RÉÉDITIONS DC : TPBs, Hardcovers, Graphic Novels

Ah ben comme quoi, mon instinct était bon héhé.
Après oui, La Légion ça reste compliqué et décider du vrai et du faux dans le long historique de la série revient à arguer sur le sexe des anges.
En fait, la Légion c’est à la fois les X-Men (version 80s/90s) de DC, au sens où c’est quasiment un univers à part, et le reste de l’univers Marvel puisqu’elle est à chaque fois obligée de se plier aux décisions prises sur les autres séries.

Lorsque Giffen revient sur la série à la fin des années 80, il est vite saoulé par le fait de devoir composer avec les décisions éditoriales des autres bureaux.
Fort de son succès sur ses déclinaisons de la JLA, il réussit à imposer ses vues sur la Légion (pour un temps).
Pour le coup, on relance les 2 séries au numéro 1… en faisant un bon de 5 ans dans le futur (procédé repris dans la Revolution des séries mutantes).
C’est dans ce contexte que survient l’apparition d’une version « jeune » des membres originaux de la Légion et dont Giffen voulait révéler plus tard qu’ils étaient les vrais légionnaires tandis que les versions adultes seraient en fait des clones.
L’avantage de la manoeuvre était de donner une identité à chacun des 2 titres Légions avec un consacré à la version adulte et désenchantée et l’autre à la version jeune et naïve décontenancée par cette univers dorénavant plus sombre (bonjour les X-Men de Bendis).

Sauf que comme toujours l’éditorial intervient. Les plans sont changés à cause du crossover des titres Superman « Time and Time Again » et on décide en haut lieu que les clones sont finalement les versions « jeunes » (coucou les revirements de la Saga du Clone).
Giffen part lassé de toutes ces interventions, les séries continuent leurs chemins cahin caha jusqu’à ce que DC arrive à la même conclusion que Jim comme quoi tout cela devient trop compliqué.

Une fois encore, c’est un crossover, Zero Hour, qui sert de lancement aux changements décidés par la compagnie.
A savoir un reboot complet des séries de la Légion sur un principe proche de la future ligne Ultimate de Marvel.
Soit une réécriture depuis l’intégralité de la Légion en reprenant les grandes pages de celles-ci tout en ayant le recul permettant d’éviter les erreurs passées puisque débarrassée de toute continuité et avec quelques situations nouvelles au passage.

Sauf qu’à nouveau 2 handicaps se posent d’office:

  • La série L.EG.I.O.N/R.E.B.EL.S continue dans le présent comme si aucune changement n’était intervenu (mais si on ne lit que les 2 titres « futuristes », ça ne pose pas de problème).

  • Les séries gardent la numérotation précédente et aucune promotion n’est faite. Les anciens fans se sentent lésés et les nouveaux… ben, si ils n’ont pas lu Zero Hour, ils ne sont pas au courant de cette relance qui leur est destinée. Clairement un gros faux pas de la compagnie.

Reste que cette nouvelle version de la Légion est peut-être la plus accessible pour le lecteur toutes époques confondues (ou alors c’est le fait que j’ai commencé par celle-ci qui me fait penser cela).
Les équipes artistiques sont stables, les plots sont réellement construits, le tout reste clair grâce à ce gros coup de balais sur la continuité et pourtant se relit très bien vu que c’est remplit de clins d’oeil et références à de grands moments de la série.
C’est aussi là qu’on trouve le fameux run de DnA (accompagné de Coipel dans la 1ère moitié).
Ils sont appelés pour une grande entreprise de rénovation de la série qu’ils concluent (dans une intrigue préfigurant quelque peu leur boulot sur le versant cosmique de Marvel) et relancent au travers de 2 maxi-séries permettant de mieux présenter et de s’attacher au personnages (le fameux Legion Lost et Legion Worlds) puis un nouveau volume.

Las, une fois Coipel (puis plus tard DnA) parti, et malgré des dessinateurs capables (Al Barrionuevo et Chris Batista), la sauce ne prend pas commercialement parlant et la série est sabrée pour laisser place à un nouveau reboot placé sous l’égide de Mark Waid.

La nouvelle version de la Légion selon Waid est lancée par le biais du crossover avec les Teen Titans de « Gore » Johns qui efface purement et simplement la version dont on vient de parler pour… une troisième.

Mark Waid semble décidé à renouveler l’esprit de la série avec des légionnaires dont l’esprit rebelle adolescent est plus en phase avec notre époque que ceux des versions précédentes.
Sauf que la modestie des ventes et les caprices de la paire Johns/Didio vont faire que c’est là que ça va réellement devenir le bordel.

Waid se perd un peu en route et on lui impose la nouvelle Supergirl créée par Jeph Loeb dans son casting histoire de remonter les ventes.
Comme ça ne marche pas, on rappelle le vétéran Jim Shooter qui ne sait pas trop quoi faire et écrit la série comme si il n’était pas sorti des 70s.
En parallèle, Brad Meltzer, Dan l’Idiot et Gore Johns continuent de foutre le boxon… en faisant revenir la toute première version de la Légion (celle pré-Crisis) dans les pages de la JLA et dont tout le monde semble connaitre les membres comme si rien ne s’était passé depuis 1985.
Enfin, la première version, c’est vite dit puisque la composition de l’équipe semble avoir piochée au hasard dans 30 ans d’histoire de la série.
Mais bon, officiellement on dit que c’est la première version et elle continue ses aventures dans les pages du Superman de Johns.
Face à un lectorat perdu entre une version de l’équipe ayant sa série et une autre se baladant dans les pages des copains, Johns profite du crossover Final Crisis pour fusionner les 3 versions de la Légion (y compris la 2de pourtant effacée plus tôt) en privilégiant celle qu’il venait de relancer avec Meltzer.

Et hop, c’est reparti pour un nouveau volume de la série mais le boxon des années précédentes fait que ça ne marche toujours pas commercialement.
La série recommence à partir dans ses vieux errements puisqu’elle passe par la case New 52 sans que rien ne soit changé alors que l’éditeur vient de procéder à un reboot général.
Peu de temps après, la série est annulée dans l’indifférence et reste dans le comic book limbo jusqu’à la reprise récente de Bendis (que je n’ai pas encore lu).

PS: on me parle aussi d’une version de Saturn Girl apparu lors de Rebirth et enfermée à Arkham avant d’être libérée et de trainer dans les pages de Doomsday Clock… mais c’est au-dessus de mes forces de lire ça^^

bave bave bave.

Et ça, c’est la période Legion of Super-Heroes / Legionnaires, c’est ça ?

Ce qui est surprenant, c’est que ces récits, on peut les lire sans connaître la Légion, on a l’impression que ça n’a pas d’incidence. Ou disons plutôt qu’on n’a pas conscience de l’impact que ça a sur celle-ci.

Pour moi, c’est toujours le truc difficile : s’attacher aux personnages. J’ai toujours l’impression qu’ils n’ont pas de vie privée, qu’ils passent leur temps à voler dans l’espace dans leurs costumes colorés. C’est sans doute parce que j’ai grandi en voyant les X-Men faire la vaisselle en bras de chemise, mais les Légionnaires m’ont toujours paru n’avoir qu’une identité. C’est pour cela que le peu que j’ai lu de la prestation d’Abnett & Lanning (trois ans et demi, au moins…) m’a davantage convaincu.

Jim

C’est ça.
La série Legionnaires est lancée pour suivre les aventures de clones jeunes puis les 2 séries sont conservées lors du reboot (LotSH 62 et Legionnaires 19 plus les numéros 0).

Parfaitement. C’est ce que je disais plus haut. Les différents scénaristes de la Légion ont essayé plusieurs fois naviguer tranquille dans leur coin, puisque ça ne prend pas place dans la continuité présente, pour se retrouver à composer au final avec les conséquences des autres séries de DC.

Ben, c’est connu. Les légionnaires n’ont pas de vie privée et se débrouillent avec des chameaux ou des chèvres :smiley:
Blague à part, c’est en effet un aspect sur laquelle les différentes séries ont toutes pêché.
La version de 1994 opère déjà un changement bienvenu avec la suppression des « Lass, Lad, Girl, Boy… », qui avaient de quoi donner des noeuds au cerveau de tout nouveau lecteur, pour donner des noms de code propres à chacun.
Mais c’est vraiment la version de DnA qui permet de créer un attachement aux persos puisque que ce soit dans le tome publié chez Semic, Legion Lost ou Legion Worlds ils se consacrent à chaque fois à un groupe restreint de personnages et peuvent donc creuser les personnalités.
Ce sont d’ailleurs eux qui ont grandement contribué à mon amour de la version 2.
J’avais déjà quelques épisodes épars de cette version et j’aimais bien sans plus mais c’est avec le run de DnA que je me suis replongé dedans en voulant en savoir plus sur les persos que je venais de suivre.

C’est frappant, quand même : la lecture de ces cross-overs ne fait aucune promo du truc, comme si les conséquences étaient nulles ou trop lointaines. On a vraiment l’impression de regarder un paysage selon deux angles différents, et de ne pas voir la même chose.

C’était une excellente initiative, ouais.

Et je suis curieux d’avoir ton avis, tiens, quand tu l’auras fait.

Jim

J’ai commencé à lire Legion Lost, qui constitue le tome 2 de la réédition (donc lisible à part, même si c’est sans doute mieux d’avoir lu ce qui précède, ce qui n’est pas tout à fait mon cas), et c’est vraiment formidable, effectivement.

Jim

C’est hyper intéressant. Merci pour ces échanges forts sur l’histoire de la Légion (je me souviens surtout d’elle avec le crossover JLA/JSA avec le retour de Wally West et la Légion est bien présente, Final Crisis bien sûr).

Je me souviens de la période Waid (chroniqué sur le forum de France Comics par le frère de Brodieman). Vraiment, ça ne me donnait pas envie de suivre l’insuivable.

Et pour finir, je m’étonne de lire que la Légion « doive » avoir une vie privée pour s’intéresser à ses personnages. Ils sont tellement nombreux, ils sont tellement noyés dans le nombre de personnages que je ne vois pas comment les auteurs peuvent creuser et développer des vies privées. J’en venais à la raison en me disant que la Légion est tellement importante, omniprésente dans le futur DC que leurs membres ne peuvent pas avoir le temps d’avoir une vie à côté. Même certains personnages, par leur histoire respective, fuit leurs origines.

Moi, personnellement, j’ai besoin de connaître les personnages sous le masque si je veux m’y intéresser un peu. Sinon, ils sont réduits à une fonction, et c’est vraiment ce que je n’aime pas dans le genre super-héroïque.
Dans le cas de la Légion, y a aussi d’autres trucs qui m’ont souvent agacé. Notamment la répétition des déplacements : on veut voir la White Witch, on va sur le Sorcerer’s World. Etc etc. J’avais l’impression que les choses n’avançaient jamais, que le statu quo était immuable, qu’ils fréquentaient les mêmes lieux et affrontaient constamment les mêmes menaces.
C’était bien entendu une vision faussée par ma méconnaissance de la série, mais le phénomène reste vrai, notamment chez Levitz. On est dans un monde de taille galactique, et on a l’impression de ne voir que trois ou quatre décors.
Je découvre petit à petit la période Abnett & Lanning, dont je ne connaissais, il y a encore quelques semaines, que l’amorce, via l’album chez Semic, et j’apprécie leur prestation notamment parce qu’elle répond à mes exigences de lecteur : les personnages ont une voix propre, des intérêts personnels… La première menace est d’ampleur cosmique ce qui annule l’effet « local », puis le long exil du groupe projette les héros dans une sorte d’inconnu, de vide spatial rafraîchissant.

Jim

Il y a quelques mois, j’ai acheté le tome 2 de The Legion by Abnett & Lanning, en me disant que je prendrais le 1 sans attendre. Et puis j’ai oublié, tout ça. Ensuite, je me suis dit, en retrouvant ce tome chez moi, que j’allais attendre d’avoir les deux pour les lire. Et puis j’ai lu la quatrième de couverture, découvert que ce tome contenait l’ensemble de la mini-série Legion Lost, et que, finalement, ça valait sans doute le coup de me plonger dedans.

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Et purée, quelle claque. L’une des meilleures lectures du semestre, au moins. Et assurément ce que j’ai lu de mieux sur la Légion depuis… que je lis des trucs sur la Légion assidûment, ces dernières semaines.

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Bon, pour resituer, l’action enquille sur la fin de la série précédente, dans laquelle la galaxie était assaillie par la race des Blight, sorte de zombies cybernétiques que les lecteurs francophones connaissent, comme moi, par l’album Semic. Je n’avais pas continué à lire la série après sa publication (et mon départ de la rédaction), donc je n’avais guère d’idée de la manière dont l’affaire s’était résolue.

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En matière d’explication, Abnett et Lanning n’en donnent guère en ouverture de leur premier épisode. On suit Shikari of the Path, une extraterrestre à l’allure d’insecte volant, qui fuit des chasseurs ayant déjà abattu deux des siens. Elle trouve refuge dans l’épave d’un vaisseau dont elle ne connaît pas l’insigne, mais que nous, lecteurs, reconnaissons pour appartenir à la Légion.

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En avançant dans l’épave, elle déclenche un enregistrement automatique. La silhouette d’Element Lad apparaît, donnant les explications dont les lecteurs ont besoin : en gros, une équipe de Légionnaires a réussi à refermer la déchirure dimensionnelle qui menaçait la galaxie, mais s’est retrouvée du mauvais côté de la barrière. Jan Arrah, utilisant ses pouvoirs, a donc enfermé ses équipiers dans des cocons de Tromium, afin de les préserver de l’environnement hostile, puis a utilisé ses pouvoirs afin de se transmuter dans la même matière et de calculer une éventuelle trajectoire de retour. La mise en scène nous laisse entendre que les différents enregistrements que Shikari écoute ont été archivés à plusieurs époques différentes, Jan apparaissant de plus en plus mal fagotté, fatigué et désespéré.

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L’enregistrement explique également à la créature qui l’a actionné qu’un traducteur télépathique automatique s’est enclenché afin de passer les informations sans passer par le langage. L’information, qui relève de l’idée astucieuse mais dans un premier temps décorative (cet « effet de réel » que les auteurs cherchent tous), s’avère bientôt très fructueux. En effet, l’intrusion de Shikari, et de ses poursuivants, membres de la race des Progeny, a provoqué l’ouverture des cocons dans lesquels les Légionnaires étaient protégés. Et là, on a droit à une astuce narrative assez formidable : les héros, dont on attendait le retour, parle dans une langue incompréhensible pour les lecteurs. C’est logique, nous sommes, depuis la première page, dans le point de vue de l’étrangère qui vient d’entrer dans l’épave. Il faut donc attendre quelques cases, le temps pour Saturn Girl d’offrir à la nouvelle venue un plug auditif, pour que le dialogue puisse s’établir et les lecteurs savoir ce que racontent les Légionnaires. Brillant.

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Bien vite, les Légionnaires et leur nouvelle amie, qu’ils feront membre honoraire, se retrouvent face aux Progeny. La grosse altercation de l’épisode suivant, de laquelle ils sortent triomphants, sera l’occasion de poser les bases de ce coin de l’univers dans lequel ils sont perdus : la race de Progeny y fait régner la terreur, exterminant (« effaçant », même) toutes les races qu’ils considèrent comme « variantes », ou impures. Ces eugénistes de l’espace ne sont pas du goût des Légionnaires, en particulier Monstress, à qui Abnett et Lanning donnent une voix et un tempérament doux et attentionné (j’imagine qu’elle était caractérisée ainsi par les scénaristes précédents, mais le tandem lui accorde une attention toute particulière).

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Dans le deuxième chapitre, donc, les Légionnaires affrontent les troupes des Progeny, et leurs pires craintes se confirment : ils ne savent pas où ils sont et tous les relevés indiquent qu’ils se trouvent… très très très loin de chez eux. Si loin que même l’intellect de douzième niveau de Brainiac ne parvient pas à calculer ce que cela représente, et que même s’ils savaient vers où se diriger, un voyage de retour ne leur permettrait pas d’arriver chez eux de leur vivant. Bref, ils sont dans la panade.

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La série s’oriente donc vers un récit de voyage, de fuite en avant. Emportant les restes de leur « Outpost », qu’ils soudent à des morceaux de vaisseaux des Progeny, ils se rendent d’abord auprès de la race de Shikari. La confrontation avec l’étrangère est une occasion pour eux de rencontrer une autre culture, de découvrir la spécificité de leur nouvelle amie, et de revisiter leur priorité. Mais dès ce troisième épisode, on sent bien que des failles commencent à se creuser dans la cohésion du groupe.

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Le scénario prend l’allure d’une quête initiative, mais au lieu de se serrer les coudes et de grandir, les héros, imperceptiblement, se séparent, dépriment, perdent confiance. S’accrochent à des petits riens. Kid Quantum est par exemple persuadée qu’Element Lad a fusionné avec les cristaux de Tromium qu’elle a trouvée et qu’il va bientôt en ressortir.

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Le retour de Drake, dont ils parviennent à replacer les énergies au sein d’une armure, sert momentanément de ciment au groupe, le bouillant Wildfire apportant son énergie et son franc-parler. Mais ça ne suffit pas à les remotiver, car ils sentent bien que les options se font rares. En filigrane, on a également un groupe de héros optimistes venus d’une période lumineuse et naïve de l’histoire des comic books, qui cherche à quitter un univers où ils incarnent l’étranger, la victime. Très jolie manière de parler du « grim & gritty » sans renoncer aux idéaux de la Légion.

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Chaque épisode est écrit en proposant le point de vue d’un Légionnaire, ce qui permet de les connaître un peu mieux (le dessin est confié à Olivier Coipel et Pascal Alixe, qui alternent à ce poste, alors que, dans la version précédente de la série, ils semblaient dessiner à quatre mains). Là où Abnett et Lanning sont astucieux, c’est que les véritables révélations n’arrivent jamais dans les épisodes concernés. Par exemple, ce n’est pas dans l’épisode consacré à Braniac que l’on apprendra qu’il fait semblant de travailler afin de donner le change, alors qu’il n’a aucune donnée solide sur laquelle progresser et que rester inactif le ferait sombrer définitivement. Cela crée un rythme assez intense à la série et permet de réserver des surprises malgré tout.

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Dans le cinquième épisode, les Légionnaires, faisant confiance aux pouvoirs « d’éclaireur » de Shikari, se retrouvent face à une pyramide flottant dans le vide. Ils y découvrent les restes d’un groupe de Progeny, et comprennent que ce qu’ils prenaient pour un portail dimensionnel est en fait une prison où est retenue une créature monstrueuse, l’Omniphagos. Ils sont donc obligés de refermer le portail sur lui, et dans le même temps un espoir supplémentaire s’évanouit.

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L’épisode 6 constitue un tournant. Alors que tout le monde déprime, Saturn Girl décide d’utiliser ses pouvoirs télépathiques afin d’aider ses équipiers à surmonter leurs angoisses. Elle tente l’expérience sur Umbra, mais ça tourne mal. Saturn Girl tombe dans le coma et Umbra, délestée de ses remparts mentaux, quittent le vaisseau et se rend sur la planète la plus proche. Elle est secourue par Ultra Boy et quelques autres, et tous se retrouvent face à un surhomme qui tente de protéger sa ville.

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Il s’avère très vite que le surhomme en question, Singularity, est en fait seul sur ce monde, et vit dans une illusion maintenue par des particules microscopiques aux vertus télépathiques (ou hallucinogènes). Sur cette idée déjà intense, Abnett et Lanning en greffent une autre : en switchant sur « invulnérabilité », Ultra Boy, qui ne peut utiliser qu’un seul super-pouvoir à la fois, se retrouve protégé de l’effet des particules, et comprend que tout ceci n’est qu’illusion (enfin, c’est Brainiac qui comprend, je vais vite). Et pendant qu’ils cherchent à débrancher l’illusion (ce qui n’est pas du goût de Singularity, qui comprend que la civilisation qui l’a créé l’a aussi abandonné), sur l’Outpost, les autres Légionnaires voient arriver un vaisseau qui les accoste. Et dans ce vaisseau, ils découvrent leurs amis : Element Lad, Cosmic Boy… Ça y est, ils sont sauvés !

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Toujours dans le coma, Saturn Girl rêve. Dans ses rêves, elle voit les Progeny, et surtout, elle voit la silhouette, assise sur son trône, de leur créateur, le Progenitor. Ces séquences, présentées dans un premier temps comme l’expression de l’angoisse de la fondatrice du groupe, auront une importance par la suite.

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Les deux groupes de Légionnaires, tout à la joie de se retrouver, travaillent ensemble à sortir Saturn Girl du coma. Les retrouvailles et la perspective du retour redonnent de l’énergie à tout le monde, y compris Brainiac qui travaille d’arrache-pied à comprendre le problème de Saturn Girl (les particules télépathiques de la planète entrent dans l’équation) et cherche à résoudre les difficultés liées à la réanimation de son équipière.

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Et alors qu’il parvient à redonner à Umbra sa cohésion mentale et à sortir Saturn Girl de son état, Brainiac voit… l’autre équipe de Légionnaires s’évanouir. La vérité s’impose à eux : ce n’étaient que des constructions mentales liés à la fièvre de Saturn Girl. Inutile de dire que le moral des troupes retombe.

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Nous sommes dans l’épisode 8. Les Légionnaires sont effondrés. La solidarité dans le groupe se dissipe. Et les choses empirent quand ils découvrent que les peuples de cette zone de l’univers fuient devant l’assaut des Progeny.

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Je ne vous raconterai pas les quatre derniers épisodes, qui proposent de très chouettes retournements de situation, de révélations, des scènes choc, du drame, des combats aux dimensions grandioses, un vrai sens de l’épopée et un sacrifice final pas piqué des hannetons. Disons simplement que c’est un énorme morceau, qui aborde des thèmes classiques dans la SF et le genre super-héroïque, mais avec un bonheur sans partage, en grande partie dû à la caractérisation au cordeau des personnages. Vraiment, une totale réussite.

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La série se clôt sur la promesse du départ des Légionnaires, en direction de chez eux. Mais les auteurs ne montrent rien. Ils laissent le retour des héros aux premières pages de la nouvelle série Legion. Entre-temps, si je comprends bien, il y a aussi les six numéros de la mini-série Legion Worlds, dont je n’ai pas l’impression qu’ils aient été compilés. Puis la série Legion, d’abord dessiné par Olivier Coipel, et dont seule la dernière partie, illustrée par Chris Batista, a été rééditée, apparemment. J’ai un « Monster Edition » en allemand reprenant le début de cette série, mais ma maîtrise de la langue de Goethe ne me permet pas de savourer les subtilités des dialogues, je me contente de comprendre les intrigues (et ça a l’air très bien). J’espère que le reste de la prestation d’Abnett et Lanning sera compilé un jour (même si j’ai l’impression que cette Legion Lost en constitue le morceau le plus goûtu).

Jim

Superboy #147 : Les origines de la Légion, et l’attentat contre R. J. Brande
Superboy and the Legion of Super-Heroes #221, 223, 224 et 227 : La saga de Pulsar Stargrave et Jim Shooter
Superboy and the Legion of Super-Heroes #237, par Paul Levitz et Walt Simonson
Superboy and the Legion of Super-Heroes #239, par Jim Starlin et Paul Levitz
Superboy and the Legion of Super-Heroes #240, par Paul Levitz, Jack C. Harris et Howard Chaykin
Superboy and the Legion of Super-Heroes #241 à 245 : « Earthwar », par Paul Levitz, Jim Sherman et Joe Staton
Legion of Super-Heroes #273, par Gerry Conway et Jimmy Janes : fin de la saga de Pulsar Stargrave
Legion of Super-Heroes: The Great Darkness Saga
Legion of Super-Heroes: An Eye For An Eye
The Legion by Dan Abnett and Andy Lanning, volume 2
Legion: Foudations, par Abnett & Lanning
Legion of Super-Heroes par Brian Michael Bendis

Roh, tu donnes sacrément envie, là.

c est dans la PAL numérique…

Tu peux y aller, je crois.

Jim

Je viens de me rendre compte d’une chose, concernant cette étrange opération éditoriale exercée sur New Teen Titans.

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La série de base, celle qui a été lancée en 1980, devient Tales of the Teen Titans avec son numéro 41, datée d’avril 1984. Il s’agit du dernier épisode d’une intrigue avec Brother Blood. Le mois suivant débute « The Judas Contract », considéré par bien des lecteurs comme l’une des histoires les plus importantes de la série, voire LA plus importante. Elle s’étend sur les numéros 42, 43 et 44 ainsi que sur l’Annual 3. Il se passe plein de choses, et notamment Robin met un pantalon en devenant Nightwing.

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Donc « The Judas Contract » se conclut en juillet 1984, selon l’indication en couverture (ce qui veut dire qu’il a dû paraître en avril ou mai). Toujours selon les cover dates, le premier numéro de New Teen Titans version Baxter sort en août 1984. Je ne sais pas si les indications de date de sortie sur ces produits exclusivement destinés aux librairies étaient également antidatées. Si c’est le cas, ça veut dire que la saga avec Trigon, qui raconte la corruption de Raven, paraît dans la foulée de la précédente épopée avec Deathstroke et Terra. Les lecteurs qui ont découvert les deux ont dû s’en prendre plein la vue.

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Si ce n’est pas le cas, et si la date indiquée sur la couverture du produit librairie correspond au mois effectif de sortie, alors Pérez a bénéficié d’un peu de temps pour dessiner, et les lecteurs ont profité d’un petit temps de repos entre deux sagas colossales.

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Quoi qu’il en soit, l’année 1984, pour les lecteurs américains fans des Titans, c’était quand même quelque chose. Je n’avais pas pris conscience de la proximité, dans le calendrier, de ces deux sagas mémorables. Par le truchement de l’astuce éditoriale tordue imposée par DC, la série, sous sa double forme, a redoublé d’inventivité. Et si on sent bien que Wolfman marque un peu le pas en faisant traîner certaines choses (le procès de Deathstroke) et en réglant quelques intrigues (le complot de H.I.V.E.), il déroule une succession de péripéties qui sont restées dans les mémoires. Quelle année.

Jim

Durablement associé à la Legion of Super-Heroes, le scénariste Paul Levitz a également eu une importance non négligeable dans le développement du petit microcosme s’agitant sur Earth-2, la Terre-2 de l’univers DC, dans les années 1970.

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En effet, depuis Flash #123, les lecteurs savent que des versions alternatives (et précisément : anciennes) de leurs héros favoris vivent sur un monde différent de celui qui est chroniqué dans les séries régulières. En l’occurrence, il s’agit des justiciers de l’Âge d’Or, qui ont continué leur carrière sur ce monde, et donc vieilli. Divers scénaristes (dont Len Wein) ont mis en scène les rencontres entre les héros des deux mondes dans la série Justice League of America, mais les années 1970, à la suite du frémissement d’intérêt pour les lecteurs envers ces justiciers chenus et burinés, voient la naissance de plusieurs séries consacrées à ce monde parallèle. La Justice Society revient dans les pages de All-Star Comics, et de nouveaux personnages apparaissent. C’est le cas de Huntress.

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On l’a évoqué plus haut, les héros de Terre-2 vieillissent. Donc Batman, ce Batman-là, qui a commencé sa carrière en 1939, a laissé tomber sa cape, il est devenu commissaire de Gotham, et il a épousé Selina Kyle, l’ancienne Catwoman désormais repentie. Si Levitz anime les nouvelles aventures de la Société de Justice dans All-Star Comics, Bruce Wayne n’y fait que des apparitions fugaces en civil.

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Dans DC Super Star #17, daté de décembre 1977, le scénariste, avec l’aide de Joe Staton et de Bob Layton, raconte l’apparition de la fille de ce couple. Suivant une intrigue un brin capillotractée durant laquelle Selina décide de remettre le costume de voleuse pour un dernier braquage, cédant ainsi au chantage d’un ancien associé, et où Batman renoue avec ses activités de justicier pour assister à la mort de sa bien-aimée (ce qui le brisera psychologiquement), les trois auteurs montrent comment leur héritière décide de reprendre le flambeau afin de venger sa mère tout en gardant secrètes ses activités afin que son père ne s’inquiète pas.

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Désormais présente dans l’univers de Terre-2, la jeune Helena Wayne, adoptant le nom de Huntress, fait de régulières apparitions dans All-Star Comics, devenant un pilier du groupe (et assistant notamment à la mort de son père dans une dernière mission héroïque). Parallèlement, elle fait quelques apparitions, notamment dans Batman Family #18 à 20, dans une intrigue réalisée par le même trio d’auteurs et qui mélange corruption politique et arnaque à l’incendie. Un récit dont la principale qualité est de présenter plus précisément la situation de l’héroïne, membre d’un cabinet juridique fournissant une assistance aux limites et aux contours peu définis.

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Par la suite, la série passe dans les pages de Wonder Woman #271 à 287, 289, 290, 294 et 295. Levitz et Staton restent aux commandes, alors que les encreurs varient : Steve Mitchell signe la première grosse volée d’épisodes, suivi de Bob Smith, Bruce Patterson (le mariage est ici plutôt pas mal) et Jerry Ordway, qui embellit littéralement les planches, au point d’ailleurs que le trait de Staton soit presque méconnaissable.

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Levitz ouvre le bal avec un diptyque faisant intervenir Solomon Grundy, ici en mode intelligent, obsédé par la beauté artistique. Très rapidement, le scénariste fait intervenir Power Girl, cousine du Superman de Terre-2 (et donc équivalent local de Supergirl) et reconstituant le tandem qu’il anime parfois dans les aventures de la Société de Justice. C’est l’occasion aussi de présenter le personnage de Harry Sims, procureur éprouvant une attirance bientôt réciproque à l’égard de Helena Wayne. D’abord contrôlé par le Thinker, ce dernier sera mêlé à une évasion massive de super-criminels puis victime de la toxine du Joker. Au milieu de toutes ces aventures, Levitz en profite pour raconter l’idylle naissante entre les deux personnages, avec cependant le caractère parfois décousu de ses récits, où certaine péripéties tombent dans l’intrigue comme un cheveu gras dans un potage maigre.

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Les récits sont parfois précipités, avec cette volonté, fréquente chez Levitz, d’en donner beaucoup, parfois trop. Les épisodes de huit pages l’obligent, c’est évident, à se montrer généreux afin de faire avancer le récit dans une pagination réduite. Mais il fait progresser les intrigues secondaires, y compris la vie amoureuse de Helena, par sauts de grenouille parfois acrobatiques. On remarquera également que, justement, s’il anime la série mettant en vedette une femme forte, il ne peut s’empêcher d’y glisser une histoire d’amour ainsi que des scènes récurrentes de douche : les lecteurs seront ravis de constater que la brune héroïque a une hygiène scrupuleuse, mais on peut se permettre de se demander si les visites à la salle de bain seraient aussi fréquentes si le personnage était masculin. Le bon côté des choses, c’est que cela permet d’avoir un aperçu, même rapide, de la vie privée de la justicière, là où All-Star Comics montre des membres de la Société de Justice perpétuellement engoncés dans leurs costumes de héros.

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Plus problématique, Levitz construit ses premières aventures sur la révélation de l’identité secrète de Helena, dont Harry reconnaît immédiatement la voix. Si l’affaire est parfois traitée sur le ton de l’humour, tout cela finit par diminuer et ridiculiser le personnage, tout en laissant transparaître un léger sexisme : une telle gaffe n’arrive jamais à Batman, Levitz lui-même en convient dans les dialogues. Les héroïnes DC sont donc plus futiles et écervelées que leurs homologues masculins ?

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Ces premières aventures, posant les bases du personnage et publiées entre 1977 et 1982, ont été compilées dans le TPB Huntress: Darknight Daughter, sous une couverture assez amusante de Brian Bolland qui représente la jeune héroïne au moment fatidique où ses parents découvrent son secret : une scène qui n’a jamais eu lieu dans les comics et qui renvoient à un cliché de l’adolescence, dans une collision aussi symbolique qu’amusante (détournement de la couverture du DC Super Star #17, en nettement plus drôle). Le recueil, paru en 2006, contient également une préface de Paul Levitz lui-même, qui resitue le contexte éditorial dans lequel la création et le développement du personnage ont eu lieu.

Jim

De 1940 à 1951, la Justice Society of America vit de nombreuses aventures dans les pages de All-Star Comics, à l’occasion de 57 livraisons qui donnent la vedette aux héros des deux sociétés composant DC Comics, National et All-Allied. Comme beaucoup de séries de super-héros, le titre ne survit pas à l’après-guerre et les héros tombent plus ou moins dans l’oubli.

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Jusqu’aux années 1960 et aux rencontres assemblant la Société et la Ligue, dans les pages de Justice League of America, à la suite du fameux Flash #123 qui a mis en avant le concept de Terre-2. C’est sur ce monde que les vieux héros de l’Âge d’Or continuent à survivre. Dans la décennie suivante, l’engouement des lecteurs fait que ce monde parallèle est développé, notamment dans les pages de All-Star Comics, dont le 58e numéro paraît presque vingt-cinq ans après le précédent, puisqu’il est daté de janvier 1975. Supervisé en grande partie par Joe Orlando (les scénaristes assurant une part de cette responsabilité éditoriale), le titre se donne pour mission de raconter la vie des héros dans le « présent ». C’est donc des hommes mûrs que l’on voit s’agiter dans les épisodes, dont on sent l’expérience, mais c’est bien la seule différence que l’on peut voir avec, par exemple, Barry Allen ou Hal Jordan, les héros DC n’étant pas comparables aux fougueux (grands) adolescents gaffeurs de Marvel.

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La série est au départ écrite par Gerry Conway, illustrée par Ric Estrada et encrée par Wally Wood, dont la patte nappe carrément le dessin du précédent. Quand celui-ci est remplacé par Keith Giffen, on ne voit pas beaucoup la différence. On la sent quand Wood reprend le dessin entièrement, dan All-Star Comics #64, pour une confrontation avec Vandal Savage : splendide chapitre.

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Dans un premier temps, Conway tente de donner aux aventures des héros une cohérence et une direction. Il glisse des subplots d’aventure en aventure, ouvrant sur un diptyque consacré à Brainwave dans lequel il présente une nouvelle héroïne, Power Girl. S’ensuit l’apparition de Vulcan, un astronaute manipulé par des extraterrestres et tombé du côté obscur. Le scénariste sépare les troupes et annonce ses nouvelles intrigues à l’aide de séquences où il met en vedette les héros qui ne sont pas au front. La succession des combats est sans doute trop rapide, mais il parvient à instiller un sentiment de danger (notamment autour de Doctor Fate), qui disparaîtra avec l’arrivée de son successeur, Paul Levitz.

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Le groupe affronte le surpuissant Zanadu, puis est projeté dans le temps face à Vandal Savage. Levitz continue à glisser des informations annonçant les développements à venir, notamment en mettant en scène un Alan Scott au bord de la faillite et légèrement dépressif, en qui l’on peut sans doute voir une source d’inspiration pour James Robinson dans son Golden Age.

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Néanmoins, ses récits s’alignent avec rapidité mais en donnant l’impression qu’ils n’ont guère de conséquence. Dès le retour de leur voyage dans le temps, les héros sont confrontés à l’Injustice Gang qui vient d’envahir leur QG, donnant l’impression que le scénariste a sauté des épisodes. Il lance des intrigues secondaires mais se perd dans les combats principaux, notamment l’invasion d’une civilisation souterraine. De sorte que ses subplots, qui concernent en grande partie le Psycho-Pirate, tombent un peu à plat.

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Dans l’édition que j’ai, deux tomes parus en 2006 et 2007 (il existe aussi une intégrale en Showcase noir et blanc, et une intégrale en couleur, plus récente), le sommaire du premier volume s’interrompt au numéro 67 (on reprochera à la maquette de zapper les couvertures des comics, et de ne pas lister précisément les auteurs et les dates de sorties), la fin du sommaire étant consacrée à DC Super Special #29, un numéro plus épais dans lequel Paul Levitz, Joe Staton et Bob Layton (sous une couverture de Neal Adams) racontent la formation et les origines de la Société de Justice. Un texte de la rédaction (pas reproduit dans mon édition), précise qu’il s’agit de la réponse à la requête d’un lecteur qui réclamait la réédition des origines. Sauf que ces origines n’avaient jamais été racontées. Les auteurs expliquent que les héros se sont assemblés afin d’empêcher les armées du Troisième Reich d’envahir l’Angleterre et de raser Washington. Récit rétroactif, cet épisode souffre des ellipses habituelles dans le style de Levitz, qui a souvent tendance à trop en raconter pour l’espace imparti.

Jim

J’ai relu récemment Golden Age, la formidable mini-série de James Robinson et Paul Smith, qu’Urban propose en fin d’année dans sa non moins excellente collection « DC Confidential » (que j’appelle « Urban Spécial Origines », dans mon for intérieur, mais ne le répétez pas…).

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La série a déjà été évoquée dans une autre discussion, suivez les liens si vous voulez.

J’en avais gardé un excellent souvenir, mais c’est encore plus savoureux que dans mon souvenir.

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Déjà, l’aspect graphique est de premier ordre. Paul Smith est en pleine forme. Il s’encre lui-même, ce qui apporte un peu de rondeur mais aussi de sécheresse à son trait, c’est plus doux, moins lumineux qu’avec Wiacek, mais d’une élégance incroyable. Il en a profité pour convoquer l’influence d’un auteur dont il est grand admirateur, Alex Raymond. Ça se sent notamment dans la représentation d’Alan Scott, et la scène de bagarre contre Sportsmaster pourrait être tirée de Rip Kirby.

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Aux couleurs, on retrouve Richard Ory, protégé de Chaykin, qui a bossé sur certaines séries de ce dernier, et qui donne beaucoup de matière et de grain, travaillant à la peinture. Toute proportion gardée, notamment parce qu’ils n’officient pas dans les mêmes palettes, il y a quelque chose de Lynn Varley dans son travail, parfait complément au trait de Smith.

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Le dernier artisan de cette réussite visuelle est John Costanza (le lettreur de Ronin, de Dark Knight, des Swamp Thing de Moore et de plein d’autres choses : si c’est bien, il y a cinquante pour cent de chances que ce soit lui), le lettreur, qui parvient à donner une identité visuelle à toutes les voix off qui rythment le récit, puisque Robinson donne accès aux pensées des principaux protagonistes afin d’obtenir une narration chorale du meilleur effet.

L’histoire commence à l’immédiat après-guerre. Comme beaucoup, les justiciers costumés sont démobilisés. Certains tentent de refaire leur vie dans les médias, dans l’écriture, d’autres s’adonnent à la science, certains vivent très mal soit les souvenirs de la guerre soit le retour de la paix… Et l’un d’eux se lance dans la politique. Oh, ce n’est pas le plus connu : l’Américommando, aussi connu sous le nom de Mister America, est pourtant le seul que la population apprécie encore, les autres héros étant assimilés aux années de privation et de deuil.

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Le récit suit différents destins en parallèle. En effet, l’une des belles astuces consiste à ne rassembler l’équipe que sur le tard. En attendant, sur deux épisodes et demi (ce sont des prestige format, d’une quarantaine de pages chacun), nous suivons les déboires et les souffrances de ces anciennes gloires, qui se heurtent à la solitude, à la dépression, au bloquage de l’écrivain, à la ruine financière, à la drogue… Seul Tex Thompson, l’ancien héros devenu politicien, semble maîtriser son destin. Il assemble autour de lui quelques justiciers désabusés à qui il offre une perspective d’avenir. Pour le lecteur, le projet du personnage semble louche, mais Robinson fait preuve de ruse en pointant du doigt les indices exposés puis en leur donnant une explication différente, ou en les faisant passer pour normaux. Certains personnages se méfient de Thompson, mais ils sont dans un tel état de délabrement psychologique qu’on (les autres protagonistes et les lecteurs aussi) ne leur accorde guère de crédit.

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L’un des plus esquintés est Paul Kirk, alias Manhunter, qui est revenu de la guerre avec des trous de mémoire gros comme des cratères lunaires. Il est hanté par des rêves récurrents représentant la mise à mort de l’aigle américain, mais visiblement, son cerveau est détérioré, rien de plus. Un traumatisé du conflit devenu une épave. Mais l’ancien Fatman (sidekick malheureux de Mister America) le reconnaît, et se demande pourquoi des tueurs déploieraient tant de moyens pour abattre un simple clochard.

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C’est à partir de ce moment que Robinson commence à assembler ses pièces. Il décrit un vaste complot, contre l’Amérique, contre le monde, et la vérité arrive dans le troisième épisode, dévoilée par petits bouts, chaque petit groupe de personnages levant une partie du voile (le lecteur composant l’ensemble du tableau en tournant les pages).

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Je ne vous dirais pas de quoi il retourne précisément, les anglophobes pouvant, dans quelques mois, découvrir ce monument du genre super-héros, quelque vingt-sept ans sa publication américaine. Disons simplement que si le quatrième chapitre est une vaste baston épique, c’est aussi là que les personnages se reconstruisent et que l’ampleur du complot est pleinement dévoilée. Un quatrième chapitre qui réserve son lot de surprise.

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Vous l’aurez compris, Golden Age est une métaphore : de la société américaine de l’après-guerre, hantée par ses fantômes et sa paranoïa, mais aussi de l’histoire du genre lui-même, les héros mis en scène subissant le sort (de rejet) imposé à leur contrepartie de papier dans notre univers. Robinson couvre le spectre des fantasmes et des désirs inavoués des justiciers costumés, décrivant les addictions, les doutes, l’estime de soi brisée… Il émaille son récit de portraits assez saisissants : j’ai évoqué Paul Kirk et ses amnésies, mais il faudrait citer Starman et ses tendances suicidaires, Hourman et son addiction à la pilule Miraclo… ou encore l’étourdissant portrait d’Alan Scott, qui se sent tout puissant avec sa bague de Green Lantern, mais qui n’ose plus se servir de son incommensurable pouvoir depuis qu’il s’est rendu compte qu’il n’a pas été en mesure d’empêcher l’horreur atomique qui a mis fin au conflit contre le Japon.

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Paul Smith, qui livre ici le sommet de sa carrière, laisse des images saisissantes et inoubliables. John Costanza donne une police à chaque fil de pensée, la voix de ces héros brisées trouvant une expression typographique. Il va jusqu’à conférer une astuce visuelle aux pensées de Paul Kirk qui est d’une très grande subtilité, d’autant qu’on ne le voit pas tout de suite.

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Les niveaux de lecture de Golden Age sont innombrables, les sujets qu’il aborde, les thèmes que manipule Robinson donnent de multiples facettes au récit, qui est complexe mais surtout d’une grande richesse. Jusqu’au rapport à la continuité, qui démontre que cette réécriture des personnages des années 1940 tient également compte de leur passé : loin d’une trahison, c’est quasiment un hymne à un imaginaire. À un Âge d’Or.

Jim

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Pilier de l’univers DC et référence incontournable pour les amateurs de prestations légendaires, The New Teen Titans s’impose comme un passage obligé, une lecture incontournable. Si le groupe est apparu en 1964, c’est la révision qu’en font Marv Wolfman et George Pérez en 1980 (épaulé par le responsable éditorial Len Wein) qui fera de la série l’un des grands succès de DC et l’une des rares productions de l’éditeur capables de faire un coin d’ombre au grand succès mutant de la concurrence. La série a droit depuis quelques années à une intégrale en TPB souples et à une collection Omnibus, mais avant cela, certains moments clés ont été réédités dans des recueils indépendants. Même s’ils ne sont sans doute plus disponibles, c’est l’occasion de rappeler leur existence, notamment pour les lecteurs qui apprécient les bacs de soldes.

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Terra Incognito est l’un de ces recueils. Il reprend les épisodes 28, 28 à 34 et Annual 2 de la série, et couvre une période où le groupe connaît quelques bouleversements. Le premier d’entre eux est que l’équipe va accueillir dans ses rangs une nouvelle jeune héroïne, Terra, dont les pouvoirs s’exercent sur la terre et le minéral. Perdue et manipulée, elle apparaît sous les traits d’une voleuse à demi-terroriste, jusqu’à ce que les Titans, sur l’impulsion de Changeling, décident de l’aider. Le personnage a un caractère bien trempé, elle n’a pas la langue dans sa poche, elle a mauvais caractère… Ce qui la rend assez attachante d’une certaine manière.

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De l’avis de Wolfman et Pérez, dès l’invention de Terra, les auteurs avaient en tête l’ensemble de son parcours. Et effectivement, ils réservent quelques surprises aux lecteurs. Cependant, ils jouent sur un ressort intéressant, à savoir qu’ils prennent le temps d’installer le personnage, de rendre leur nouvelle chipie sympathique, et quand les lecteurs ont accepté sa présence, ils démontrent qu’elle est en fait acoquinée au Terminator, le mercenaire qu’ils ont affronté au tout début de la série. Ce faisant, ils donnent aux lecteurs une information dont les héros ne disposent pas, procédé assez rusé (employé par Ann Nocenti lors de l’arrivée de Typhoid Mary dans Daredevil…) et qui nourrit une forme de suspense insidieux, puisque les fans se demandent comment les choses vont déraper.

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Le recueil Terra Incognito se conclut sur l’Annual 2, excellemment encré par Pablo Marcos, dont l’encrage plus riche se marie assez bien avec le crayonné détaillé de Pérez. C’est l’occasion de faire connaissance avec le Vigilante, un procureur qui décide de faire la justice lui-même. Il n’est pas innocent que le sommaire du recueil se conclue de cette manière : c’est une période de tournant pour la série, dont les héros goûtent aux limites de leur mission en rencontrant des personnages qui, chacun à leur manière, la pervertissent.

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Jim

L’arrivée de Tara Markov, alias Terra, dans les rangs des (Nouveaux) Jeunes Titans va conduire le groupe vers l’une de ses plus grandes sagas, qui coïncide avec l’un de ses plus grands drames, et ce qui reste encore aujourd’hui comme l’un des sommets de la série : The Judas Contract.

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Comme de juste, l’histoire a été bien souvent rééditée. Pour ma part, j’ai le recueil de 2003, qui a l’avantage de contenir deux préfaces, l’une de Wolfman et l’autre de Pérez, qui ne sont pas reprises dans l’intégrale récente (mais j’ai entendu dire qu’elles étaient contenues dans les Omnibus). Le recueil contient les numéros 39 à 44 de la série (rebaptisée Tales of the Teen Titans au #41) ainsi que l’Annual #3, conclusion de la saga. Dans cette édition, les pages d’ouverture sont ornées d’un bloc titre imitant le marbre, aussi laid qu’embarrant, dispositif fort heureusement absent de l’édition intégrale.

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L’histoire débute alors que les Titans se frottent à la secte de Brother Blood, qui tente de recruter Dick Grayson. C’est plein d’action, mais au-delà des péripéties, on sent bien, aussi, que la série mûrit, lentement mais sûrement. On aborde des thèmes plus durs (ici la religion, ou encore la sexualité dans la représentation de la relation perverse entre Terra et Deathstroke), les personnages grandissent et se blindent, et même le dessin de Pérez évolue.

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Ce dernier, d’ailleurs, explique dans sa préface que la création du personnage de Jericho, un jeune héros muet, l’oblige à travailler davantage le langage corporel, la gestuelle et les expressions faciales de ses personnages. Et c’est vrai que graphiquement, le dessinateur fait des bonds de géant, même s’il parvient à donner à l’ensemble une unité visuelle cohérente. Quelques épisodes plus tôt, il était encore sur les vieux tics qu’il avait développés chez Marvel. Et petit à petit, les personnages gagnent en crédibilité, ils ont tous une silhouette à eux, et même les décors évoluent, s’enrichissent, l’éloignement du clone de Kirby qu’il était encore il y a peu.

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Donc, Terra s’est associée à Deathstroke. Ensemble, ils planifient la chute des Titans, le second afin d’honorer le contrat que son fils avait accepté de la part de l’organisation H.I.V.E., la première… afin de se venger, parce qu’elle n’est pas bien dans sa tête. En effet, Wolfman dresse le portrait d’une adolescente qui veut absolument prouver sa valeur et chez quitte cette quête tourne à l’obsession.

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La série prend délicatement un tournant. Délicatement au début, en tout cas. Inquiet de gérer des personnages qui pourraient être sollicités par d’autres scénaristes pour des séries voisines, Wolfman se débarrasse délicatement de Wally West, alias Kid Flash, qui quitte le groupe. Et l’intrigue que les auteurs mènent va les conduire à redéfinir Dick Grayson aussi, avec le soutien de Dick Giordano, qui chapeaute l’éditorial à l’époque.

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Donc, Tara Markov espionne les Titans pour le compte de Deathstroke. Les lecteurs le savent, mais pas les héros. L’arc « The Judas Contract » débute dans Tales of the Teen Titans #42, date à laquelle les méchants passent à l’attaque. Le récit contient de nombreux moments forts, à l’exemple du premier volet, qui montre de quelle manière Tara prend des clichés de l’intimité du groupe, tout en fomentant son attaque, ou encore la longue séquence durant laquelle Dick fait le tour de ses coéquipiers et découvre de quelle manière ils ont été capturés.

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L’autre moment fort est celui de l’introduction de Jericho, le fameux personnage muet qui mobilise les efforts des deux auteurs. C’est l’occasion pour Wolfman de creuser le personnage du méchant, car en effet, Jericho est le fils de Deathstroke. Le mercenaire avait jusqu’alors été présenté sous l’apparence et la psychologie d’un simple soldat à louer aux capacités surhumaines. Le passé de leur ennemi est développé au fil de plusieurs flash-backs situés dans le numéro 44 et l’Annual, à l’occasion desquels son ancienne épouse Adeline et son compagnon d’armes devenu aide de camp Wintergreen retrace le parcours de l’ancien militaire changé en soldat de fortune. Les séquences fonctionnent d’autant mieux que la manière de raconter diffère selon le narrateur, et que la partie rapportée par Adeline permet aussi de brosser son portrait à elle, à la fois femme forte et brisée, manipulatrice et ballottée par les événements.

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Adeline ne vient pas seule, puisqu’elle est accompagnée de Jericho, capable de prendre possession du corps de ses cibles. Le jeune homme prêtera main-forte à Dick, qui renonce pour le coup à son identité de Robin pour adopter celle de Nightwing, ce qui éloigne Wolfman des séries Batman et lui garantit l’usage libre du personnage.

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La révélation de la trahison de Terra sera douloureuse pour tout le groupe, en particulier Changeling qui perdra petit à petit sa joie de vivre et entretiendra un sentiment de revanche à l’encontre de Deathstroke. C’est d’ailleurs l’objet de quelques épisodes à venir, illustrés à Rich Buckler et Ron Randall, dans lequel Garfield Logan tente de faire la peau de Slade Wilson alors en prison. La tension monte d’un cran quand les deux personnages s’affrontent dans un duel en plein désert… mais l’épisode se conclut sur une confrontation autour d’un café dans un diner local, où le jeune métamorphe et le mercenaire se contentent de parler, de discuter, de mettre les choses au point. Un épisode assez épatant, et à mon sens résolument moderne, surtout pour l’époque (1984, je crois).

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Cette conclusion n’est pas reprise dans ce recueil, mais elle est présente dans l’intégrale, bien entendu. Pour The New Teen Titans (devenue Tales of the Teen Titans…), il y a un avant et un après The Judas Contract. Les personnages ont grandi, ils ont désormais en tête un deuil qui va les hanter, et les deux auteurs sont en pleine possession de leurs moyens. Au point qu’après avoir secoué l’équipe, ils vont bientôt bouleverser l’ensemble de l’univers DC avec Crisis on Infinite Earths, mais ceci est une autre histoire.

Jim