’ai jamais été totalement convaincu par les acteurs qui ont incarné Luthor à l’écran. Lyle Talbot, le Luthor des serials des années 40, s’en sort pas mal dans le registre “savant fou”. Celui de Gene Hackman a ses défauts donc, mais l’interprétation le rend vraiment amusant (enfin, sauf dans le 4…ouchhh), même si j’attendais plus du personnage…
J’ai du voir un ou deux épisodes de Lois et Clark, donc John Shea ne m’a pas du tout marqué.
Je n’ai pas vraiment accroché à Kevin Spacey dans ce rôle…et Jesse Eisenberg était absolument insupportable.
Je vais peut-être étonner en disant cela, mais je trouve que Michael Rosenbaum dans Smallville est un de ceux qui s’en sont le mieux sorti. La série est ce qu’elle est, mais son jeune Luthor a souvent touché juste…


(Lord-of-babylon) #8

Tout à fait d’accord

(bon perso c’est le Luthor en lui même qui me gène dans cette série mais Rosenbaum et John Glover sont excellents)


(FC powaaaa) #9

hein ? Rosenbaum, il était en avance sur son temps : il aurait pu faire du Berlanteen !


(Ben Wawe) #10

Bien d’accord pour souligner la puissance de ce film, qui a tout lancé, et qui livre l’interprétation presque définitive du personnage.
Idem pour Luthor, un personnage souvent représenté, mais qui surtout se “cherche” souvent. Si j’ai initialement rejeté l’idée d’une amitié Clark/Lex dans Smallville, l’incarnation de Michael Rosenbaum, bien impliqué durant sa présence, m’a plue - particulièrement, d’ailleurs, dans le final, où l’opposition avec Clark fonctionne vraiment (d’ailleurs, ce final est bon tout court, en épousant ENFIN l’héroïsme du personnage).


(FC powaaaa) #11

Faut se taper tous les épisodes de la série rien que pour avoir un bon final ???


(Ben Wawe) #12

Carrément pas !
Je te dirais de regarder les épisodes scénarisés par Johns et le final, et ça suffira AMPLEMENT. :smiley:


(FC powaaaa) #13

Je ferai en sorte quand même de ne pas m’approcher d’un écran de télé qui aurait du Smallville dans ses cathodes …